La crise de mai 1968 se distingue par son ampleur inédite : elle paralyse tous les secteurs d’activité sur l’ensemble du territoire national. Pourtant, elle repose sur un paradoxe temporel. Si les événements s’inscrivent dans un temps très court (environ deux mois), les causes de la crise de mai 1968 sont anciennes et ses conséquences s’étendent sur le long terme.
Introduction : un séisme aux multiples visages
On peut traditionnellement découper cette période en trois phases distinctes :
- La crise étudiante (3 au 13 mai) : marquée par les manifestations et l’occupation de la Sorbonne.
- La crise sociale (13 au 27 mai) : la plus grande grève générale du siècle avec sept millions de salariés à l’arrêt.
- La crise politique (27 mai au 30 juin) : le dénouement institutionnel marqué par le discours de De Gaulle.
Une France sous tension : le calme avant la tempête
Contrairement à l’image d’Épinal d’une France gaullienne apaisée, le climat précédant la crise de mai 1968 est lourd.
Un climat économique et social dégradé
La croissance des Trente Glorieuses commence à s’essouffler. La frustration grandit : si les salaires augmentent, ils progressent moins vite que l’inflation. La prospérité, rendue visible par l’explosion de la société de consommation, avive le sentiment d’injustice chez les populations défavorisées. Dans les usines, les cadences imposées et les hiérarchies pesantes deviennent insupportables.
Le malaise d’une jeunesse en mutation
Le baby-boom a transformé l’université. On passe de 128 000 étudiants en 1950 à 500 000 en 1968. Cette massification nourrit la crise de mai 1968 par un décalage profond :
- Les structures sont obsolètes : locaux exigus et règlements d’un autre âge.
- La peur de l’avenir : la réforme de 1967 crée des cycles perçus comme sélectifs.
L’internationalisation de la contestation
La jeunesse française ne manifeste pas en vase clos. Elle est portée par des thématiques mondiales :
- la critique de l’impérialisme américain et de la guerre du Vietnam ;
- la fascination pour des modèles révolutionnaires tiers-mondistes (Mao, Che Guevara) ;
- l’héritage de la guerre d’Algérie, qui a déjà politisé une partie du syndicalisme étudiant (UNEF).
Le pouvoir gaullien face au vacillement
Le malaise est aussi politique. Si le Général de Gaulle conserve une image forte, il est de plus en plus perçu comme un homme autoritaire et déconnecté des aspirations modernes.
Une Ve République jugée trop rigide
La présidentialisation du régime, utile pendant la guerre d’Algérie, pèse désormais. Le gouvernement légifère par ordonnances (notamment sur la Sécurité sociale en 1967), coupant court au débat parlementaire. À gauche, les partis traditionnels (SFIO, PCF) paraissent vieillissants face à des structures plus souples, comme le PSU ou la CFDT, qui promeuvent l’autogestion.
L’aveuglement initial du pouvoir
Au début du mois de mai, le sommet de l’État ne prend pas la mesure de l’événement. Le Premier ministre, Georges Pompidou, part en voyage officiel en Iran et en Afghanistan début mai, tandis que De Gaulle s’envole pour la Roumanie à la mi-mai. Ce vide au sommet laisse la rue s’enflammer, transformant les troubles lycéens et étudiants du Quartier latin en une véritable crise de régime.
Conclusion : un héritage entre rupture et continuité
La crise de mai 68 s’achève par un paradoxe de plus : une victoire politique éclatante du gaullisme lors des élections législatives de juin, suivie paradoxalement par le départ du Général un an plus tard, après l’échec du référendum de 1969.
Si le pouvoir institutionnel a tenu, la société française, elle, a définitivement basculé. Mai 68 a agi comme un accélérateur de particules :
- Sur le plan social : les accords de Grenelle ont permis une hausse historique du SMIG (+ 35 %) et la création de la section syndicale d’entreprise.
- Sur le plan culturel : la crise a marqué la fin d’une France patriarcale et rigide, ouvrant la voie aux grands débats de société des années 1970 (féminisme, écologie, libéralisation des mœurs).
En définitive, mai 68 reste ce moment charnière où la France a tenté de réconcilier ses structures politiques héritées de l’histoire avec les aspirations d’une jeunesse née de la modernité. Pour l’étudiant en prépa, comprendre mai 68, c’est comprendre le passage d’une France de la reconstruction à une France de l’émancipation.


