épargner

Est-il préférable de consommer ou d’épargner afin de favoriser la croissance économique ? Dans cet article, tu trouveras une analyse complète que tu pourras utiliser dans un sujet relatif au dilemme « consommation ou épargne » pour générer de la croissance économique. Les références clés autour de la consommation et de l’épargne te permettront de comprendre leurs conséquences sur la croissance économique.

Introduction

Commençons par définir les termes clés du sujet.

  • L’acte de consommer signifie acquérir un bien ou jouir d’un service pour satisfaire un besoin ou un désir.
  • Épargner, c’est garder une part de son revenu qui ne sert pas à la consommation. On peut distinguer plusieurs formes d’épargne : épargne productive/improductive, liquide/longue.
  • La croissance économique pour François Perroux (L’Économie du XXe siècle, 1966) désigne « l’augmentation soutenue pendant une ou plusieurs longues périodes d’un indicateur de dimension ; pour une nation : le produit global brut ou net en termes réels. » C’est l’augmentation de la production de biens et de services d’un ensemble économique sur une période donnée.

 

Pour traiter un tel sujet, il est intéressant d’étudier le lien entre épargne et investissement. L’épargne ne peut être favorable que lorsqu’elle est égale au besoin en investissement. Dans ce cas, elle est alors en mesure de générer une croissance saine, ne débouchant pas sur une crise. Par ailleurs, toute préférence suppose qu’il y ait un arbitrage possible entre épargne et consommation.

Plan détaillé du sujet

I/ Fin XVIIIe-début XIXe siècle, la croissance est née de l’accumulation du capital à laquelle l’épargne a incontestablement contribué, particulièrement dans les pays précoces de l’industrialisation

A/ L’épargne est nécessaire à la croissance, car elle permet l’investissement

Pour les économistes classiques, il n’est pas possible d’être un investisseur sans être un épargnant. En effet, la condition préalable de la fondation d’une entreprise, c’est que l’entrepreneur dispose d’une épargne préalable. C’est l’idée que soutient Adam Smith dans son œuvre Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776). Il écrit : « Les capitaux augmentent par l’économie (épargne), ils diminuent par la prodigalité (consommation). »

De la même manière, Jean-Baptiste Say, à travers sa loi des débouchés (Traité d’économie politique, 1803), explique que toute production engendre des revenus qui sont ensuite utilisés pour acheter d’autres biens et services. Il suppose que toute épargne se transforme en investissement productif, ce qui empêche le risque de sous-consommation. Ainsi, il ne peut pas exister de surproduction généralisée. Say conseille alors : « Faites des épargnes, pas des enfants. » L’épargne est nécessaire pour produire et générer de la croissance.

Cette idée est reprise par Robert Solow dans son célèbre modèle de Solow. L’épargne représente la part du revenu national qui n’est pas consommée et qui peut être transformée en investissement. Or, l’investissement accroît le stock de capital disponible par travailleur, ce qui élève la productivité et donc le niveau de production. Selon Solow, un taux d’épargne plus élevé favorise ainsi une croissance plus rapide du capital par tête jusqu’à ce que l’économie atteigne un état stationnaire, c’est-à-dire un niveau où l’investissement net suffit seulement à compenser l’usure du capital. Cependant, Solow montre que cette croissance ne peut pas être infinie, car le capital est soumis à des rendements décroissants. Seul le progrès technique, intégré comme facteur exogène dans son modèle, permet une croissance soutenue à long terme.

B/ Le take-off est le produit d’une accumulation du capital financée par l’épargne

Walt Whitman Rostow, dans son ouvrage Les étapes de la croissance économique (1960), met en avant le rôle décisif de l’épargne dans le processus de développement. Selon lui, l’épargne constitue la condition nécessaire à l’investissement productif. Ce dernier permet à son tour l’accumulation du capital, véritable moteur de la croissance économique.

Rostow insiste particulièrement sur le rôle de l’agriculture qui, en dégageant des excédents, va pouvoir investir dans l’industrie. Il affirme que « l’agriculture doit mettre à la disposition du secteur moderne (industrie) une part importante de ses revenus excédentaires (épargne) ». Selon lui, il faut un taux d’épargne/investissement d’au moins 10 à 15 % du revenu national pour enclencher un décollage, une croissance autoentretenue.

C/ Un excès de consommation peut empêcher la croissance, voire produire des crises

Dans son ouvrage Richesse du monde, pauvretés des nations (1997), Daniel Cohen souligne que les pays en développement, et plus encore les pays les moins avancés, se heurtent à un obstacle majeur. Il s’agit d’une forte préférence pour le présent au détriment de l’avenir. En d’autres termes, les ménages, et parfois même les États, privilégient la consommation immédiate plutôt que l’épargne.

Cela limite la capacité à accumuler du capital et à financer des investissements productifs de long terme. Cette tendance empêche la mise en place d’un cercle vertueux de croissance. Sans épargne suffisante, les infrastructures, l’éducation ou encore la modernisation de l’appareil productif ne peuvent se développer de manière autonome. Selon Cohen, une hausse significative du taux d’épargne est donc une condition indispensable pour permettre à ces pays de sortir durablement du sous-développement.

Un excès de consommation peut mener à une crise de surproduction. C’est ce que théorise Friedrich Hayek dans Prix et Production (1931). Quand l’épargne est abondante et la consommation faible, les entreprises vont investir pour produire de façon massive. On va consommer davantage après s’être enrichi avec l’épargne, donc il n’y a pas de crise.

En revanche, quand la consommation est massive et l’épargne est rare, les banques vont créer de la monnaie à défaut de ne pas pouvoir accorder des crédits grâce à l’épargne. Cela va conduire à baisser les taux d’intérêt, les investissements vont augmenter et la production sera massive. Des biens vont être produits grâce aux investissements, sans qu’il n’y ait plus de débouché, car l’épargne est rare. Cela va donc mener à une crise de surproduction. Ainsi, pour Hayek, choisir entre consommer ou épargner revient à choisir entre une croissance en crise ou une croissance saine.

II/ Néanmoins, une croissance économique qui négligerait la consommation serait fondamentalement déséquilibrée et/ou atone

A/ Le rôle de l’épargne dans la croissance économique doit être relativisé

L’idée selon laquelle l’épargne constitue la condition nécessaire au take-off (Rostow) est remise en cause par Alexander Gerschenkron dans son livre Economic backwardness in historical perspective (1962). Pour Gerschenkron, le modèle de Rostow ne fonctionne que pour les pays précoces, comme la Grande-Bretagne ou la France. Mais il ne s’applique pas aux pays tardifs (late commers : Allemagne, États-Unis, Russie, Japon). Pour les tardifs, la croissance a été financée par la transformation et non pas par de l’épargne (transformation bancaire). Ainsi l’épargne n’est pas toujours indispensable pour le développement d’un pays.

De plus, l’épargne n’est pas toujours transformée en investissement. C’est ce que pense John Maynard Keynes (Théorie générale de l’emploi de l’intérêt et de la monnaie, 1936) en s’opposant alors aux économistes classiques, et notamment à la loi de Say. Il parle d’épargne improductive. Keynes explique que l’investissement dépend du taux d’intérêt et du niveau d’efficacité marginale du capital. Selon lui, « l’épargne est une névrose », car elle est un refus de consommation. Épargner, c’est se protéger contre les incertitudes, en thésaurisant par exemple, et non pas s’enrichir.

B/ Un manque de consommation peut conduire à une crise de surproduction

Du côté des classiques

Les économistes sous-consommationnistes expliquent les crises de surproduction par le manque de consommation. C’est le cas de Robert Malthus, premier à théoriser la crise dans son ouvrage La Crise (1796). Le problème pour Malthus est qu’il peut y avoir de l’épargne excédentaire : il n’y a pas de thésaurisation, mais l’épargne peut se cristalliser dans l’investissement qui peut faire apparaître une suraccumulation du capital à cause du déficit du débouché.

Il faut donc nourrir la rente foncière. Une crise de surproduction industrielle apparaît quand il y a une trop forte part de profit et une trop faible part rémunérant les propriétaires des rentes foncières.

Pour les marxistes

Karl Marx (Le Capital, livre I, 1867) ne doute pas que le capitalisme est gouverné par des lois historiques et donc non naturelles. La plus importante est la loi de la baisse tendancielle du taux de profit, produit de la loi de l’augmentation de la composition organique du capital (C/V). La croissance capitaliste se nourrit d’une accumulation du capital constant qui s’accompagne forcément d’une suraccumulation.

En effet, le capital constant se contente de produire, tandis que le capital variable produit et consomme. L’offre progresse donc plus vite que la demande. Ainsi, la croissance débouche sur une crise de surproduction. Pour Marx, la crise de 1929 est une crise de surproduction généralisée, précédée d’un déséquilibre dans la répartition en faveur des profits. Il y a bien un manque de consommation.

Chez les keynésiens

Les keynésiens, dans la lignée de Keynes, montrent que l’offre ne crée pas sa propre demande, d’où l’importance de la consommation. C’est notamment ce que cherche à montrer le modèle Harrod-Domar (modèle keynésien de croissance).

Quand, sur un marché, la demande augmente, le stock de capital va croître plus que proportionnellement. Il est inévitable que les entreprises suraccumulent. C’est le résultat d’existence de délai de production.

Quand le taux de croissance effectif (G) est inférieur au taux de croissance garanti (Gw), les entreprises ont surinvesti. Elles ont été trop optimistes quant à l’évolution de la demande, donc elles ont surproduit, ce qui conduit à une crise de surproduction généralisée. Ce scénario est le plus probable pour les keynésiens. Il s’explique par l’accélérateur : l’investissement génère une suraccumulation de l’offre.

C/ Certaines périodes de l’histoire montrent que la consommation de masse mène à une croissance conséquente

Les Trente Glorieuses et la forte croissance de cette période peuvent être appréhendées comme la conséquence directe d’une consommation devenue massive. C’est ce qu’explique Jean Fourastié dans son ouvrage Les Trente Glorieuses ou la Révolution invisible de 1946 à 1975 (1979). Il montre qu’en Europe, entre 1945 et 1974, la consommation par tête a quadruplé. Cette transformation est le résultat d’une hausse du pouvoir d’achat, d’une généralisation du salariat et d’une diffusion de nouveaux biens de consommation, comme l’automobile, l’électroménager ou encore le téléviseur.

L’entrée dans une ère de consommation massive a donc joué un rôle essentiel dans la dynamique de croissance. Elle a stimulé la production industrielle, favorisé l’innovation technologique et permis le développement de nouveaux secteurs économiques liés aux loisirs et aux services. Ainsi, cette période illustre clairement comment l’essor de la consommation de masse a pu être un moteur décisif de la croissance économique.

C’est également l’idée que soutiennent les néoschumpetériens, comme Christopher Freeman ou Joël Mokyr. Ils expliquent la croissance exceptionnelle des Trente Glorieuses par la diffusion d’un ensemble d’innovations majeures. Ces dernières ont profondément transformé les modes de vie et les structures économiques. On peut par exemple citer le réfrigérateur ou le téléviseur, qui deviennent accessibles à une majorité de ménages et transforment le quotidien.

Ces innovations, en se diffusant largement, ont entraîné une consommation devenue massive, moteur de la production industrielle et de l’investissement. Pour Schumpeter (Business cycles, 1939), l’innovation est à l’origine de cycles de croissance durable. L’exemple des Trente Glorieuses illustre parfaitement comment l’adoption massive de nouveaux biens stimule à la fois la demande et la croissance économique.

III/ Des institutions sont nécessaires pour que l’épargne et la consommation soient source d’une croissance optimale

A/ L’État doit intervenir dans la répartition afin de déterminer un taux d’épargne optimal

L’État a un rôle à jouer dans la répartition de la valeur ajoutée, pour permettre une croissance pérenne et durable. C’est ce que soutient Nicholas Kaldor dans son livre Un modèle de répartition (1956). Selon lui, une croissance équilibrée et qui ne débouche pas sur une crise dépend de l’égalité entre le taux de croissance effectif (G) et le taux de croissance garanti (Gw). Il part de l’hypothèse selon laquelle la propension moyenne à épargner des capitalistes est supérieure à celle des salariés. Si G > Gw, il faut baisser les salaires et augmenter les profits, car il y a trop d’épargne et trop d’offres. Inversement, si G < Gw, il faut augmenter les salaires et baisser les profits.

Il existe une répartition d’équilibre entre profits et salaires dans la valeur ajoutée. L’étude Lecaillon-Grangeas (Cycles courts et cycles longs de la répartition, 1988) montre que, pour la France, la répartition tendancielle pour la part des salaires dans la valeur ajoutée est de 64 % et la part des profits de 36 %. Ainsi, L’État a un rôle à jouer en intervenant dans la répartition de la valeur ajoutée. Elle doit être la plus proche de la répartition d’équilibre.

On peut prendre l’exemple de la croissance des Trente Glorieuses expliqué par Michel Aglietta. Dans son ouvrage Régulation et crises du capitalisme : L’expérience des États-Unis (1976), Aglietta affirme que les Trente Glorieuses reposent sur un « compromis fordiste ». Les salaires en terme réel ont augmenté au rythme de la productivité. La répartition est alors équilibrée, la part des profits est stable. Les nouvelles institutions ont permis de faire monter la part des salaires dans la valeur ajoutée et de favoriser la croissance. Ainsi, une croissance économique qui ne débouche pas sur une crise réclame une intervention étatique dans la répartition des gains de productivité.

B/ Consommer ou épargner : les mesures à prendre selon la situation du pays

Edmund Phelps va développer une règle d’or d’accumulation du capital (La Règle d’or de l’accumulation du capital, 1961). Si au temps T, la population consacre tout son revenu à la consommation, alors elle maximise son bien-être. Mais cela empêche l’existence d’une épargne, la croissance s’arrête et la génération suivante ne peut plus éprouver de bien-être.

Inversement, si tout le revenu est consacré à l’épargne, il n’y a pas de bien-être au temps T pour la génération présente. Ainsi, il est nécessaire d’avoir un certain niveau de consommation et d’épargne par tête au temps T permettant une maximisation intergénérationnelle du bien-être.

Phelps démontre qu’il faut que le taux d’intérêt réel soit égal au taux de croissance démographique. Le FMI montre que, dans les PMA, le taux de croissance démographique l’emporte toujours sur le taux d’intérêt réel. Il y a donc un manque d’épargne par tête et un excès de consommation.

C/ L’État doit aussi mettre en place des institutions protégeant les épargnants et les consommateurs au nom de la croissance

Selon qu’il est préférable de consommer ou d’épargner pour favoriser la croissance, l’État peut prendre des mesures et des politiques publiques qu’il va envisager comme étant optimales. On peut citer l’exemple de la loi Neiertz mise en vigueur en 1993. Son but était de lutter contre le surendettement des ménages. Elle stipule que la somme des mensualités sur crédit des ménages ne doit pas excéder un tiers du revenu disponible. Cette loi cherche à instaurer un équilibre entre consommation et épargne, en évitant à la fois une consommation excessive à crédit qui pourrait créer des bulles financières et une épargne trop importante qui freinerait la croissance économique.

Il peut également être intéressant de distinguer les différentes formes d’épargne. Certaines peuvent être préférables à d’autres. Par exemple, le 1er janvier 2018 en France, L’IFI a remplacé l’ISF. Le but de cette mesure était d’éloigner les Français de la pierre et de les inciter à l’épargne financière. La croissance se nourrirait davantage de l’épargne financière grâce au marché des actions. Une action devient de l’investissement productif, contrairement à de l’immobilier qui reste de l’épargne non productive.