Machine d’engrenages représentant la dynamique de la croissance économique

La croissance économique désigne, au sens strict, l’augmentation des biens et services produits par une économie sur une période donnée. Elle se mesure par le produit intérieur brut (PIB) réel, c’est-à-dire ajusté à l’inflation. Plus largement, la croissance est au cœur des enjeux économiques contemporains des pays développés et en voie de développement.  Comprendre cette notion est essentiel, car elle est en relation avec tous les autres chapitres d’économie.


La pensée économique – un chapitre à lier avec la croissance économique

 

Définitions

Croissance économique : pour François Perroux (L’économie du XXe siècle, 1966), la croissance économique correspond à l’« augmentation soutenue pendant une ou plusieurs longues périodes d’un indicateur de dimension ; pour une nation : le produit global brut ou net en termes réels ».

Il est important de distinguer la croissance extensive de la croissance intensive.

  • La croissance extensive repose sur la hausse des facteurs de production : travail et capital
  • La croissance intensive résulte d’une meilleure utilisation de ces facteurs.

Il faut également savoir distinguer la croissance du développement : le développement est qualitatif, tandis que la croissance est quantitative.

Les cycles de la croissance économique

Les cycles économiques sont des phénomènes récurrents qui impactent l’activité économique sur des périodes variables. Parmi eux, on trouve :

  • Cycle de Juglar : ce cycle, d’une durée d’environ huit à dix ans, est étroitement lié à la dynamique de l’investissement des entreprises. Il se caractérise par des phases de croissance, suivies de récessions, et témoigne des fluctuations périodiques de l’activité économique ;
  • Cycle de Kondratiev : ce cycle est plus long et se décompose en différentes phases. Une phase ascendante d’environ 20 ans, suivie d’une période de récession d’environ 10 ans, puis d’une dépression d’environ 20 ans. Il est influencé par les innovations technologiques et économiques majeures ;
  • Cycle de Schumpeter : il comprend quatre phases. La prospérité, la récession, la dépression et la reprise. Il est lié aux changements structurels et aux bouleversements causés par l’innovation et l’évolution économique.

Ces cycles jouent un rôle crucial dans la compréhension des fluctuations économiques et influencent les décisions des acteurs économiques et les politiques publiques.

Les grandes périodes de croissance économique

Selon les chiffres d’Angus Maddison (L’économie mondiale, une perspective millénaire, 2001), il y a eu quatre périodes :

Chiffres clés de la croissance économique
Période historique Dates Caractéristiques économiques TCAM (taux de croissance annuel moyen)
Période agraire 500 – 1500 Économie rurale et autosuffisante, productivité faible 0 %
Période agraire progressive 1500 – 1700 Premiers échanges commerciaux, gains modestes de productivité 0,2 %
Capitalisme commercial 1700 – 1820 Développement du commerce maritime et des colonies 0,6 %
Capitalisme industriel 1820 – 1980 Révolution industrielle, innovations technologiques, urbanisation 2,5 %

Ce tableau met en évidence la progression continue de la croissance économique au fil des siècles, stimulée par l’innovation et la transformation des structures productives.

La révolution industrielle correspond à la première réelle phase de croissance dans l’histoire du capitalisme. Se développent à cette période le salariat, les manufactures, le commerce international… Mais la croissance du XIXe siècle est jalonnée de crises, et en cela, est extrêmement cyclique.

Les Trente Glorieuses succèdent à la crise majeure du capitalisme, celle de 1929. En France, c’est une période très prospère avec un TCAM de 5 %, un taux de chômage qui avoisine les 3 % (plein emploi), une dette publique qui est maîtrisée sous les 20 % du PIB, mais au prix d’une inflation relativement soutenue, 7-8 % avec des pics à 15 %.

Les théories de la croissance économique

Les approches classiques et néoclassiques

Selon Adam Smith (Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, 1776) la richesse des nations provient de trois facteurs principaux.  Elle dépend de la division du travail, de l’ouverture internationale et de l’épargne. L’épargne permet d’accumuler du capital, condition nécessaire pour l’investissement et la création de manufactures.

Selon Jean-Baptiste Say (Traité d’économie politique, 1803), toute offre crée sa propre demande. Il en déduit que les crises durables n’existent pas. Une crise reste éphémère et résulte d’un simple engorgement sectoriel. Say se montre très optimiste sur la capacité du capitalisme à générer une croissance durable et prospère.

Pour Léon Walras (Éléments d’économie politique pure, 1874), les marchés s’autorégulent grâce au processus de tâtonnement. L’offre rencontre la demande au prix d’équilibre, ce qui crée un surplus pour le producteur et le consommateur. Cette régulation repose notamment sur la figure théorique du commissaire-priseur.

Les approches institutionnalistes

Bloch estime que la croissance liée à la première révolution industrielle s’explique surtout par le développement de l’« individualisme agraire », qui désigne un changement de mentalités dans les campagnes : avec la fin de la société d’Ancien Régime, les exploitants considèrent de plus en plus leurs terres comme un capital dont ils peuvent tirer profit.

North et Fogel mettent quant à eux l’accent sur le rôle des institutions. En effet : selon eux, la croissance s’explique bien plus par les changements institutionnels que par les innovations techniques. Parmi ces changements institutionnels, le développement de la propriété privée a joué un rôle majeur.

Polanyi (La Grande Transformation, 1944) montre que c’est en effet le développement de la propriété privée en Angleterre qui a permis une rationalisation du monde agricole, facteur de croissance. De même, aux États-Unis, le Homestead Act de 1862 permet aux colons partis à la fameuse « conquête de l’Ouest » d’être propriétaires de leurs terres.

L’approche keynésienne

Le rôle de l’action conjoncturelle selon Keynes (Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, 1936) repose sur l’intervention de l’État. Selon lui, l’État doit maintenir l’économie en situation de croissance continue. Le principal moteur de la croissance reste la demande, et plus précisément la demande effective. Keynes identifie trois leviers essentiels : la redistribution, l’action publique et l’investissement. La redistribution augmente le pouvoir d’achat d’une partie des ménages, ce qui stimule la consommation et la production.

Dans la perspective keynésienne, la répartition primaire doit favoriser les salaires. Les revenus de transfert viennent ensuite compléter les salaires pour renforcer le pouvoir d’achat. Ainsi, la consommation progresse et soutient la croissance. Pour Keynes, la redistribution alimete la croissance, tandis que les inégalités trop fortes la freinent en provoquant un excès d’épargne.

Les limites de la croissance économique

Croissance et bonheur

Richard Layard (Le prix du bonheur, 2007) estime qu’au cours des deux derniers siècles, l’augmentation de la croissance et des revenus n’a pas entraîné une hausse du bonheur. Pour lui, si l’augmentation des revenus peut entraîner une augmentation du bonheur, cette relation est limitée.

Les limites écologiques

Dès lors, faut-il encore chercher la croissance à tout prix ? C’est en tout cas la question qui se pose à partir des années 1970, et surtout avec le Rapport Meadows de 1972 intitulé « Halte à la croissance », qui met en évidence que la Terre a des limites physiques qui freineront inéluctablement la croissance : dans un monde fini, la croissance infinie est impossible. Les auteurs de ce rapport appellent donc à rechercher une croissance zéro.

Nicholas Georgescu-Roegen (La loi de l’entropie et le processus économique, 1983) va encore plus loin puisqu’il théorise la décroissance en expliquant qu’il faut chercher le bonheur et non pas l’accumulation de richesses.

 Les limites économiques

Les inégalités économiques et sociales

Thomas Piketty est d’avis que la réduction des inégalités ne s’associe pas mécaniquement à la croissance du PIB par habitant et ne se produit en aucun cas de manière naturelle. En d’autres termes, Piketty remet en question l’idée selon laquelle la croissance économique garantit automatiquement une diminution des inégalités. Il soutient qu’une intervention délibérée de l’État est nécessaire pour parvenir à une réduction significative des disparités de revenus.

La théorie de l’état stationnaire chez Ricardo

La théorie de l’état stationnaire de Ricardo explique que la croissance de la population entraîne une hausse du prix des biens de subsistance. Selon lui, la Terre présente des rendements décroissants. En effet, les meilleures terres étant déjà mises en culture, les nouvelles terres qui seront cultivées ne pourront être que moins fertiles que les terres existantes. L’homme doit donc exploiter des terres de plus en plus nombreuses, mais de moins en moins productives.

Chaque parcelle nécessite en outre le paiement d’une rente foncière. Ainsi, le prix des denrées agricoles augmente à mesure que l’on met en culture des terres moins rentables, car les producteurs continuent de verser une rente fixe pour des sols toujours moins fertiles.

Elle entraîne une hausse du prix des biens alimentaires, ce qui fait augmenter le salaire des ouvriers, fixé au niveau de subsistance. Cette évolution réduit le profit des entrepreneurs et limite leurs investissements. Or, pour les « classiques », l’investissement constitue la base de la croissance. Ainsi, cette situation finit par freiner la croissance et la conduit vers l’état stationnaire.

La prédiction de Malthus

Dans la lignée de la pensée de Ricardo, Malthus (Essai sur le principe de population, 1798) prévoit une crise alimentaire mondiale. Il explique que la progression géométrique de la population croît plus vite que les ressources (progression arithmétique). À long terme, la Terre ne pourra plus nourrir l’humanité et cela devrait déboucher sur une immense famine.

Le modèle de Solow et la productivité du capital

Enfin, le modèle de Solow (A Contribution to the Theory of Growth, 1956) va dans le même sens. Il montre que la productivité marginale du capital diminue à mesure que le capital s’accumule. Autrement dit, chaque unité supplémentaire de capital devient de moins en moins rentable au point de devenir nulle.

La théorie de la stagnation séculaire trouve son origine dans les travaux de Hansen (Economic Progress and Declining Population Growth, 1939). Il affirme que le ralentissement du progrès technique et de la croissance démographique condamne les économies à un arrêt de la croissance. Cette situation pousse les entrepreneurs à prévoir une rentabilité faible, ce qui réduit leur incitation à investir.

Summers reprend en 2013 cette théorie, en montrant que les États-Unis sont depuis plusieurs années dans cette situation, mais que la FED a réussi à le dissimuler aux yeux des individus grâce à sa politique monétaire expansive, qui a artificiellement créé de la croissance. Enfin, Gordon (Is U.S. Economic growth over?, 2012) estime que la stagnation séculaire surviendra plutôt en raison du ralentissement des gains de productivité issus de la révolution des TIC dans les années 1990. Au cours des dix dernières années, les gains de productivité sont en moyenne d’à peine + 1,5 % par an aux États-Unis, ce qui semble confirmer les propos de Gordon. Le potentiel de croissance américain semble donc à bout de souffle.


Le modèle de Solow en détails

Zoom sur Patrick Artus

Patrick Artus, lui, souligne que la finance peut nuire à la croissance économique de plusieurs manières. Elle détourne l’épargne qui aurait pu être utilisée pour financer des investissements productifs. Par ailleurs, les bulles spéculatives étant de plus en plus fréquentes, elles enchaînent des crises économiques qui affectent non seulement la croissance à court terme, mais aussi la croissance potentielle à long terme des pays. Ce qui entraîne une faillite des entreprises, du chômage et une perte de capital humain. Finalement, la mauvaise allocation des ressources par la finance peut entraîner une incapacité à financer des investissements efficaces.

 

Une nouvelle ère de croissance inédite à venir ?

D’autres économistes, comme Mokyr (Secular stagnation? Not in your life, 2014), envisagent au contraire l’idée selon laquelle les conséquences économiques des progrès technologiques actuels (intelligence artificielle…) vont propulser l’économie dans une phase de croissance inédite.

De la même façon, Brynjolfsson et McAfee, reprenant le célèbre mythe de l’échiquier, estiment qu’en termes de progrès technologiques nous venons à peine de rentrer dans la seconde moitié de l’échiquier, et que cela va avoir des conséquences inédites en termes de gain de croissance.

Vers une croissance économique plus verte

Dès 1972, le rapport Meadows, The limits to Growth, paraît à la demande du Club de Rome. Il souligne les limites écologiques de la croissance et la nécessité de repenser la notion de croissance économique. Les époux Dennis et Donella Meadows étudient quatre variables : l’industrialisation, la croissance démographique, la pollution et la production alimentaire. Leur analyse conclut qu’une croissance économique fondée sur l’exploitation continue des ressources naturelles mène à leur épuisement. Cet épuisement devient un frein structurel au développement économique.

Le rapport Brundtland, publié en 1987, reprend cette même idée et pose les bases d’un développement durable fondé sur une croissance verte. Il défend une croissance verte, capable de concilier économie et environnement. Ce rapport marque alors une rupture dans l’histoire de la pensée économique. Le courant environnementaliste remet alors en cause les vertus de la croissance, fondée sur la destruction de la biodiversité et l’exploitation excessive des ressources humaines.

Face à ces limites écologiques, naît le concept de décroissance, introduit par Nicholas Georgescu-Roegen. Il désigne le recul volontaire de la croissance économique et la nécessité de la désacraliser pour préserver la planète. Timothée Parrique, dans Ralentir ou périr développe la décroissance en la définissant comme un concept économique, politique et social. L’objectif de la décroissance étant de réduire la production des biens et services afin de préserver l’environnement.

Conclusion

La croissance économique occupe une place centrale dans les économies développées, car elle est un moteur de prospérité tout en provoquant des déséquilibres économiques, sociaux et politiques.


15 auteurs à connaître sur la croissance économique

 


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