Au Mexique, les droits des femmes sont mitigés. Le 1er octobre 2024, Claudia Sheinbaum est devenue la première femme à gouverner le pays. Cependant, le Mexique n’est pas un élève modèle en matière de respect des droits des femmes, il est même le pays le plus dangereux au monde pour ces dernières. Cet article met donc en parallèle les avancées et les retards du Mexique dans ce domaine sous différents aspects : l’accès à la vie politique, la violence ou encore l’interruption volontaire de grossesse.
Les violences contre les femmes
Sur une population totale de 127 millions de Mexicains, en 2021, 70 % des femmes de plus de 15 ans auraient expérimenté au moins une violence (psychologique, économique, patrimoniale, physique, sexuelle) ou de la discrimination au cours de leur vie. Dans ces 70 %, la violence psychologique est la plus répandue et représente 50 % de ces agressions, juste avant la violence sexuelle puis physique. Ces chiffres sont en augmentation par rapport à 2016.
Les États les plus touchés par ces violences sont d’abord l’État de Mexico, la ciudad de Mexico et l’État de Queretaro. Au contraire, les États les moins touchés sont ceux du Chiapas et l’État de Zacatecas.
Un autre chiffre marquant est celui du nombre de femmes tuées en 2024 : elles sont au nombre de 3 427, selon le Secrétariat exécutif du système national de sécurité publique. Sur ces presque 3 500 meurtres, 829 sont considérés comme des féminicides. On peut retenir plus facilement que plus de dix femmes sont assassinées par jour au Mexique en moyenne. Pour dénoncer cette violence, des mouvements civils naissent un peu partout dans le pays et le slogan « Ni una menos », né en Argentine, est clamé lors des manifestations.
Enfin, l’impunité est une variable qu’il faut prendre en compte dans cette violence. L’absence de punition des crimes favorise les féminicides dans le pays, notamment dû aux différentes causes sociales, économiques et politiques.
Le féminicide se définit comme le meurtre d’une femme et dont le motif principal est son genre. Il faut le distinguer d’un meurtre de femme, qui, lui, ne prend pas en compte la dimension de genre. Sur dix meurtres de femmes, 1/4 sont considérés comme des féminicides.
Le cas des meurtres de la ciudad de Juárez
La ville de Juárez est une ville mexicaine se trouvant au nord du pays, à la frontière avec les États-Unis. C’est la 6e plus grosse ville du Mexique en matière de population. Elle fait partie des villes qui emploient de nombreuses femmes dans les maquiladoras. Ainsi, on retrouve dans la région une grande population féminine. De plus, dans la ville s’est développé un cartel, un des plus meurtriers du Mexique, ce qui ne fait que favoriser les violences et tensions.
On surnomme cette ville la « capitale mondiale du meurtre ». En effet, il s’y est produit une série d’assassinats depuis 1993. Ce serait plus de 2 000 femmes disparues et 1 653 cadavres trouvés avant 2008, selon Amnesty International. Rapidement, on a constaté un manque de sérieux des autorités qui réagissaient peu. La corruption serait une des causes de cette absence de réaction. La Cour interaméricaine des droits humains a finalement condamné l’État mexicain pour incapacité à prévenir et garantir le droit à la vie, l’intégrité et la liberté personnelle.
De plus, les familles des victimes ont créé une association dans l’objectif d’attirer l’attention sur la situation de Juárez, mais aussi d’exercer une pression sur le gouvernement et l’opinion publique afin de briser le silence. L’association s’appelle Nuestras hijas de regreso a casa.
Si tu veux approfondir tes connaissances sur le Mexique, tu peux lire cet article.
Les avancées en matière de violence contre les femmes
D’abord, le 18 janvier 2024, un décret portant sur la modification de la Loi générale sur le droit des femmes à une vie sans violence a été voté. Ce texte de loi visait à prévenir et à réprimer les violences contre les femmes. Plus tard, le 15 novembre 2024, une modification de la Constitution a été votée. L’objectif est de promouvoir l’égalité des genres :
- Égalité d’accès aux droits
- Perspective de genre dans les domaines de la sécurité publique et de la justice
- Encouragement à la parité hommes/femmes dans l’administration fédérale, étatique et municipale
- Demande au congrès de réduire l’écart des rémunérations entre hommes et femmes
L’accès à la vie politique pour les femmes au Mexique
Les femmes sont présentes dans la vie politique mexicaine seulement depuis peu de temps. Elles n’ont le droit de voter qu’à partir de 1953 et c’est deux ans plus tard, en 1955, qu’une femme vote pour la première fois.
Les élections de 2024 sont inédites, puisque les deux principales forces politiques qui se présentent aux élections présidentielles sont des femmes. Il y a Claudia Sheinbaum pour le parti Morena de gauche et Xóchitl Gálvez à droite pour le parti PAN (Parti action nationale).
L’arrivée de Claudia Sheinbaum à la présidence
Ingénieure de formation, Claudia Sheinbaum est la première femme présidente de l’Amérique du Nord. Elle arrive à la présidence du Mexique le 1er octobre 2024, en remportant les élections avec 60 % des voix. Elle s’est présentée sous les couleurs du parti politique Morena : Movimiento de Regeneración Nacional.
La présidente a proclamé le jour de son élection : « No llego sola, llegamos todas. » Rapidement après son arrivée au Palacio Nacional (lieu où se trouvent les bureaux du président mexicain), elle a pu mettre en place de nouveaux droits inaliénables dans la Constitution mexicaine, grâce à la majorité de 2/3 que son parti a obtenu à la Chambre des députés.
Parmi les mesures, il y a :
- l’égalité salariale et réelle ;
- la parité dans toutes les administrations ;
- le droit à une vie exempte de violence ;
- une retraite à l’âge minimum de 60 ans pour les femmes, quatre ans avant les hommes, afin de reconnaître la double journée de travail qu’elles effectuent.
Elle a aussi créé un ministère de la Femme, aussi appelé Secrétariat à la condition féminine. La présidente Sheinbaum dit elle-même : « Como primera mujer presidenta, nuestra obligación es proteger a las mujeres. » Elle dit aussi : « Es el tiempo de las mujeres y del cambio », assumant son poste en tant que femme et montrant sa volonté de changer les normes sociales actuelles.
Et elle agit dans la logique de ce qu’elle dit. Le gouvernement mexicain distribue effectivement des livrets en espagnol et en langues indigènes aux femmes pour les informer sur leurs droits. Aussi, on constate qu’aujourd’hui, le gouvernement et les administrations ont respecté la parité entre hommes et femmes.
Enfin, la présidente mexicaine a subi une agression sexuelle alors qu’elle était en fonction. Elle a utilisé cette agression pour une nouvelle fois dénoncer les violences et agressions que peuvent subir les femmes. Suite à cet évènement, le gouvernement Sheinbaum a mis en place un projet de loi pour harmoniser pénalement les décisions judiciaires dans tout le pays.
Pour aller plus loin, voici un article sur Claudia Sheinbaum et ses ambitions à la présidence.
Les avancées en lien avec l’IVG
Dans les États du Yucatán et du Nayarit, la justice a ordonné aux Congrès locaux de dépénaliser l’interruption volontaire de grossesse. Cependant, aucune disposition en ce sens n’est encore entrée en vigueur. Les États du Chiapas, de Mexico, de Jalisco, de Michoacán ont, quant à eux, adopté des lois dépénalisant l’avortement.
À la fin de l’année, l’avortement était légal dans 19 des 32 États. De plus, il était en voie de dépénalisation dans deux États supplémentaires. Cependant, la durée de grossesse au-delà de laquelle un avortement n’était plus légalement possible est passée de 12 à 6 semaines, une réduction non négligeable.
Vocabulaire
- Manifestation : manifestación
- Féminicides : feminicidios
- Un chiffre : una cifra
- Clamer : proclamar
- Se trouver = se situer : ubicarse
- À la frontière avec : en la frontera con
- IVG : IVE : interrupción voluntaria del embarazo
- Impunité : impunidad
- Avortement : aborto
- Dépénaliser : despenalizar
- Agression sexuelle : agresión sexual
- La majorité : por mayoría
Chiffres à retenir
- Près de 3 000 féminicides par an au Mexique
- En moyenne, 10 femmes sont tuées par jour au Mexique
Tu peux consulter ici nos articles pour préparer les épreuves d’espagnol.



