Tu as sûrement déjà entendu parlé de la Colombie. Et en général, ce n’est ni pour son histoire plurimillénaire, ni pour ses paysages de carte postale, ni pour les multiples carnavals qui ambiancent le pays. C’est peut-être grâce au reggaeton, avec des artistes comme Shakira (et oui elle est colombienne), Maluma, J Balvin ou Karol G. Mais j’imagine que si je te dis “Colombie”, tu penses aussitôt au tristement célèbre “Plata o Plomo” attribué à un certain monsieur Escobar. Pourtant, c’est un pays passionnant, par son histoire, sa culture et sa résilience. Il est peu mobilisé dans les copies, alors qu’il pourrait être un exemple brio en espagnol évidemment mais aussi en géopolitique. Il n’est donc pas à négliger, sachant qu’il tombe à l’oral.

Pour un contexte rapide, faisons une rapide présentation de la Colombie. Déclarée indépendante en 1810, elle compte aujourd’hui 51 millions d’habitants sur un territoire presque deux fois plus grand que celui de la France. Située au Nord-Ouest de l’Amérique du Sud, c’est une puissance économique dans son environnement régional, notamment grâce à sa double façade océanique (Caraïbes et Pacifique). 

I. La période sombre de la Colombie, sous l’emprise des cartels, de la drogue et de la violence

A. Premiers conflits : La Violencia

La Colombie connaît une vague de violence civile dans les années 1950 site à l’assassinat de Jorge Eliecer Gaitan, candidat à la présidentielle en 1948. Le conflit armé se poursuit ensuite dans les années 1960 avec la création de guérillas marxistes, comme les FARC (Fuerzas Armadas Revolucionarias de Colombia) ou l’ELN (Ejercito de Liberacion Nacional) toutes les deux fondées en 1964. Les premiers s’enracinent dans le monde paysan et revendiquent une réforme agraire radicale tandis que les seconds s’appuient davantage sur les milieux étudiants et religieux proches de la théologie de la libération. Si leurs ambitions révolutionnaires convergent, leurs origines sociales et leurs stratégies de lutte traduisent deux visages différents d’une même contestation : celle d’un pays déchiré entre injustice sociale et violence politique.

B. Le poids du trafic de drogue dans le conflit armé

Le conflit se prolonge dans les décennies suivantes, alimenté par le narcotrafic qui prend son essor dans les années 1980. C’est l’apogée des cartels comme celui de Cali ou de Medellin, avec à leurs têtes des figures comme celle de Pablo Escobar. La violence urbaine explose, les règlements de compte, attentats et enlèvements sont fréquents. La Colombie est alors l’un des pays avec les plus hauts taux d’homicides au monde. Je t’invite notamment à consulter cet article tout récent sur l’impact des empires de la drogue en Amérique Latine. 

Restons deux minutes sur la figure de Pablo Escobar. Certains films ou certaines séries lui donnent parfois l’allure d’un héros populaire, qui a énormément œuvré pour les plus démunis de Medellin. Pourtant, selon mon humble avis, on ne peut pas voir Escobar comme un héros. Certes il a financé des logements, des terrains de sport ou des écoles dans des quartiers défavorisés, offrant à des milliers de familles une aide que l’Etat ne leur apportait pas. Le quartier Barrio Pablo Escobar en est un exemple. Pourtant, cette “narcophilanthropie” servait avant tout ses intérêts, en faisant du clientélisme et en assurant sa popularité. Ces projets sociaux ne compensaient pas les violences massives et l’impact de la guerre des cartels sur la population.

C. Une anecdote ironique : les hippopotames de Pablo Escobar

Dans les années 1980, Pablo Escobar avait fait construire sur son immense propriété, l’Hacienda Nápoles (à environ 180 km de Medellín), un zoo privé. Il y faisait venir des animaux exotiques du monde entier : girafes, éléphants, kangourous et quatre hippopotames importés illégalement d’Afrique. Or à la mort de d’Escobar, le zoo est abandonné. La plupart des animaux sont placés ailleurs, mais les hippopotames sont trop lourds et coûteux à déplacer ; on les laisse donc sur place, en semi-liberté. Dans le climat chaud et humide de la région, sans prédateur naturel, les hippopotames se sont rapidement multipliés. De 4 au départ, ils sont aujourd’hui plus de 150 à 200, devenant la plus grande population d’hippopotames sauvages hors d’Afrique. Certains vivent désormais dans les rivières locales et posent des problèmes de sécurité pour la population (agressivité, dégradation des sols, perturbation de la faune locale).

II. Une volonté de transitionner et de sortir de cette page de violence politique

A. De nouveaux acteurs armés et premières tentatives de négociations

En parallèle de la montée en puissance des groupes de guérilleros (membres des guérillas) et des cartels de drogues, d’autres acteurs armés prennent part au conflit : les paramilitaires. Ce sont des groupes armés soutenus par les propriétaires terriens afin de les protéger des guérillas marxistes. Ils ont mené des actions d’une extrême violence, et l’absence de contrôle de l’Etat a permis des abus de pouvoir. Les paramilitaires n’ont ainsi pas hésiter à utiliser la force voire le terrorisme pour controler les populations civiles, voire même parfois à avoir recours au narcotrafic pour se financer. Mais puisqu’ils étaient parmi ceux qui luttaient contre les FARC ou l’ELN, ils ont pu collaborer de façon active avec l’armée colombienne.

Parmi les tentatives de négociation avec guérillas, une zone démilitarisée plus grande que la Suisse a été mise en place, nommée El Caguan (voir partie IV). L’objectif annoncé était de favoriser les discussions de paix avec les FARC mais ce fut un échec complet. Instaurée par le président Pastrana en 1998, cette zone démilitarisée prend fin en 2002.

B. D’une politique de “mano dura” à un accord de paix

Les années 2000 marquent alors un tournant. Face à ce chaos, Alvaro Uribe est élu président de 2002 à 2010 à la suite d’une campagne promettant de reprendre le contrôle de l’ensemble du territoire national en renforçant l’armée et la présence de l’Etat dans les zones rurales. Son élection symbolise la fin de la patience vis-à-vis des négociations avec la guérilla et le retour à une politique de confrontation directe. Les paramilitaires sont officiellement démobilisés en 2006 et une politique de “mano dura” est mise en place. Uribe gagne alors une immense popularité, avec l’amélioration du contrôle de l’Etat dans des régions marginalisées.

Pourtant, de vives critiques apparaissent en parallèle, avec en particulier la question des “faux positifs” (falsos positivos). C’est un élément central des limites de sa politique, qui continue de hanter la société colombienne, et que je te conseille d’approfondir dans cet article.

Enfin, c’est sous la présidence de Santos qu’est signé un accord de paix historique entre les FARC et l’Etat colombien en 2016. Cette date clé marque une avancée majeure pour la sécurité intérieure du pays, avec le désarmement et l’intégration politique d’une partie des guérilleros. Juan Manuel Santos a d’ailleurs reçu le Prix Nobel de la paix en 2016 justement grâce à cet accord, pour sa détermination à mettre fin à un conflit de plus de 50 ans dans son pays.

III. Les façons d’y parvenir et les promesses de demain 

A. Un accord de paix et aspects politiques

Avec l’accord de paix négocié par le gouvernement Santos, une question presque philosophique se pose en Colombie, comme elle a pu se poser en Espagne ou en Afrique du Sud dans d’autres contextes : comment juger les responsables de crimes graves tout en permettant la réconciliation nationale ?

C’est à ce moment qu’apparaît l’idée d’une justice réparatrice, aussi dite justice transitionnelle. Une institution est créée, la JEP (Juridiccion Especial para la Paz), afin de juger les crimes liés au conflit. Des programmes pour la réparation des victimes, la réintégration des anciens combattants et la recherche de disparus voient également le jour. Cette justice réparatrice ne vise donc pas seulement à punir mais à reconstruire le lien social, en ouvrant des espaces de rencontres et de dialogue.

L’élection de Gustavo Petro en 2022, premier président de gauche de l’histoire du pays et ancien membre du M-19 (guérilla démobilisée), symbolise cette volonté de rupture avec le passé et d’inclusion sociale, même si son mandat reste marqué par des tensions politiques fortes.

B. La culture et le tourisme, deux piliers de la renaissance de la Colombie

En dehors du monde politique, la Colombie dispose aujourd’hui d’un rayonnement culturel fort dans le monde hispanophone, que ce soit grâce à ses télénovelas (ex : La Reina del Flow), mais surtout grâce à sa musique. Cali se distingue ainsi comme l’une des capitales mondiales de la salsa, et de multiples artistes colombiens ont aujourd’hui une renommée internationale. La Colombie est également devenue l’un des centres mondiaux du reggaeton, avec des chanteurs comme Shakira, Maluma ou encore Karol G.

Un autre volet que la Colombie essaie de mettre en avant afin de diversifier son économie est le tourisme. Des villes à l’architecture coloniale comme Villa de Leyva mais surtout Cartagena de Indias sont mises en avant, cette dernière ayant accueilli presque un million de touristes étrangers l’an passé. Le tourisme passe aussi par des carnavals locaux, comme le Carnaval de Barranquilla sur la côte Caraïbe ou encore La Feria de Las Flores à Medellin. La mise en valeur de son patrimoine architectural, historique, culturel et gastronomique (région du café) est ainsi un vecteur de développement économique pour le pays. 

IV. Un exemple qui illustre bien cette transition : La Macarena

Entre 1998 et 2002, la région du Meta, au centre de la Colombie, a fait partie de la zone démilitarisée d’El Caguán, créée par le président Andrés Pastrana pour faciliter les négociations de paix avec les FARC. Pendant cette période, l’armée et la police n’intervenaient pas dans la zone, laissant les guérilleros contrôler le territoire, imposer leurs règles et consolider leurs activités, y compris le trafic de coca.

Si l’objectif était de négocier la paix, le vide de pouvoir a souvent favorisé la violence et la criminalité. Le président Álvaro Uribe dissout en 2002 la zone, ce qui a rétabli l’autorité de l’État.

La Macarena (ce n’est pas qu’une chanson), village au cœur de cette région, est l’exemple archétypal de la transition du pays. D’un territoire autrefois occupé par la guérilla, elle est devenue un centre de tourisme vert et social grâce au parc naturel du Caño Cristales. Cette “rivière aux milles couleurs” est aujourd’hui une réserve naturelle protégée par le gouvernement colombien, qui attire chaque année des milliers de touristes soutenant directement 600 familles locales.

Conclusion

Si j’ai choisi de parler de ce sujet là, ce n’est pas uniquement parce que c’est un pays qui me touche. Je trouve surtout qu’il offre une véritable plus-value sur une copie de concours ou à un oral, que ce soit en espagnol mais aussi en géopolitique. Ensuite, c’est un pays dont l’actualité montre que certains défis restent structurels en Amérique Latine. Je suis notamment tombée à l’oral d’espagnol à Ecricome sur Fabio Ochoa, l’un des bras droit de Pablo Escobar dans le Cartel de Medellin, récemment libéré par les Etats-Unis après près de 25 ans de prison.

Un autre des défis persistant en Colombie est la violence politique. Les assassinats de défenseurs des droits humains, de communautés indiennes et de leaders sociaux se comptent en dizaines voire centaines selon les années.

Cet été, un sénateur colombien Miguel Uribe Turbay (sans lien de parenté avec le président), s’est fait tirer dessus lors d’un meeting politique à Bogota. Il meurt de ses blessures deux mois plus tard, en août 2025. Cela montre bien que malgré les avancées et les efforts menés depuis des années, la violence politique demeure présente.

Mais malgré ses failles et défis, la Colombie reste un pays qui cherche à redorer son image et à se positionner en leader régional. Elle capitalise sur ses forces et ses richesses, à la fois humaines, naturelles et culturelles.