Parrique

En septembre 2022, Timothée Parrique a publié un ouvrage intitulé Ralentir ou périr : L’économie de la décroissance. Dedans, il défend la réduction de la production et de la consommation pour alléger l’empreinte écologique mondiale dans un esprit de justice sociale et dans une quête de l’amélioration du bien-être des sociétés. Tu comprends donc bien que cet ouvrage peut être mobilisé pour répondre à une multitude de sujets, de ceux traitant la croissance économique et sa soutenabilité écologique à ceux qui touchent aux inégalités sociales et au rôle des pouvoirs publics.

Une critique acerbe de l’idéologie de la croissance

Une remise en question de la pertinence du PIB : outil de mesure traditionnel de la croissance économique

Après avoir présenté l’histoire du PIB, souvent considéré comme la « matrice de la vie économique » depuis les années 1930, Timothée Parrique met en exergue les limites de cet indicateur.

Le PIB mesure les valeurs d’échange et non les valeurs d’usage. Ainsi, le fait de prendre soin de ses enfants ou de réaliser des activités de bénévolat n’est pas considéré comme une création de richesses, alors qu’il est une conséquence notable sur la qualité du tissu social.

Il s’agit d’un indicateur quantitatif qui ne dit rien sur la nature positive ou négative des biens et des services produits. La hausse de production des masques en 2020 est interprétée comme un enrichissement de la nation, même si elle sous-tend un manque de sécurité nationale.

Enfin, il repose sur une mauvaise comptabilisation des services non marchands fournis par les pouvoirs publics. L’éducation, la justice ou la défense ne sont, par exemple, comptées que par les salaires versés aux fonctionnaires sans tenir compte de la qualité des services. Ainsi, un service produit par une entreprise privée génère plus de valeur, ceteris paribus, que si une entreprise publique l’avait produit.

Qu’est-ce que l’idéologie de la croissance et comment s’est-elle répandue dans les économies développées ?

En France, c’est la loi du 6 août 2015 (aussi dite Loi Macron) qui impose un devoir de croissance (growth duty), selon lequel toute personne exerçant une fonction de régulation doit tenir compte du fait qu’il est souhaitable de promouvoir la croissance économique.

Cette volonté institutionnelle de booster la croissance est comparée par Timothée Parrique à « un monstre mythologique » dans la mesure où le Rapport Meadows (1972) avait clairement établi le fait que l’intensification de l’activité économique a des effets irréversibles sur le stock de capital naturel (autant qualitativement que quantitativement).

L’auteur s’attache à démontrer que la croissance de l’activité marchande n’est pas toujours synonyme de progrès. Les États-Unis juxtaposent souvent boom économique et récession sociale, par exemple. 

Quelles sont les limites écologiques de la croissance ?

Pour Parrique, il n’y a pas de découplage possible entre la variable écologique et la variable économique ; en d’autres termes, ces deux variables évoluent nécessairement en exerçant une influence l’une sur l’autre. 

Il remet même en question la célèbre courbe de Kuznets environnementale, selon laquelle il existe un seuil au-delà duquel plus de croissance économique est synonyme d’un verdissement de l’économie, et la qualifie d’une fake news pour plusieurs raisons : 

  • Cette courbe ne considère que les émissions de carbone. Or, la production engendre d’autres problèmes : la taille moyenne des populations de vertébrés sauvages a décliné de 68 % entre 1970 et 2016, selon WWF.
  • La courbe ne comptabilise pas les importations, puisque certains pays se félicitent de s’être dématérialisés alors qu’ils délocalisent les activités polluantes. 
  • Les ordres de grandeur sont insuffisants : la courbe compare une augmentation de 3 % du PIB à une baisse de 3 % des émissions de CO2. Or, on ne peut comparer ces deux valeurs, car ces efforts sont insuffisants.

La décroissance

Cette notion, très déstabilisatrice, car ne faisant pas consensus auprès des économistes, mérite d’être clairement définie pour ne pas tomber dans des confusions entre décroissance, récession et croissance verte, par exemple.

Qu’est-ce que c’est pour Timothée Parrique ?

Parrique est une figure importante lorsqu’on parle de décroissance en sciences économiques, et la définition qu’il en donne permet de mieux en cerner les enjeux.

La décroissance est à l’origine un slogan politique créé pour faire réagir. Elle n’est donc pas le contraire de croissance comme le suggère le préfixe , mais il s’agit de la réduction de la production et de la consommation pour alléger l’empreinte écologique planifiée démocratiquement dans un esprit de justice sociale et dans un souci de bien-être

Quand la décroissance doit être mise en place dans une société, cela suppose un changement d’imaginaire collectif et une sortie du paradigme de la croissance.

Qu’est-ce que cela implique ?

La décroissance est « plus que moins de croissance », c’est un changement de logiciel économique. Au lieu de se concentrer sur la satisfaction d’indicateurs financiers (PIB, profits, revenus), on viendrait satisfaire des indicateurs sociaux et écologiques. C’est la logique d’ensemble qui change : on passe d’une logique de maximisation à une de contentement. 

La décroissance est aussi le projet de la post-croissance. Le but est de tendre vers une société émancipée des impératifs monétaires traditionnels et qui se contente de l’état stationnaire.

Il faut toutefois faire attention, car ce projet n’est pas le même que celui d’un capitalisme soutenable ou d’une croissance verte, car ces derniers systèmes demeurent cumulatifs.

La critique de l’économie circulaire par Timothée Parrique

Si, pour plusieurs économistes, l’économie circulaire est un moyen pertinent pour casser le modèle linéaire traditionnel de consommation, Parrique a un avis plus nuancé.

Pour lui, tous les déchets ne peuvent être recyclés. En effet, une partie des déchets est irrécupérable. Sur les 100 milliards de tonnes de ressources extraites chaque année, 37 milliards sont totalement irrécupérables. Le recyclage de certains déchets est difficile. Un smartphone, par exemple, contient plus de 50 types de produits, ce qui rend la gestion de son recyclage plus complexe.

Ainsi, pour Timothée Parrique, une économie circulaire ne peut croître perpétuellement. Cela s’explique par la nécessité constante d’extraire et de mobiliser de nouvelles ressources de la nature pour produire tout bien de consommation.

Le recyclage n’est bien évidemment pas à décourager, mais il faut admettre qu’une économie ne peut à la fois être en croissance et être circulaire.

Les citations extraites de l’ouvrage de Parrique pour valoriser ta copie

  • « Nous sommes à bord d’un bus fonçant à pleine vitesse vers une falaise et nous acclamons chaque km/h en plus comme du progrès. » Il y a ici une analogie entre les excès de vitesse dans un bus et ceux promus par l’idéologie de la croissance.
  • « La croissance n’est pas une fatalité, mais un choix. » Cette citation aborde l’importance de l’action des pouvoirs publics dans la lutte contre le changement climatique.
  • « Ce qui compte ne peut pas toujours être compté, et ce qui est compté ne compte pas forcément. » Parrique l’utilise afin de mettre en exergue les limites du PIB.
  • « On produit pour financer un modèle social et donc tous ceux qui disent qu’il y a une urgence climatique et qu’il faudrait arrêter tout ce qui pollue, quel est votre schéma social ? Qui vous finance le grand âge, la maladie, l’éducation ? Personne, car il faut produire plus. » Parrique utilise cette citation d’Emmanuel Macron pour montrer les tensions qui existent autour de l’avènement d’une société de décroissance. Elle est aussi utile pour souligner les arbitrages que les pouvoirs publics devront effectuer. 

 

Puisque tu maîtrises parfaitement la théorie de Timothée Parrique, tu es maintenant paré(e) pour aborder tous les sujets liés à l’environnement, aux inégalités et à la croissance ! N’hésite pas à apprendre une ou deux citations pour te démarquer des autres candidats.