Union

Le mercredi 16 septembre 2026, la Présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est exprimée à Strasbourg pour son discours annuel sur l’état de l’Union. Défense européenne, marché des capitaux, climat, incendie, réseaux sociaux, intelligence artificielle ou encore rapprochement inédit avec le Canada… les propositions ont été nombreuses.

Rendre l’Union européenne plus compétitive

Rééquilibrer les relations commerciales avec la Chine

Ursula von der Leyen a prévenu : l’Union européenne devra utiliser « tous les outils » à sa disposition pour réduire son déficit commercial avec la Chine, qui s’élèverait à un milliard d’euros par jour. La consommation intérieure chinoise diminue depuis plusieurs années, la Chine cherche donc à exporter ses produits massivement vers l’Europe, mettant en difficulté un bon nombre d’entreprises européennes, obligées de fermer des sites ou de délocaliser leurs productions pour rester compétitives.

La cheffe de l’exécutif européen a également fait savoir qu’il était urgent que l’Europe reprenne son indépendance vis-à-vis de la Chine dans l’approvisionnement de certaines ressourcesL’Europe dépendrait à 80 % de la Chine pour son approvisionnement en matières premières critiques et à 90 % pour certaines terres rares.

« Une Europe, un marché »

Dans son discours, Ursula von der Leyen a appelé à donner un nouvel élan à l’économie européenne. Si l’Union européenne reste la première puissance commerciale mondiale et dispose d’une épargne et de capitaux abondants, ceux-ci restent trop fragmentés. S’inscrivant dans la lignée des recommandations du rapport Draghi, la Présidente de la Commission souhaite faciliter l’expansion des entreprises européennes à travers le marché unique.

Cette réforme, qualifiée d’« audacieuse » par Bruxelles, repose sur la création d’une économie intégrée, où les réseaux énergétiques permettent une circulation fluide de l’électricité, du gaz et d’autres ressources entre les États membres et où les entreprises peuvent s’implanter dans un autre pays européen plus facilement.

La Présidente de la Commission européenne souhaiterait achever la refonte du marché européen d’ici fin 2027 dans un contexte économique et international où la rapidité est essentielle.

Mettre un terme à la sur-règlementation

Ursula von der Leyen plaide pour mettre fin à la sur-règlementation à tous les niveaux administratifs. Elle a exhorté les États membres à passer à la vitesse supérieure et à prendre des mesures concrètes pour simplifier les procédures. À cet effet, Bruxelles a proposé un paquet de 12 mesures dites « omnibus », visant à réduire de 17 milliards d’euros par an les charges administratives pesant sur les entreprises.

La Commission européenne souhaite par ailleurs simplifier l’octroi des permis pour la construction d’infrastructures stratégiques afin de servir les intérêts prioritaires de l’Europe.

Vers une souveraineté énergétique : l’UE accélère sa transition face aux crises géopolitiques

Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’Union européenne a dû diversifier en urgence ses approvisionnements énergétiques, tout en développant massivement les énergies renouvelables et le nucléaire sur son sol.

La crise du détroit d’Ormuz a encore alourdi la facture : les importations de gaz ont coûté 90 milliards d’euros supplémentaires à l’UE en raison des tensions géopolitiques dans la région. Pour retrouver son indépendance énergétique, la Commission européenne mise sur l’électrification accélérée du continent avec pour objectif de doubler la part de l’électricité dans le mix énergétique d’ici 2040, ce qui permettrait de réduire de 260 milliards d’euros par an les dépenses en importations de pétrole et de gaz, très dépendantes du contexte international.

Pour y parvenir, l’Europe devra étendre et moderniser ses réseaux électriques, les rendre pleinement transfrontaliers et garantir une production d’électricité suffisante pour couvrir les besoins. Derrière ces mesures, l’enjeu est clair : bâtir une souveraineté énergétique et faire baisser durablement le prix de l’énergie pur les ménages et les entreprises.

Le Canada, bientôt membre associé de l’UE

C’est probablement l’annonce qui est la fois la plus surprenante et la plus marquante de toutes : faire du Canada, le premier membre associé de l’Union européenne. Nous connaissions jusqu’à présent les territoires associés à l’Union européenne, qui sont des territoires éloignés du continent dépendant d’États membres de l’UE, mais le statut d’État associé n’existe pas encore.

En effet, les traités fondateurs de l’Union n’ont pas prévu ce statut, qui serait donc à créer. « Tout reste à inventer », a déclaré Ursula von der Leyen en évoquant ce nouveau statut en présence du Premier ministre canadien, Mark Carney. Pour la Présidente de la Commission , le Canada et l’Union européenne partagent les mêmes valeurs et des positions similaires sur les enjeux actuels (industriel, IA, changement climatique, géopolitique, etc.).

L’annonce d’un partenariat inédit entre le Canada et l’UE a aussitôt fait réagir Donald Trump, qui a annoncé qu’il pourrait considérer cela comme un acte hostile à l’égard des États-Unis et donc stopper les échanges commerciaux avec l’Europe et imposer des droits de douane élevés. Le Canada, en pleine guerre commerciale avec les États-Unis, cherche à diversifier ses partenariats et à renforcer son lien avec l’UE, dont les échanges ont augmenté de 75 % en dix ans grâce à la signature d’un accord de libre-échange.

Par ailleurs, selon des sondages récents, près de la moitié des Canadiens souhaiteraient rejoindre l’Union européenne.

Futur conseil européen de sécurité et protocole de sécurité d’urgence

La Présidente de la Commission européenne a également soumis l’idée de créer un futur Conseil européen de sécurité qui serait composé de l’UE, du Royaume-Uni, de la Norvège et du Canada. Son but, échanger sur la sécurité du continent et les risques rencontrés.

Dans la même continuité, la cheffe de l’exécutif européen envisage la mise en place d’un protocole de sécurité d’urgence, similaire à l’article 4 de l’OTAN, qui prévoit des réunions de crise lorsqu’un État membre est confronté à un risque pour sa sécurité ou a subi un incident important. Ce protocole permettrait « de coordonner une réponse européenne, d’empêcher toute nouvelle escalade et d’atténuer les conséquences » d’un incident majeur dans un contexte de guerre hybride.

Depuis août, la Russie a accéléré ses provocations à l’égard des pays européens. Le 4 août dernier, trois drones, dont au moins un chargé d’explosifs, pilotés par des agents russes, survolaient l’aéroport de Leipzig en Allemagne pour se diriger dans une zone où se trouvaient plusieurs avions-cargos ukrainiens susceptibles de transporter du matériel militaire.

Plus récemment, le 14 septembre, un navire russe lançait des fusées éclairantes sur un hélicoptère danois au-dessus de la mer Baltique. Un incident qui aurait pu endommager l’appareil. Des trains ukrainiens sont aussi régulièrement pris pour cible non loin de la frontière polonaise. Dans son discours, Ursula von der Leyen avertit que l’Europe doit se préparer à une intensification des attaques hybrides menées par la Russie, qu’il s’agisse de sabotages, de cyberattaques, d’incendies criminels ou de survols de drones.

L’Europe continuera à soutenir l’Ukraine alors que l’hiver qui s’annonce sera probablement l’un des pires depuis le début de la guerre. La défense aérienne de l’Ukraine sera renforcée par des Patriot américains achetés début septembre aux États-Unis.

L’Europe lancera le projet Freyja, qui consiste à développer en partenariat avec l’Ukraine un projet antimissile modulaire à un coût abordable tout en réduisant la dépendance européenne aux fournisseurs américains. La Commission européenne renforcera également les sanctions à l’encontre de la Russie, tout en corrigeant les failles actuelles.

Un renforcement des frontières européennes

Ursula von der Leyen souhaite renforcer Frontex, l’agence européenne de gestion des frontières, afin d’accélérer les retours et de lutter contre les causes de l’immigration irrégulière. Pour y parvenir, elle mise sur un renforcement des liens avec les pays voisins, via des investissements ciblés visant à offrir des perspectives d’avenir, notamment aux jeunes populations locales.

Changement climatique

En 2026, ce sont 660 000 hectares qui ont brûlé à travers l’Europe et les conséquences se font sentir : des forêts ravagées, la biodiversité menacée et 12 millions de tonnes de récoltes perdues.

Par ailleurs, la sécheresse et les fortes chaleurs assèchent dangereusement les fleuves et ont été responsables de plus de 35 000 décès supplémentaires à travers le continent. Ursula von der Leyen souligne que l’année 2026 aura été marquée par l’été le plus chaud jamais connu depuis les relevés météorologiques, mais que les prochains pourraient être bien pires et que l’Europe doit s’y préparer, rappelant que « l’Europe se réchauffe deux fois plus vite que le reste du monde ».

En octobre, la Commission devrait présenter un cadre pour la résilience au changement climatique recensant les 100 territoires les plus vulnérables d’Europe pour évaluer les risques et les actions nécessaires.

Chaque été, l’Europe manque d’eau. La Présidente de la Commission européenne rappelle que près de 25 % de l’eau présente dans les canalisations n’arrivera jamais au consommateur ou producteur en raison des nombreuses fuites qu’elles comptent. Une initiative européenne sur le sujet devrait prochainement voir le jour.

Faire face au numérique

Retreindre l’accès aux réseaux sociaux pour les enfants

Alors que le gouvernement revoit sa copie après la censure de sa loi interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, Ursula von der Leyen a dévoilé les contours d’un futur règlement européen visant à protéger les enfants en ligne, le EU KIDS ACT. Concrètement, trois niveaux de restrictions verraient le jour pour les moins de 18 ans :

  • interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 13 ans ;
  • fonctionnalités restreintes et pas de compte personnel avant l’âge de 15 ans ;
  • et, pour les 15-18 ans, ce seront aux plateformes de prendre des mesures adaptées pour garantir une utilisation sécurisée de leurs réseaux sociaux.

« L’IA est rapidement devenue un fondement de notre économie et de notre sécurité »

La cheffe de l’exécutif européen réaffirme que l’intelligence artificielle est à la fois une source d’opportunités et de risques. Pour que l’Europe puisse profiter pleinement des opportunités offertes par la technologie, elle doit aussi prendre en considération les risques que ces outils nous font encourir et les encadrer.

Dans un contexte où l’IA est aujourd’hui en mesure de s’autoaméliorer sans intervention humaine, capable de pirater des sites sécurisés et que certains agents IA échappent parfois à leur développeur, et que certains dirigeants et fondateurs des plus grandes entreprises d’IA tirent la sonnette d’alarme et appellent à ralentir la course à l’IA, l’Europe doit collaborer avec le Canada et le Royaume-Uni, qui partagent les mêmes valeurs pour vérifier et évaluer la sécurité des modèles IA.

Par ailleurs, Ursula von der Leyen appelle l’Europe à rester dans la course pour garantir son indépendance. L’IA doit être utilisée de manière concrète dans l’industrie et les services pour renforcer les entreprises européennes, la défense ou encore la prise en charge médicale. 

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