Tu te trouves souvent perdu(e) en SES avec les équations macroéconomiques ? Grâce à cet article, tu pourras revoir les bases de la comptabilité nationale pour comprendre comment calculer le PIB. Pour davantage de contexte, tu trouveras également une présentation des antécédents méthodologiques qui ont mené à la construction de grands agrégats, comme le PIB. Nous présenterons ensuite de manière plutôt détaillée le fonctionnement de la comptabilité nationale. Enfin, nous nous concentrerons sur la façon de calculer le PIB et sur les particularités de cet indicateur.
Individualisme vs holisme méthodologique
Jusque dans les années 1930, l’économie était confondue avec la microéconomie. Ce courant, également appelé néoclassique, se caractérise par un mode de raisonnement particulier : l’individualisme méthodologique. Il s’agit d’étudier l’agrégation des comportements d’individus fictifs, génériques, rationnels et suivant leurs propres intérêts. Ce procédé permet de déduire de façon mathématique des phénomènes économiques globaux. En effet, pour les néoclassiques, l’économie est une réalité complexe qu’il faut simplifier pour comprendre. Ce modèle fonde des perspectives libérales, comme le laisser-faire. Mais le libéralisme recommande également l’intervention de l’État lorsque le marché est défaillant.
Dans les années 1930, alors que la microéconomie était tout juste parvenue à s’imposer, apparaît la macroéconomie. Keynes regrettait la mathématisation trop importante et les simplifications abusives de l’économie qui pouvaient l’éloigner du réel. Pour rendre compte du fonctionnement global de l’économie, il ne suffit pas d’agréger des comportements individuels et rationnels. Ceux-ci peuvent en effet produire des effets contradictoires à l’échelle de la société, en raison d’une dimension psychologique jusque-là écartée. La solution, selon Keynes, est de se focaliser sur des quantités globales, des agrégats. L’objectif est de trouver quels facteurs les déterminent et comment ils sont liés entre eux.
Le circuit keynésien
Précurseur de la comptabilité nationale, le circuit keynésien représente le fonctionnement global de l’économie. Concrètement, il s’agit de recenser les transferts de monnaie entre trois, voire quatre grands pôles qui représentent les trois grandes fonctions de l’économie. Les trois premiers pôles sont le pôle de financement (les banques), le pôle de production (les entreprises) et le pôle de dépense (les ménages). On y ajoute ensuite le pôle des administrations publiques.
Tous les flux de monnaie qui relient ces acteurs doivent en principe respecter l’équilibre emploi-ressource : chaque dépense effectuée par un pôle correspond au revenu d’un autre pôle, si bien qu’on doit avoir dépenses totales = revenu total. L’intérêt de ce modèle est de pouvoir observer la variation des flux qui relient les pôles et de pouvoir en tirer certains enseignements en matière de politique publique.
La comptabilité nationale
La comptabilité nationale, comme le circuit keynésien, étudie les flux qui relient les différents agents économiques, ainsi que leur évolution. Elle est tout d’abord mise en place pendant la Seconde Guerre mondiale afin de mieux diriger et planifier l’économie durant les conflits. Maintenue à la fin de la guerre, elle est systématisée, puis s’unifie dans les années 1970 grâce à l’ONU, afin de comparer les performances économiques des pays.
Aujourd’hui, en France, l’INSEE, qui publie les comptes annuels de la nation, s’intéresse aux unités institutionnelles (c’est-à-dire les acteurs de l’économie) réparties en cinq secteurs résidents, dont l’activité est installée sur le territoire national. Ces cinq secteurs sont les sociétés non financières (les entreprises), les sociétés financières (les banques), les administrations publiques, les ménages et les institutions sans but lucratif au service des ménages (ISBLSM).
Pour compléter la comptabilité nationale, il faut également inclure les opérations entre les secteurs institutionnels résidents et non résidents, c’est-à-dire les importations (M) et les exportations (X). Leur somme rapportée sur le PIB, (M + X)/PIB, permet de calculer le taux d’ouverture d’une économie. Plus le taux est important, plus une économie dépend des échanges internationaux. Au contraire, plus le taux est proche de 0, plus le pays est tourné vers son marché intérieur. Ainsi, en 2019, on observe que la France, avec 32 % de taux d’ouverture, a davantage recours aux marchés internationaux que les États-Unis (17,5 %), ou la Chine (18 %).
Les acteurs de la comptabilité nationale
Par définition, un ménage est soit un individu vivant seul, soit un groupe d’individus vivant ensemble. On en compte environ 30 millions en France. Ils se caractérisent par leur fonction de consommation de biens et services, acquis grâce à leurs revenus. Ces revenus sont issus du travail (c’est le salaire), de la retraite, de l’épargne, du patrimoine, des dividendes, etc.
Les sociétés non financières sont surtout des entreprises produisant des biens et services non financiers. A contrario, les sociétés financières sont spécialisées dans la production et la vente de services d’intermédiation financière qui assurent le financement de l’économie : ce sont les banques. Elles mettent en relation les agents à capacité de financement qui épargnent avec les agents à besoin de financement qui épargnent.
Les administrations publiques (État, collectivités territoriales et Sécurité sociale) produisent quant à elles des biens et services non marchands, destinés à la collectivité à titre gratuit, ou à un prix non significatif. Elles se financent grâce à des prélèvements obligatoires, c’est-à-dire les impôts et les taxes. Enfin, les ISBLSM sont des institutions privées qui produisent elles aussi des biens et services non marchands. Elles sont financées par les contributions volontaires des ménages.
Les flux entre secteurs
Les opérations sur les biens et services
Les opérations sur les biens et services permettent d’identifier les flux de monnaie en lien avec la circulation de biens et services. Ces derniers sont soit produits au sein de l’économie nationale (P), soit importés (M). Il existe trois usages de ces biens et services : la consommation (C), l’investissement (I) et l’exportation (X). On se retrouve ainsi avec l’équilibre emploi-ressource suivant : P + M = C + I + X.
On peut également affiner cette équation en considérant les différents types de consommation et d’investissement. La consommation, en général, est un acte de destruction ou de transformation d’un bien ou service par son usage. La consommation finale (CF) concerne les biens et services au stade final de la chaîne de production, pour satisfaire les besoins des ménages le plus souvent. Au contraire, la consommation intermédiaire (CI) est productive. C’est celle réalisée par les entreprises afin de produire un nouveau bien ou service. La consommation de capital fixe (CCF) est elle aussi productive, puisqu’elle représente la dépréciation normale du capital au cours de la production.
Du côté de l’investissement, on distingue entre autres la formation brute de capital fixe (FBCF). Il s’agit de la différence entre les acquisitions et les cessions de capital fixe réalisées par les entreprises. La variation des stocks ∆S correspond à la production invendue. Pour comprendre pourquoi on parle ici d’investissement, on peut voir cela comme un achat réalisé par l’entreprise de sa propre marchandise pour se constituer un stock.
On obtient ainsi l’équilibre emploi-ressource suivant : P + M = CF + CI + CCF + FBCF + ∆S + X
Les opérations de répartition
Les opérations de répartition correspondent à la circulation des revenus distribués (salaire, loyer, impôts et taxes si on se place du point de vue des administrations publiques). Les revenus sont également redistribués dans le cadre de la répartition secondaire, orchestrée par l’État. Il s’agit ici de la fiscalité sur les revenus, mais aussi des cotisations et prestations sociales, des subventions et aides.
Les opérations financières
Les opérations financières concernent la formation et le remboursement des créances et dettes des agents économiques. Elles comprennent également la circulation des actifs financiers (obligations et actions).
Calculer le PIB grâce à la comptabilité nationale
Le PIB (produit intérieur brut) mesure la production réalisée par les producteurs résidents. Il est l’indicateur moderne de la richesse des nations. On rencontre parfois le PNB (produit national brut), qui mesure en revanche la production des agents nationaux, qu’ils soient résidents ou non. Le PIB est élaboré par Kuznets, pour un rapport de 1934 « National Income 1929-34 ». Ce rapport, commandé par le Congrès américain, avait pour objectif de guider son action face à la crise de 1929.
Approche par la production
Le PIB peut être compris comme la somme de la valeur des biens et services produits en une année. Il faut cependant éviter les redondances liées à la consommation intermédiaire. En effet, un boulanger qui produit une baguette n’a pourtant pas produit lui-même la farine. Il faudra donc déduire le prix de la farine au moment d’ajouter le prix de la baguette au PIB.
On retient seulement les valeurs ajoutées : valeur ajoutée (VA) = prix du bien (P) – prix de la consommation intermédiaire (CI). Pour obtenir une valeur ajoutée nette, il faudrait encore déduire la consommation de capital fixe : le boulanger prend en compte dans le prix de sa baguette l’usure de son four. Mais dans le calcul du PIB, on s’en tient à la valeur ajoutée brute, ce qui explique que le produit intérieur soit brut. Enfin, il faut également prendre en compte les effets d’une intervention de l’État sur les prix.
On obtient ainsi l’équation suivante :
PIB = valeur ajoutée brute + impôts et taxes sur la production – subventions
Approche par la demande
Le PIB peut également être compris comme la somme de la valeur de tous les biens et services demandés, employés à différentes fins. Pour obtenir la formule du PIB, on repart ici de l’équilibre emploi-ressource présenté plus haut : P + M = CF + CI + CCF + FBCF + ∆S + X. Or, on sait que VA = P – CI, donc P = VA + CI.
On transforme ainsi l’équilibre emploi-ressource : VA + CI + M = CF + CI + CCF + FBCF + ∆S + X. Donc, le PIB, qui correspond à la richesse produite, c’est-à-dire à la valeur ajoutée réalisée, est calculé d’après la formule suivante : PIB = CF + CCF + FBCF + ∆S + X – M, simplifiée sous la forme PIB = C + I + (X – M).
Approche par les revenus
Le PIB peut enfin aussi être compris comme la somme des revenus générés par la production. On rassemble ainsi dans la formule du PIB les revenus du travail, les revenus du capital et les revenus des administrations publiques.
PIB = revenus du travail + profits des entreprises + (impôts – subventions)
Un indicateur imparfait
Le PIB n’est pas un indicateur exact. Il faut, par exemple, considérer qu’une certaine part de la production n’est pas vendue à un prix significatif. La valeur de cette production n’est donc pas prise en compte dans le calcul. Pourtant, elle est essentielle au fonctionnement et au développement d’une économie.
C’est pourquoi l’ONU propose, en 1976, des recommandations pour harmoniser les comptabilités nationales. En se basant sur le coût de production, on peut réaliser des approximations conventionnelles. Mais cette méthode est imparfaite : si les coûts augmentent, le PIB est artificiellement gonflé, alors même que le produit n’est pas nécessairement de meilleure qualité.
Le PIB ne peut pas non plus prendre exactement en compte les productions dissimulées. Il s’agit de la production illégale, mais pas seulement. On retrouve aussi la production souterraine, qui est légale, mais non déclarée. Elle ne tombe donc pas sous le coup des prélèvements obligatoires, mais il est difficile de retrouver leur trace.
Le PIB nominal
Même si la richesse produite par une nation en une année augmente, il peut arriver d’observer en parallèle une tendance négative de certains autres indicateurs. Aux États-Unis, en 1982, on observe par exemple une croissance du PIB de 3,8 %, accompagnée d’une explosion du chômage.
En réalité, on n’a pas produit davantage cette année-là, et c’est l’inflation qui a ainsi gonflé le PIB. Le PIB en valeur ou nominal se focalise sur le prix de la production, il est sensible aux variations des prix courants. En revanche, le PIB en volume ou réel indique la quantité produite et étudie la valeur des biens et services à prix constants.
Le PIB ne doit pas être confondu avec le bien-être ou la qualité de vie
Un PIB plus élevé ne signifie pas nécessairement que la population est davantage heureuse. Easterlin montre qu’entre 1946 et 1970, le PIB par habitant a significativement augmenté aux États-Unis. Mais, en revanche, la proportion d’Américains à se déclarer très heureux n’a pas augmenté dans les mêmes proportions. Si on considère l’ensemble de la période, cette part est même constante. Ce paradoxe d’Easterlin se confirme dans les autres pays développés. Or, au sein d’un pays, il existe bien une corrélation entre le niveau de revenu et le niveau de satisfaction… Cela signifie que le bien-être des individus est relatif à celui des autres. Une élévation générale du revenu n’a souvent d’effet qu’à court terme.
Le production marchande de biens et services n’est pas non plus déterminante d’une amélioration de la qualité de vie. Par exemple, dans le cas d’une catastrophe naturelle, la réparation des dommages fait augmenter le PIB, mais sans doute pas la qualité de vie. Au contraire, le PIB ne tient pas compte des activités de production domestique ou bénévoles, qui contribuent à améliorer la qualité de vie. C’est ce que montrent Stiglitz, Sen et Fitoussi dans un rapport de 2009 (« Sur la mesure des performances économiques et du progrès social »). Si on prenait en compte cette production souterraine, on réduirait l’écart entre le PIB des États-Unis et celui de la France. En effet, les Américains ont davantage recours au marché, alors qu’en France, les ménages produisent eux-mêmes.



