enseignement

Depuis 1998, aucune nouvelle université publique n’a été ouverte en Espagne, quand le nombre d’écoles du supérieur privées a été multiplié par quatre. Mais ces écoles, parfois non reconnues par l’État, fournissent un enseignement dont la qualité ne peut pas toujours être contrôlée ni garantie. Elles sont appelées chiringuitos en Espagne (buvettes, bars de plage). C’est dans ce contexte que le gouvernement de Pedro Sánchez a cherché à encadrer l’enseignement supérieur privé qui se développe fortement en Espagne.

Des établissements privés en pleine expansion, mais controversés

Au cours de la dernière décennie, les inscriptions dans les écoles publiques n’ont augmenté que de 2 % et celles dans les écoles privées de plus de 100 %.

Un secteur en pleine croissance qui attire beaucoup d’étudiants, y compris étrangers

Le secteur de l’enseignement est en effet devenu un point d’attractivité pour l’Espagne. Ce secteur a généré un chiffre d’affaires de six milliards d’euros en 2023. De plus en plus d’étudiants européens, mais aussi internationaux, viennent étudier en Espagne. Environ 600 000 étudiants étrangers étaient inscrits dans des établissements d’enseignement supérieur espagnols (publics et privés) pendant l’année universitaire 2022/2023, d’après une étude cocommandée par l’association EduEspaña.

Ces étudiants internationaux proviennent majoritairement d’Italie ou de France, mais aussi de Colombie ou d’Équateur. Ils se dirigent majoritairement vers les universités madrilènes ou catalanes.

Des études au coût élevé, mais dont la qualité n’est pas contrôlée

Seulement, ces écoles privées qui se développent en Espagne sont parfois peu scrupuleuses sur la qualité de leurs enseignements. Certaines vont même jusqu’à proposer des cursus à plusieurs milliers d’euros (jusqu’à 23 000 euros par an pour les études dans le domaine de la médecine) sans que ce diplôme permette la poursuite d’études dans une autre université, ou sans même qu’il soit reconnu par l’État.

Ces écoles sont appelées chiringuitos en Espagne, ou « bars de plage », en raison non seulement de leur manque de sérieux académique, mais aussi de leur volonté de profiter d’une demande croissante d’étudiants étrangers, souvent mal informés sur le système éducatif espagnol, dans un objectif purement lucratif.

Un autre problème est celui de la dette étudiante créée par des écoles privées et coûteuses, mais dont le diplôme ne garantit pas des débouchés stables. En effet, l’endettement lié à la fréquentation de ces écoles, couplé au fort taux de chômage des jeunes en Espagne (clique ici pour en savoir plus), aggrave la situation des jeunes travailleurs dans le pays.

Les difficultés de l’enseignement public en Espagne

Parallèlement à ce développement frénétique des universités privées, l’Espagne connaît aussi un déclin de la qualité de son enseignement public. Aucune nouvelle université publique n’a été ouverte depuis 1998 et certaines universités sont obligées de restreindre leurs activités par manque de moyens.

Une crise de financement des universités publiques

Un point majeur à préciser sur le financement des universités publiques est que cela est une compétence des communautés autonomes. Ainsi, l’État central décide d’un budget alloué à l’enseignement supérieur, mais la décision finale d’allocation revient au gouvernement de l’autonomie en question.

Très concrètement, Pedro Sánchez a annoncé vouloir augmenter d’environ 1 % du PIB le budget du gouvernement pour les universités, mais ce sont les communautés qui décideront si elles affectent en effet ce budget à l’éducation supérieure. Cela crée donc des disparités entre les communautés autonomes.

Par exemple, Madrid est la communauté qui investit le moins d’argent par étudiant dans les universités publiques. Sur l’année universitaire 2021-2022, les transferts publics ont rapporté 4 800 euros par étudiant inscrit en licence à Madrid, alors que la moyenne espagnole était de 6 100 euros.

L’exemple de la Complutense, une des plus grandes universités espagnoles

Un exemple concret d’université en difficulté est la Universidad Complutense de Madrid, une des plus grandes universités espagnoles. En effet, Isabel Diaz Ayuso (présidente de la communauté autonome de Madrid depuis 2019) a réduit le budget alloué à cette université. Ainsi, depuis 2022, l’université affiche un déficit de 60 millions d’euros, comblé par un endettement.

Au début de l’année 2024/2025, l’université a donc annoncé une réduction de 30 % de son budget, en priorisant les dépenses nécessaires. Ceci a eu plusieurs conséquences : une baisse de salaire pour certains professeurs, une étude pour fermer certains masters moins fréquentés, mais surtout une baisse du budget alloué au secteur de la recherche.

Une réaction politique majeure

Face à cette situation délicate de l’enseignement supérieur espagnol, le gouvernement de Sánchez a pris plusieurs décisions, non seulement pour défendre l’enseignement public, mais aussi pour contrôler les universités privées.

Une défense de l’enseignement public

Le gouvernement central cherche à inciter les communautés autonomes à augmenter leurs budgets en direction des universités publiques de leurs territoires. Diana Morant, figure du gouvernement de Pedro Sánchez comme ministre de la Science, de l’Innovation et de l’Enseignement supérieur depuis 2021, défend particulièrement le secteur public face à la concurrence des universités privées en défendant l’égalité d’opportunités et la mobilité ascendante.

Face à cela, Isabel Diaz Ayuso, présidente de l’autonomie de Madrid, a annoncé fin 2024 vouloir augmenter de 3 % le budget de l’enseignement public madrilène. Une avancée bien reçue, mais insuffisante pour certaines personnalités comme Diana Morant.

Parallèlement, le gouvernement central cherche lui aussi à approfondir son action sur l’enseignement public, notamment grâce à une augmentation de 35 % du budget de l’UNED (Universidad Nacional de Educacion a Distancia) annoncée fin mars 2025.

Une réglementation croissante de l’enseignement privé

En 2021, le ministre des Études supérieures espagnol, Manuel Castells, a signé un décret encadrant la création et la reconnaissance des universités privées. Ce dernier impose des standards définis par l’État (exigences minimales de recherche, de qualité d’enseignement…) pour toute nouvelle école et demande aux universités existantes de s’y conformer sous cinq ans.

Mais ce décret a été reconnu comme peu contraignant, certaines écoles ouvrant même si elles ne respectaient pas l’intégralité des critères. C’est ainsi que, le 31 mars 2025, lors d’une conférence de presse, le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a annoncé une réforme de ce décret pour le durcir. Il a déclaré par la même occasion vouloir la fin des chiringuitos.

Ces nouvelles mesures, très concrètes, sont par exemple :

  • L’obligation d’accueillir un minimum de 4 500 élèves au sein de l’université.
  • Un contrôle strict par l’État de la solvabilité du projet de l’université.
  • L’obligation de créer un minimum de 10 % de logements étudiants.

Conclusion

En bref, une réelle division s’observe en Espagne entre un enseignement privé, onéreux et parfois peu qualitatif, et un enseignement public, qui peine à faire face à la concurrence dans l’enseignement supérieur et qui manque de moyens.

Il est toutefois important de noter que l’enseignement privé n’est bien sûr pas à bannir dans son intégralité. Il représente une opportunité économique pour le pays, une diversification de l’offre d’études, une venue de talents étrangers… Mais il semble être important de pouvoir mieux en contrôler la qualité.

Vocabulaire à retenir

  • Chiringuitos : bars de plage, ce terme désigne aussi ces universités privées espagnoles peu scrupuleuses sur la qualité de leur enseignement
  • La ensenanza privada/pública : l’enseignement privé/public
  • El presupuesto : le budget
  • El coste de los estudios : le coût des études
  • Una subscripcion : une inscription
  • Una competencia autonomica : une compétence régionale
  • CCAA = Comunidad autonoma