L’immigration est un phénomène qui prend de plus en plus de place sur la scène médiatique, notamment puisque les flux d’hommes ne cessent de s’intensifier depuis des décennies, voire des siècles. Les pays arabes ne sont évidemment pas épargnés par cette tendance et ils expérimentent tous l’immigration. Certains sont des pays d’accueil, tandis que d’autres voient régulièrement leurs citoyens se tourner vers le continent européen ou nord-américain. Dans quelle mesure l’immigration est-elle un phénomène inégal au sein du monde arabe ?
Analyse de la structure des flux d’immigration dans les pays arabes
Pays de départ ou d’accueil ?
Lorsqu’on parle d’immigration, le bilan est hétérogène au sein des pays arabes. Les pays du Golfe (Émirats arabes unis, Qatar, etc.) accueillent des travailleurs issus du monde entier. Environ 80 % de la population active est étrangère dans ces pays-là. D’autre part, les pays du Maghreb sont plus à même d’être des pays de départ. Le Maroc et l’Algérie figurent ainsi parmi les pays non européens qui envoient le plus de leurs citoyens en France ou Espagne.
Raisons de l’intensification des flux migratoires impliquant les pays arabes
Du fait de leur passé colonial lié aux pays arabes, la France et le Royaume-Uni sont les pays qui sont historiquement connus pour accueillir des citoyens issus du monde arabe. Toutefois, le Royaume-Uni reçoit plutôt des ressortissants du Moyen-Orient, tandis que la France reçoit des ressortissants du Maghreb.
Lors de la Première Guerre mondiale, la France a mobilisé plus de 122 000 soldats maghrébins, dont la grande majorité était Algériens (70 %), Marocains (20 %) et Tunisiens (10 %). Après cet évènement, les soldats ont décidé de continuer leur vie sur le territoire français, car le niveau et la qualité de vie étaient nettement meilleurs que dans leurs pays d’origine. La Seconde Guerre mondiale n’a fait que confirmer cette tendance, car le gouvernement français a refait appel aux soldats maghrébins ainsi qu’à d’autres d’Espagne, d’Italie et du Portugal. En Grande-Bretagne, il est difficile de différencier les origines des migrants arabes, car ils sont tous regroupés sous le nom de « The Arab Community ».
De manière générale, la raison principale qui pousse des individus à changer de pays de résidence est la volonté de saisir de meilleures opportunités professionnelles (les salaires étant plus élevés en Europe qu’en Afrique, par exemple) et personnelles (la culture et l’art sont par exemple peu mis en avant dans certains pays arabes).
Les enjeux économiques de l’immigration dans les pays arabes
De prime abord, l’immigration semble être bénéfique économiquement pour les pays du Golfe. En effet, ce phénomène dynamise le marché du travail au sein de ces pays en permettant l’entrée constante de talents issus du monde entier et qui sont à même de diffuser les technologies utilisées dans les pays développés.
En ce qui concerne les pays du Maghreb, il faut être plus nuancé. On assiste aujourd’hui à une fuite des cerveaux (هجرة الأدمغة). Les étudiants et les jeunes diplômés se dirigent davantage vers des parcours internationaux que vers l’utilisation de leurs compétences et de leurs connaissances au service du développement de leur pays.
L’exemple de la Tunisie
Prenons le cas de la Tunisie qui envoie chaque année des milliers de citoyens vers l’Europe. Ce sont presque 8 200 cadres supérieurs, 2 300 ingénieurs, 2 300 enseignants-chercheurs et plus de 1 000 médecins et pharmaciens qui quittent le pays chaque année depuis 2018. Un autre chiffre est marquant : plus de 13 000 étudiants tunisiens décident de s’installer définitivement en France en refusant tout retour à leur pays d’origine. Cela est clairement problématique, car un des leviers de croissance d’un pays est l’accumulation de capital humain en son sein. La Tunisie et d’autres pays dans la même situation doivent alors faire face à une population de moins en moins formée.
Paradoxalement, cette fuite des cerveaux est aussi une opportunité pour le pays. Les entreprises tunisiennes font des efforts pour mieux la gérer. Elles souhaitent installer des filiales à l’étranger pour préserver le capital humain national. Plus concrètement, leur but est de faire travailler les Tunisiens partis en Europe dans des domaines qui permettront à la Tunisie de progresser en matière de transition écologique, par exemple. TELNET est un cabinet de conseil en stratégie international dont tous les travailleurs d’origine tunisienne sont chargés de travailler sur des cas de firmes tunisiennes.
Les enjeux sociaux de l’immigration dans les pays arabes
L’immigration est aussi et surtout un phénomène social. En effet, les citoyens qui décident de changer de pays de résidence s’engagent à vivre loin de leur cocon familial et à rencontrer une nouvelle culture.
Le choc culturel
La notion de choc culturel (الصدمة الثقافية) est importante, car elle a un impact direct sur l’identité des individus qui pratiquent l’immigration. Les citoyens issus du monde arabophone parlent souvent mieux leur langue que le français, l’anglais ou l’italien… Cela influence directement leur insertion dans le milieu scolaire ou professionnel. Les immigrés se voient alors souvent attribuer une étiquette (celle de l’Algérien, du Marocain, du Tunisien…) qui implique leur marginalisation.
Ce dépaysement peut s’avérer difficile à vivre, car il impose aux nouveaux arrivants de radicalement changer leurs habitudes. Des pratiques quotidiennes, comme prendre le métro, utiliser une gourde ou encore faire face à des loyers plus élevés, sont des éléments assez nouveaux et déstabilisants pour un citoyen issu d’un pays arabe. Ces ajustements pèsent sur la santé mentale des immigrés qui ne parviennent pas à trouver leurs repères et à s’adapter à l’environnement européen ou nord-américain.
L’identité des pays arabes en danger
Les questions identitaires liées à l’intensification des flux de migrations sont cruciales à analyser. Un individu ayant migré d’un pays arabophone vers un pays du Nord change et acquiert des normes et des valeurs « occidentales ». Ces évolutions se reflètent dans son comportement, sa manière de s’exprimer et parfois même dans son accent. Cependant, une fois qu’il retourne dans son pays d’origine, il se heurte à un décalage frappant. En effet, l’identité qu’il a construite à l’étranger n’est plus entièrement en adéquation avec les attentes sociales et culturelles de son milieu d’origine. Parallèlement, bien que cet individu se soit bien intégré dans son pays d’accueil, il restera à jamais un « immigré » et ne fera jamais totalement partie de cette culture occidentale.
Cela mène les immigrés à une dilution de leur identité. Ils n’ont plus de « chez eux » stable et défini, et sont constamment tiraillés entre deux cultures, deux peuples, et entre deux dynamiques de vie différentes sans jamais vraiment faire partie d’une d’entre elles.
L’effet de l’immigration sur les inégalités dans les pays arabes
L’immigration légale est une pratique qui a un coût économique considérable pour ceux qui la pratiquent. À titre informatif, avoir un visa français nécessite le blocage de plus de 8 000 euros sur un compte bancaire. Ce montant est particulièrement élevé pour des citoyens issus de pays arabes où les salaires sont bien moins significatifs qu’en Europe ou en Amérique du Nord.
Ainsi, dans certains pays arabophones, immigrer en Europe est signe d’une aisance financière et est considéré comme une condition nécessaire pour réussir dans la sphère scolaire et professionnelle.
Le cas des étudiants marocains
Au Maroc, poursuivre ses études en Europe est perçu comme un signe d’appartenance à une classe sociale favorisée. L’immigration est alors un marqueur d’inégalités sociales profondes. En effet, le système universitaire marocain est jugé à éviter, car trop incomplet et limité pour offrir de réelles perspectives de grandes carrières dans certains domaines.
Les jeunes Marocains qui partent étudier en Europe sont souvent originaires des grandes villes du pays (Casablanca, Rabat ou Marrakech) et proviennent des mêmes lycées français. Ils ont des habitudes et des références culturelles propres à eux. Le reste de la population les surnomme « les kilimini » (qui vient de أكل مني) pour les décrire comme des « fils de riche ». Cette étiquette souligne l’idée que l’expérience migratoire polarise la société des pays d’origine, car elle n’est pas accessible à tous.
Lexique à maîtriser
- Immigration = الهجرة
- Visa = تأشيرة
- Pays d’accueil = بلد الاستقبال
- Pays de départ = بلد المغادرة
- Crise identitaire = أزمة الهوية
- Polarisation de la société = تفاوت اجتماعي
- Dépaysement = اغتراب
- Exil = المنفى
- Intégration = الاندماج
- Retour au pays = العودة إلى الوطن
- Diaspora = الشتات
- Double culture = ازدواجية ثقافية
- Frontières = الحدود
- Racisme = العنصرية
- Main-d’œuvre immigrée = العمالة المهاجرة
Tu es maintenant prêt(e) pour aborder la question de l’immigration dans les pays arabes dans toute sa complexité. N’hésite pas à retenir des exemples précis pour te démarquer le jour J !
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