justice sociale

La justice sociale est un principe moral et politique visant l’égalité des droits, la solidarité collective et une répartition équitable des ressources au sein de la société. Ce chapitre est trop souvent mal révisé, mal utilisé, voire oublié par les préparationnaires, alors qu’il permet d’intégrer un volet social dans la dissertation. Dès lors, maîtriser le chapitre de la justice sociale permet de se distinguer très facilement de la grande majorité des candidats. Aujourd’hui, nous allons voir les huit auteurs à absolument connaître sur la justice sociale pour briller aux concours.

Égalité et justice sociale

Aristote : la justice fondée sur l’égalité

Dans L’Éthique à Nicomaque, Aristote défend une conception de la justice fondée sur l’égalité. Pour lui, est juste ce qui est égal.

L’école républicaine, créée à la fin du XIXe siècle par les lois Ferry (1881-1882), illustre concrètement ces principes. L’obligation scolaire garantit l’accès à l’instruction pour tous. Elle libère les enfants de paysans des travaux agricoles au printemps. Elle limite aussi les inégalités liées aux frais de scolarité.

L’idéal saint-simonien qui inspire cette école vise un objectif clair. Il s’agit de rendre les citoyens égaux. L’instruction obligatoire doit permettre de dépasser les déterminismes sociaux liés au milieu d’origine.

Aristote établit une distinction entre la justice commutative et distributive. La première repose sur l’égalité arithmétique, c’est-à-dire sur l’application des mêmes valeurs et principes. La justice distributive, quant à elle, repose sur une égalité proportionnelle, dite géométrique.

Alexis de Tocqueville : une triple égalité en jeu

Dans De la démocratie en Amérique (1835), Tocqueville distingue l’égalité des droits, l’égalité de fait et l’égalité des chances. Dans la société démocratique, les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit.

Selon lui, la méritocratie constitue une fiction nécessaire : elle justifie l’existence d’inégalités « justes » et participe à l’idéal démocratique d’égalité des chances. Il souligne que l’accroissement progressif de l’égalité conduit alors à accroître le désir d’égalité.

Albert Hirschman : une vision libérale de la justice sociale

Pour Hirschman (1991), on peut distinguer trois thèses fondant le rejet de toute intervention visant à réduire les inégalités.

La première est la thèse de l’effet pervers, qui s’appuie sur les théories de l’autorégulation du marché. La deuxième est la thèse de l’inanité, selon laquelle la redistribution serait futile, car les inégalités appartiendraient à la nature humaine. La troisième est la thèse de la mise en péril, qui repose sur l’idée que toute intervention de l’État pourrait, à terme, conduire au développement d’un État totalitaire menaçant les libertés individuelles.

Qu’est-ce qu’une société juste ?

Rawls, dans Théorie de la justice (1971), cherche à définir une théorie universelle de la justice sociale. Pour ce faire, il met en place un « voile d’ignorance ». Dans cette expérience, les individus ne disposent d’aucune information sur la position qu’ils occuperont dans la société ni sur leurs caractéristiques personnelles. Chacun cherche alors à maximiser ses intérêts tout en minimisant les risques : c’est le principe du maximin.

Rawls tire deux principes de cette expérience

Selon le premier principe de justice, chaque individu doit disposer d’un système de libertés fondamentales le plus étendu possible, à condition que tous bénéficient du même système de libertés. Le second principe affirme que les inégalités économiques et sociales doivent être attachées à des positions ouvertes à tous et organisées de manière à être à l’avantage de chacun, notamment des plus défavorisés.

Il étudie également le rôle des institutions face aux inégalités économiques et sociales. Il rejette la liberté naturelle et l’aristocratie naturelle, ainsi que l’égalité libérale, qui abandonnerait la justice à la loterie des dons naturels. Ainsi, les inégalités économiques et sociales ne sont justifiées que si elles sont liées à des fonctions ouvertes à tous et profitent au maximum aux membres les plus désavantagés de la société.

Ces principes sont hiérarchisés. L’amélioration de la situation des plus défavorisés, au nom du principe de différence, ne peut justifier une atteinte aux libertés fondamentales ni restreindre la juste égalité des chances. Les institutions visant à réduire l’influence des contingences sociales et du hasard naturel ont donc pleinement leur place. Les mécanismes de redistribution permettent ainsi aux plus défavorisés de bénéficier de l’efficacité du système économique.

Les inégalités

Amartya Sen : théorie des capabilités

Dans Repenser l’inégalité (1992), Amartya Sen insiste sur la diversité fondamentale des êtres humains. Chaque individu dispose de possibilités très différentes de choisir sa vie, même lorsqu’il possède un niveau identique de biens premiers sociaux. Sen propose de réorienter la réflexion sur la justice sociale, en passant des moyens d’existence aux possibilités réelles d’accomplir les activités que l’on a des raisons de valoriser.

Selon lui, la liberté formelle ne suffit pas. La véritable justice sociale repose non pas sur l’égalisation des droits juridiques, mais sur celle des « capabilités », c’est-à-dire des libertés réelles dont disposent les individus et qui définissent leur espace des possibles.

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Marc Fleurbaey : une justice compensatrice et redistributive

Dans Théories économiques de la justice (1996), Fleurbaey analyse les « réalisations fondamentales » des individus. Selon lui, elles dépendent de plusieurs facteurs. Elles sont d’abord influencées par des ressources externes, comme les revenus ou le patrimoine. Elles reposent aussi sur des facteurs internes non maîtrisés, tels que les dons naturels. Enfin, elles peuvent résulter de choix individuels.

Il distingue ainsi ce qui relève de la responsabilité personnelle de ce qui engage la responsabilité de la société. Cette distinction concerne notamment la santé, l’éducation, la formation, la richesse, le pouvoir ou encore l’intégration sociale.

La méritocratie et les inégalités

Marie Duru-Bellat : la critique de la méritocratie

Dans L’Inflation scolaire (2006), Marie Duru-Bellat explique que le mérite scolaire ne peut être considéré comme pleinement juste, puisque les enfants ne choisissent ni leurs parents ni l’héritage social qu’ils reçoivent.

Les verdicts scolaires entérinent ainsi des inégalités de réussite dont les élèves ne sont pas entièrement responsables, car elles dépendent aussi du milieu familial. Si le mérite scolaire existe, son origine reste largement marquée par les inégalités sociales.

Joseph Stiglitz : l’origine des inégalités

Dans Le Prix de l’inégalité (2012), Stiglitz explique que les causes des inégalités économiques peuvent être dues à des rentes issues de la « capture du régulateur », c’est-à-dire des grands dirigeants qui contrôlent un conseil d’administration et perçoivent des rémunérations disproportionnées.

Il explique qu’elles peuvent aussi être liées aux secteurs bancaire et financier qui bénéficient du soutien des pouvoirs publics et à l’exploitation des plus démunis par des prêts usuraires et l’utilisation de cartes de crédit.

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Ces huit auteurs sont incontournables pour ce chapitre, mais tes connaissances ne doivent surtout pas se limiter à ces auteurs !