Pedro Sánchez

L’Espagne a récemment connu une croissance économique significative : + 10 % depuis 2019. Cette envolée, unique en Europe, fait de l’économie espagnole un moteur. Toutefois, il faut se souvenir que l’économie espagnole figurait parmi les PIGS de la crise de la dette souveraine européenne de 2010. Alors, quelle fut la solution miracle ? Peut-on attribuer cette réussite au gouvernement socialiste de Pedro Sánchez, au pouvoir depuis 2018 ?

Une croissance économique fulgurante

Un PIB en forte croissance

L’économie espagnole a connu, ces dernières années, une croissance impressionnante. Elle est ainsi devenue « l’économie phare » de l’Europe, alors que ces voisins enregistrent des niveaux de croissance de leur PIB bien inférieurs. Ainsi, l’économie espagnole a crû de 2,9 % (taux annualisé) en 2025.

Alors, bien que les estimations pour les années à venir soient un peu moins optimistes, force est de constater que l’Espagne figure parmi les économies les plus dynamiques des pays développés. Le ministre de l’Économie espagnol, Carlos Cuerpo, n’a pas manqué de le souligner : « Cela nous place en tête des économies avancées non seulement en Europe, mais aussi au niveau international. »

Carlos Cuerpo, ministre de l'Économie espagnole
Carlos Cuerpo

Elle se place désormais 4e dans le classement des économies européennes. Ce classement pourrait encore s’améliorer, puisque Bruxelles prévoit une croissance espagnole de 2,3 % pour 2026, bien au-delà des moyennes européennes. L’Espagne pourrait donc poursuivre son envolée dans les années à venir, alors que ses homologues européens peinent à maintenir des niveaux de croissance économique au-dessus de 0.

Le fléau de la dette

Elle peut s’appuyer sur un déficit public décroissant. Il ne représentera plus que 2,1 % de son PIB en 2026, selon les estimations de Bruxelles. Si l’Espagne avait été pointée du doigt en 2010, figurant parmi les PIGS, elle semble désormais afficher une situation plus favorable que l’Allemagne.

Cependant, ce retournement de situation reste à nuancer, en témoigne la dette espagnole. En effet, si cette dernière semble reculer lorsqu’elle est ramenée au PIB, on constate qu’elle continue de croître en valeur absolue. La dette des administrations s’est ainsi accrue de 4,5 % en un an. La dette espagnole s’élève actuellement à 103 % du PIB.

Cependant, les agences Fitch et Moody’s ont félicité l’Espagne en améliorant sa note souveraine. Elle est ainsi passée de Baa1 à A3 chez Moody’s et de A- à A chez Fitch. Comme l’avait affirmé Carlos Cuerpo, cela reflète la fiabilité de l’économie espagnole et la confiance des investisseurs. L’Espagne a donc définitivement basculé du côté de la résilience et figure désormais parmi les meilleurs élèves européens.

Fitch a ainsi indiqué que « les performances économiques de l’Espagne ont dépassé les attentes et ont largement surpassé celles des autres grandes économies de la zone euro ».

Des mesures sociales efficaces

L’adoption d’un certain nombre de mesures sociales par le gouvernement Sánchez peut partiellement expliquer cette prospérité économique. Elles concernent différents groupes sociaux et vont de la reconnaissance des droits des femmes à l’augmentation des retraites, en passant par l’accroissement du salaire minimum.

Le gouvernement socialiste suit une feuille de route anti-austéritaire et progressiste. Il met l’accent sur des mesures sociales, notamment portées par le ministère du Travail, incarné par Yolanda Diaz, à l’initiative d’un certain nombre de réformes. L’enjeu est donc de comprendre à quel point cette politique est vectrice de la prospérité économique espagnole.

Yolanda Diaz
Yolanda Diaz après la signature de l’accord pour la réforme du travail

La réforme du travail de 2021

Contexte

La réforme du travail entre en vigueur le 28 décembre 2021, à l’issue d’un décret royal. Cette réforme fut le fruit d’un accord entre le gouvernement de Pedro Sánchez, le patronat et les organisations syndicales CCOO et UGT. Elle refond les bases du marché du travail espagnol.

Pour ce faire, elle se concentre sur l’amélioration des contrats de formation, la lutte contre l’emploi précaire par la réduction drastique du travail temporaire et l’amélioration des relations patronat/syndicats par la modification de certains aspects de la négociation collective.

Les deux lignes directrices de la réforme sont les suivantes :

  • Lutter contre la précarité et l’usage massif des contrats temporaires.
  • Effacer la dualité marquée entre emploi stable et emploi précaire.

L’objectif

Il s’agit pour le gouvernement de Sánchez, et plus particulièrement pour sa ministre du travail, Yolanda Diaz, de mettre un terme à l’emploi précaire, trop développé en Espagne. Le travail au noir représenterait en effet près de 16 % du PIB espagnol. La priorité est donc donnée à l’emploi stable. C’est aussi un moyen pour l’Espagne de répondre aux injonctions européennes, qui avaient conditionné le versement des fonds de relance post-Covid à de telles réformes.

La réforme réduit tout d’abord le recours aux contrats temporaires, autrement appelés « obras y servicios » en Espagne. Désormais, le recours au contrat temporaire ne s’applique que dans le cas de circonstances de production exceptionnelle ou pour substitution d’un salarié absent avec droit au maintien du poste. La réforme entend également limiter le CDD au profit du CDI, qui restait une exception sur le marché du travail espagnol.

Le ministère du Travail a également mis l’emphase sur l’établissement de contrats plus adaptés. La réforme modernise ainsi les contrats de formation et d’alternance. Elle encadre aussi davantage les contrats saisonniers.

À travers cette réforme, le gouvernement socialiste a ainsi mis l’accent sur la stabilité de l’emploi, qui demeure insuffisante sur le marché du travail espagnol. Il s’agit évidemment d’un facteur notable de croissance. Or, cette réforme semble avoir porté ses fruits, puisque le nombre de CDI s’est déjà accru. La réforme du travail de 2021 de Yolanda Diaz a donc très certainement joué le rôle d’accélérateur de croissance.

La réforme des retraites

Elle figure aussi parmi les réalisations du gouvernement de Sánchez. La réforme des retraites s’inspire d’une loi de 2011, mais le principal a été voté en 2023, grâce à une alliance entre partis de gauche et partis indépendantistes. Depuis 2011, l’Espagne a prévu le recul progressif de l’âge de départ en retraite, l’objectif étant d’atteindre 67 ans en 2027.

La principale nouveauté de 2023 réside dans l’accroissement de l’assiette de cotisation. L’enjeu pour le gouvernement espagnol est d’accroître la contribution des plus riches. Cela passe par l’augmentation de la part du salaire sur laquelle cotisent les salariés. Ceux dont les revenus sont les plus élevés seront de fait davantage mis à contribution.

L’objectif premier du gouvernement est d’établir et de garantir l’équilibre financier du système espagnol, par l’augmentation des recettes plutôt que par la réduction des pensions. En effet, pour faire face à l’inflation post-Covid, les pensions retraite ont été augmentées. Elles se sont ainsi accrues de 8,5 % début 2023. La loi prévoit aussi l’augmentation des pensions minimales à 60 % du salaire médian, ainsi que l’augmentation de la pension minimale de veuvage et du montant du supplément versé pour combler les écarts de pensions entre les hommes et les femmes.

Tout comme la réforme du travail, cette mesure répond aux exigences imposées par Bruxelles pour pouvoir toucher les fonds d’aide au développement européens. Si la réforme a suscité l’ire du patronat et de nombreux débats parlementaires, notamment animés par le refus des partis de droite, le gouvernement de Sánchez est parvenu à l’adopter (à la différence d’autres pays européens).

Une réforme récente sur les retraites anticipées

En 2025, la réforme des retraites a été reprise. L’objectif était de modifier les modalités des retraites anticipées concernant les emplois à forte pénibilité. Le gouvernement espagnol a ainsi approuvé le Décret royal correspondant en mai dernier. Il s’agit d’encadrer juridiquement les retraites anticipées concernant les travaux pénibles, toxiques, dangereux ou insalubres.

La réforme prévoit un encadrement plus strict. Elle définit des critères de pénibilité, prévus pour être revus tous les 10 ans. Ils s’appuient sur des indicateurs objectifs, comme le taux d’accidents au travail, la durée et la fréquence des congés maladie dans le secteur, des indices de toxicité. Elle permettra aux ouvriers concernés d’avoir la possibilité de toucher une pension retraite dès l’âge de 52 ans, sans quelconque pénalité économique.

Des mesures pour les droits des femmes

Le gouvernement Sánchez s’est d’abord impliqué dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Pedro Sánchez a ainsi affirmé qu’il s’agissait d’une priorité politique nationale. Ceci a conduit à l’adoption d’un pacte, composé de près de 400 mesures. Il vise à protéger les femmes, à lutter contre la violence, la traite et le mariage forcé, et à renforcer la coordination institutionnelle à cet égard.

Le gouvernement espagnol ne s’est pas arrêté là, puisqu’il a aussi mis l’emphase sur la représentation des femmes dans les hautes instances et sur le marché du travail. La parité s’est aussi imposée comme priorité. Ainsi, Sánchez a nommé des gouvernements paritaires, voire excédentaires en nombre de femmes. En 2021, son gouvernement se composait de 63 % de femmes.

Il s’est aussi engagé via une loi sur la parité femmes-hommes, qui impose des quotas de représentation féminine. Aussi, les conseils d’administration doivent désormais compter au moins 40 % de femmes. La parité doit aussi être garantie dans le processus électoral.

Cet engagement a atteint son paroxysme avec l’adoption de la loi « Solo si es si ». Le gouvernement Sánchez a très largement soutenu cette réforme du droit pénal sur le consentement sexuel. Elle est entrée en vigueur dès 2022.

Débat en Espagne autour de la loi « solo sí es sí ».
La loi espagnole « solo sí es sí » redéfinit le consentement sexuel.

La notion d’égalité hommes-femmes était aussi perceptible dans un certain nombre des réformes sociales mises en œuvre par le gouvernement. Par exemple, le gouvernement socialiste a soutenu l’égalisation des congés maternité et paternité.

Enfin, plus récemment, en 2025, Pedro Sánchez a évoqué le projet de modifier la Constitution espagnole afin d’y inscrire définitivement le droit à l’avortement. Cette décision s’inscrit dans une perspective de long terme. En effet, l’inscription dans la Constitution permet de se parer de futurs retournements politiques potentiels. Elle permettrait d’établir une protection juridique durable pour les femmes à ce sujet.

Comment utiliser cet article en khôlle/DS ?

  • Dans un sujet sur l’économie espagnole (très probable que tu en rencontres au moins un, à l’oral ou à l’écrit).
  • Tu peux mobiliser cet article dans un sujet sur le féminisme, à échelle internationale, ou hispanophone, par exemple (contraste saisissant avec la situation en Amérique latine à noter).
  • Cet article pourrait t’être utile dans un sujet sur l’histoire des femmes en Espagne ou des droits en général. Tu pourras le lier avec leurs combats durant l’ère franquiste, durant laquelle elles ont perdu beaucoup de droits.
  • Pour montrer les côtés positifs du bilan des gouvernements Sánchez, souvent critiqués. Des partis de gauche, comme de droite, ont en effet félicité cette réussite, à échelle nationale mais aussi européenne.

Conclusion

Finalement, le bilan provisoire du gouvernement Sánchez n’est pas si noir que certains le laissent entendre. La prospérité retrouvée de l’économie espagnole en est l’un des voyants les plus marquants. L’engagement très marqué du gouvernement dans l’adoption de mesures sociales peut expliquer cette croissance économique significative. Elles font de la société espagnole une société avant-gardiste, en matière de retraite, de droits des femmes notamment.

Toutefois, force est de constater que le gouvernement Sánchez demeure assez précaire. La majorité de ses réformes a été votée grâce à des alliances avec d’autres partis, suscitant parfois des contreparties controversées. La pérennité de cette situation peut donc être remise en cause par ces instabilités politiques, qui plongent l’Espagne dans un climat d’incertitude politique, finalement peu propice aux affaires…