Maria Corina Machado salue la foule, vêtue d’un haut aux couleurs du Venezuela, après l’annonce de son prix Nobel de la paix.

Alors que Donald Trump rêvait de l’obtenir, le comité Nobel a finalement accordé son prestigieux prix à l’opposante politique vénézuélienne Maria Corina Machado. Toutefois, des voix s’élèvent contre cette nomination, invoquant notamment les idéologies d’extrême droite de la militante. Faisons le point.

Qui est Maria Corina Machado ?

Maria Corina Machado est l’une des chefs de file de l’opposition à la dictature socialiste vénézuélienne. Elle se fait connaître en 2002 avec la création du parti politique Sumate. C’est ensuite la tentative avortée de coup d’État contre le régime chaviste qui la propulse comme figure emblématique de l’opposition. A la suite de grèves nationales, Hugo Chavez est détenu pendant 47h et une présidence par intérim se met en place, sous la figure de Pedro Carmona. Toutefois, cet intermède démocratique, durant lequel Maria Corina Machado s’illustre par son soutien à Carmona, n’est que de courte durée, puisque ce dernier est rapidement destitué. Néanmoins, l’engagement de Machado ne s’arrête pas là. En 2004, elle réunit plusieurs milliers de signatures visant à destituer le président Chavez. Ces actions la catégorisent auprès des autorités locales. Ainsi, elle reçoit fin 2004 une interdiction de quitter le territoire vénézuélien. Elle s’engage concrètement en politique à partir de 2010, en candidatant à l’Assemblée nationale. Elle est élue députée et continue sa lutte, en s’engageant publiquement.

María Corina Machado, souriante, vêtue d’un haut clair, agite la main et tient le drapeau vénézuélien pendant un événement public en extérieur.
María Corina Machado salue ses partisans en brandissant le drapeau du Venezuela lors d’un rassemblement politique.

Un engagement courageux dans l’opposition au régime de Maduro

En 2014, la présidence vénézuélienne change : Nicolas Maduro prend la relève. Maria Corina Machado poursuit son engagement. Elle ne reconnait pas la légitimité du nouveau président et crée, à cet égard, le mouvement La Salida. Pour les élections de 2018, elle encourage le boycott et soutient ouvertement Juan Guaido. Cependant, son action est entravée par une interdiction d’exercer toute fonction publique la concernant, promulguée en 2023 et en vigueur jusqu’à 2030. Sa victoire écrasante lors des primaires de 2023, avec 92.3% des suffrages exprimés, renforce certes son image, mais son action reste limitée.

Hugo Chávez, assis à une table et gesticulant en parlant, aux côtés de Nicolás Maduro, attentif, dans une salle ornée du drapeau du Venezuela et d’un grand tableau mural.
Le président vénézuélien Hugo Chávez s’exprime aux côtés de son vice-président Nicolás Maduro lors d’une réunion officielle à Caracas.

La réduction au silence de MCM s’accentue en 2024 lorsque cette dernière est interdite de candidature aux présidentielles (pour + d’infos, lis cet article !). Cela fait suite à une décision du Tribunal suprême de justice vénézuélien (à la botte de Maduro). MCM rentre alors dans une semi-clandestinité dans son propre pays, en raison des pressions politiques exercées par le gouvernement en place. Elle soutient tout de même Edmundo Gonzalez Urrutia, candidat de l’opposition aux élections présidentielles de 2024, et apparait dans quelques manifestations (pour + d’infos, lis cet article).

Quel positionnement politique ?

Des positions officiellement centristes

Officiellement, Maria Corina Machado se réclame du libéralisme économique et du centrisme politique. Les médias la surnomment parfois « Margaret Thatcher vénézuélienne ». Sur le plan économique, elle est en faveur des privatisations, et notamment de la PDVSA. Il s’agit d’un sujet très politique, au vu de l’état économique dans lequel se trouve la 1eentreprise du pays. Sur le plan social, elle se décrit de même comme « libérale » et progressiste. Elle a ainsi affirmé son soutien à de potentielles réformes telles que la légalisation de l’avortement ou du cannabis médical. Elle s’oppose de fait drastiquement à la politique socialiste menée par le gouvernement Maduro. MCM fait de la démocratie sa priorité et insiste sur la nécessité de passer par des processus démocratiques pour faire chuter la dictature chaviste.

Des dérives radicales ?

Toutefois, il semblerait qu’elle incarne la frange la plus extrême d’opposition, et par conséquent, la plus proche des États-Unis. Elle a ainsi tenu des propos clivants, remerciant les États-Unis pour leurs interventions en mer des Caraïbes. Ces dernières ont déjà causé la mort de 27 personnes ! Alors que le prix Nobel est souvent associé à des personnages directement liés au rétablissement d’une situation de paix, MCM serait plutôt à l’origine d’appels à la violence, en témoignent les événements de 2014. À la suite d’appels à prendre les armes, 50 morts et plusieurs centaines de blessés sont à déplorer. Si elle avait signé un accord de coopération avec le Likoud, parti d’extrême droite israélien, en 2020, elle soutient ouvertement le gouvernement Netanyahu depuis 2022. Ce positionnement à l’extrême droite de l’échiquier politique international s’est confirmé par son soutien à Vox, ou encore à Viktor Orban ou Javier Milei.

Si le Comité Nobel a justifié son choix en décrivant Maria Corina Machado comme « figure clef et unificatrice de l’extrême droite », cette dénomination n’est pas tout à fait exacte. Certes, différents mouvements d’opposition cohabitent au Vénézuéla. Toutefois, celui porté par MCM, aux tendances plutôt à l’extrême droite, en dépit de son positionnement centriste officiel, a tendance à écraser les autres et la cohabitation n’est pas toujours très pacifique.

Prix Nobel attribué à Machado : une victoire pour Trump ?

Alors que Donald Trump, à grand renfort de discours, clamait sa légitimité à obtenir le fameux prix, c’est son alliée vénézuélienne qui l’a obtenu, à la surprise générale. Cependant, il se pourrait que ce ne soit pas un échec complet pour le président américain. C’est en effet ce que déplorent certains médias. Ils mettent en lumière la proximité entre la primée et l’hôte de la Maison Blanche. L’octroi de ce prix Nobel est, à certains égards, perçu comme une légitimation du durcissement des positions américaines vis-à-vis du Venezuela, de la part du Comité Nobel. La lauréate s’est ainsi empressée de dédier son prix au président américain. Elle a affirmé : « Je dédie mon prix à Donald Trump », qu’elle considère comme un « soutien décisif » à sa cause.Pas de prix Nobel de la Paix pour Donald Trump : la réaction amère de la Maison-Blanche

Cependant, force est de constater que la réponse de D. Trump n’a pas fait preuve d’autant d’enthousiasme : « Le président [Trump] continuera à fabriquer des accords de paix, arrêtant des guerres, sauvant des vies. Il a un cœur d’humanitaire et personne comme lui ne peut renverser les montagnes grâce à la force de sa volonté. Le Comité Nobel a mis la politique au-dessus de la paix ».

Quelles conséquences ?

Le choix de Maria Corina Machado comme prix Nobel de la paix n’a pas favorisé la stabilisation des relations diplomatiques Venezuela-États-Unis, et loin de là ! (pour + d’infos sur les relations Venezuela-États-Unis, lis cet article !) En effet, le 15 octobre dernier, Donald Trump a déclaré « envisager » d’organiser des frappes terrestres contre le Venezuela. Si les relations étaient déjà loin d’être cordiales, les tensions se sont intensifiées depuis la remise du prix. Dès lors, MCM agirait-elle comme un simple pion de l’interventionnisme américain ? (pour + d’infos sur la politique américaine en Amérique latine, lis cet article !) Ce débat sert évidemment de terreau de propagande pour le régime de Maduro. Ce dernier l’instrumentalise pour dénoncer l’impérialisme américain et se présenter comme grand pionnier et défenseur du nationalisme vénézuélien.

Comment l’utiliser en kholle/DS ?

  • Tu peux utiliser l’obtention du prix Nobel par MCM dans un sujet étudiant le recul de la démocratie en Amérique latine. Tu pourras illustrer ton propos avec cet exemple, montrant que les populations continuent de se mobiliser et que les ambitions démocratiques demeurent vives.
  • Tu peux aussi utiliser cet article dans un sujet traitant des relations entre les États-Unis et les pays d’Amérique latine. Tu pourrais reprendre cet exemple pour illustrer l’interventionnisme moderne des États-Unis, renforcé depuis l’arrivée de Donald Trump. Un de ses conseillers avait d’ailleurs affirmé que la doctrine Monroe était loin d’être morte mais qu’au contraire, elle était plus vivante que jamais.
  • Tu pourrais aussi relier cette actualité à la question de la place des femmes dans les sociétés latino-américaine : MCM est un exemple inspirant de femme de pouvoir en Amérique latine.

Conclusion

Ce prix Nobel décerné à Maria Corina Machado semble faire couler beaucoup d’encre. Il permet cependant de renforcer la visibilité de l’opposition vénézuélienne. C’est ainsi qu’Amnesty International a affirmé que le prix doit être « une célébration de la résistance et de la résilience des personnes qui luttent pacifiquement pour la justice et les droits humains ». Toutefois, le positionnement politique de MCM pose un certain nombre de questions.