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Analyse sujet 2 ESH (éco) ECRICOME 2026
Le sujet : L’expérience historique nous a-t-elle appris ce qu’était une bonne stratégie de développement ?
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Ce dernier interroge la capacité des trajectoires historiques de développement à fournir un modèle stable et universel. Il suppose ainsi l’existence possible d’une « bonne » stratégie de développement, c’est-à-dire d’un ensemble de politiques économiques et institutionnelles permettant d’assurer durablement la transformation structurelle des économies, la croissance et l’amélioration du niveau de vie. Cette interrogation fait écho aux grandes controverses de la pensée économique sur les conditions du rattrapage, depuis les modèles linéaires de Rostow jusqu’aux analyses contemporaines des trajectoires différenciées de développement.
L’expérience historique renvoie ici à l’ensemble des trajectoires observées dans le temps, notamment celles des pays aujourd’hui développés (Royaume-Uni, Allemagne, États-Unis) mais aussi celles des pays émergents (Japon, Corée du Sud, Chine) et des pays en développement. Elle permet donc de confronter des stratégies diverses : industrialisation, intervention de l’État, ouverture commerciale, ou encore spécialisation dans les ressources naturelles. La « stratégie de développement » désigne quant à elle l’ensemble des choix économiques, institutionnels et sociaux visant à enclencher et soutenir le processus de développement, entendu non seulement comme croissance du PIB, mais aussi comme transformation structurelle, montée en gamme productive et amélioration durable des conditions de vie.
Dès lors, il apparaît que si l’expérience historique permet d’identifier certains facteurs de réussite, elle met également en évidence la diversité des trajectoires et l’absence de recette universelle du développement, ce qui conduit à s’interroger sur la véritable portée des enseignements que l’on peut en tirer.
Voici un exemple de plan :
I) L’expérience historique met en évidence des stratégies de développement efficaces
A) Le rôle de l’industrialisation
L’expérience historique montre que l’industrialisation constitue la matrice du développement économique moderne, dans la mesure où elle entraîne une transformation structurelle profonde des économies. En effet, une stratégie de développement efficace repose largement sur le passage à une économie industrialisée, capable d’accroître durablement la productivité et les revenus.
Dans The Stages of Economic Growth: A Non-Communist Manifesto (1960), Rostow définit le « take-off » comme le moment où l’économie franchit un seuil critique d’investissement, généralement estimé autour de 10 % du PIB. À partir de ce niveau, l’accumulation de capital devient suffisamment forte pour transformer la structure productive : les investissements se concentrent dans quelques secteurs moteurs, notamment l’industrie, ce qui engendre des gains de productivité, une hausse des profits et, par conséquent, un réinvestissement accru. Ce mécanisme d’auto-entretenue permet à la croissance de devenir durable et de ne plus dépendre principalement de l’agriculture traditionnelle ou de facteurs externes.
La véritable force de l’industrialisation réside dans la dynamique cumulative qu’elle génère. Comme le souligne Patrick Verley dans L’échelle du monde (1997), la hausse des revenus et de la population élargit la demande solvable, ce qui stimule à son tour l’investissement et la production. Le développement repose ainsi sur des cercles vertueux dans lesquels offre et demande se renforcent mutuellement. Cette logique cumulative permet de distinguer une simple croissance conjoncturelle d’un véritable processus de développement.
Le cas de l’Angleterre au XIXᵉ siècle apparaît à cet égard paradigmatique et s’inscrit dans l’analyse de Kenneth Pomeranz sur la « Grande Divergence » (The Great Divergence, 2000). Le décollage britannique repose sur la révolution industrielle, amorcée à la fin du XVIIIᵉ siècle, dont la machine à vapeur constitue un élément central. Perfectionnée notamment par James Watt, elle permet de mécaniser la production et de s’affranchir des contraintes des sources d’énergie traditionnelles comme l’eau ou la force humaine. Cette innovation provoque une hausse spectaculaire de la productivité, particulièrement dans les secteurs du textile, de la métallurgie et des transports. L’industrialisation s’accompagne ainsi d’une transformation profonde de l’organisation économique et sociale, marquée par l’urbanisation rapide et l’intensification des échanges. Elle enclenche une dynamique de croissance auto-entretenue, qui confère à l’Angleterre un avantage décisif et ouvre la voie à la domination économique de l’Europe occidentale au XIXᵉ siècle.
Ainsi, l’expérience historique montre clairement qu’une stratégie de développement efficace repose sur l’industrialisation, mais elle révèle également que celle-ci n’est ni mécanique ni universelle. Elle doit être appréhendée comme un processus dynamique, cumulatif et fortement dépendant des contextes nationaux.
B) Le rôle de l’Etat
L’expérience historique montre que l’industrialisation ne peut constituer une dynamique de développement durable sans une intervention structurante de l’État. Loin de l’hypothèse d’un marché auto-régulateur, les trajectoires historiques révèlent que les investissements nécessaires au décollage économique sont souvent trop risqués, longs et incertains pour être spontanément assurés par le seul secteur privé.
Cette intervention publique s’explique par la structure même du développement, qui repose sur des investissements massifs (infrastructures, industrie, éducation) caractérisés par des externalités positives importantes. Les acteurs privés ont tendance à sous-investir dans ces secteurs, ce qui enferme les économies dans des trappes de sous-développement. Cette idée rejoint Ragnar Nurkse dans Problems of Capital Formation in Underdeveloped Countries (1952), qui décrit un cercle vicieux de faible revenu, faible épargne et faible investissement. L’État apparaît alors comme un acteur capable de briser cette inertie en coordonnant les anticipations et en amorçant l’accumulation de capital.
L’Etat n’a pas seulement un rôle d’investisseur, il a également un rôle de stratège qui encadre l’économie. Friedrich List dans Système national d’économie politique (1841), explique que l’Etat doit protéger temporairement les industries naissantes afin de leur permettre d’atteindre un niveau de compétitivité suffisant pour affronter la concurrence étrangère. Selon lui, les pays aujourd’hui développés se sont historiquement protégés durant leur phase d’industrialisation. Le « protectionnisme éducateur » vise précisément à permettre aux industries naissantes de se développer avant d’affronter la concurrence internationale. L’expérience historique montre ainsi que l’ouverture économique n’est efficace qu’une fois certaines capacités productives consolidées.
Les trajectoires d’Asie de l’Est confirment empiriquement ce rôle stratégique de l’État. Le Japon de l’ère Meiji, puis la Corée du Sud et Taïwan, ont mis en œuvre des politiques de développement où l’État joue un rôle central de coordination. En Corée du Sud, par exemple, l’État a orienté le crédit vers les grands conglomérats industriels (chaebols), tout en conditionnant son soutien à des objectifs de performance, notamment à l’exportation. Cette logique d’incitation sélective montre que l’efficacité de l’intervention publique repose moins sur son intensité que sur sa capacité à orienter et discipliner les acteurs économiques.
C) L’ouverture au commerce international
L’expérience historique montre enfin que l’ouverture internationale constitue un levier essentiel du développement, mais uniquement lorsqu’elle est progressive, encadrée et intégrée à une stratégie industrielle cohérente. Loin de l’idée d’un libre-échange spontanément vertueux, les trajectoires de rattrapage économique révèlent que l’insertion dans l’économie mondiale est un processus sélectif et stratégique.
Les stratégies de croissance des pays d’Asie de l’Est illustrent clairement cette logique. Le Japon de l’ère Meiji, puis la Corée du Sud et Taïwan à partir des années 1960, ont mis en œuvre des politiques d’industrialisation par les exportations (export-led growth), combinant protection temporaire du marché intérieur et forte incitation à la compétitivité internationale. L’État y joue un rôle central de coordination : contrôle du crédit, orientation sectorielle, soutien conditionnel aux entreprises performantes, notamment via des objectifs d’exportation. Cette insertion dans le commerce mondial ne relève donc pas d’une ouverture passive, mais d’une stratégie offensive visant à utiliser la demande mondiale comme moteur d’apprentissage et de montée en gamme.
Cette dynamique peut être éclairée par l’analyse de Charles-Albert Michalet dans Le capitalisme mondial (1985), qui montre que la mondialisation contemporaine repose sur la fragmentation internationale des processus productifs. La constitution de chaînes de valeur globales permet aux économies de se spécialiser dans certaines étapes de production, avant de remonter progressivement vers des segments plus intensifs en technologie et en valeur ajoutée. Dans cette perspective, le commerce international ne se limite pas à l’échange de biens finis, mais devient un mécanisme d’intégration productive et d’apprentissage industriel.
Cette logique peut également être éclairée par les travaux de Paul Krugman et de la « nouvelle économie géographique ». Ceux-ci montrent que les dynamiques de commerce international ne reposent pas uniquement sur les avantages comparatifs traditionnels, mais aussi sur des mécanismes de rendements croissants et d’effets d’agglomération. En présence d’économies d’échelle, les entreprises ont intérêt à se concentrer géographiquement afin de réduire leurs coûts et de bénéficier de marchés plus vastes, ce qui entraîne une concentration de l’activité industrielle dans certaines régions ou certains pays. Cette spécialisation n’est donc pas seulement déterminée par les dotations initiales, mais aussi par des dynamiques cumulatives qui renforcent les positions acquises.
II) Mais l’histoire montre aussi les limites et les échecs des modèles de développement
A) L’échec des politiques de substitution aux importations
L’histoire économique met en évidence les limites des stratégies autocentrées, en particulier les politiques de substitution aux importations. Inspirées par Raúl Prebisch dans Le développement économique de l’Amérique latine et ses principaux problèmes (1950), ces politiques visaient à réduire la dépendance vis-à-vis des pays développés en développant une industrie nationale protégée.
Toutefois, en pratique, ces stratégies ont souvent conduit à des effets pervers. L’absence de concurrence internationale a réduit les incitations à innover, tandis que la protection prolongée a favorisé l’émergence de rentes. Les entreprises, à l’abri de la concurrence, n’ont pas été incitées à améliorer leur productivité. De plus, la taille limitée des marchés intérieurs a empêché la réalisation d’économies d’échelle, ce qui a maintenu des coûts de production élevés.
L’exemple de l’Argentine est particulièrement révélateur des limites d’un protectionnisme prolongé. Comme le montrent Philippe Aghion, Céline Antonin et Simon Bunel dans Le pouvoir de la destruction créatrice (2020), le pays adopte dès les années 1930, puis surtout après la Seconde Guerre mondiale, une stratégie d’industrialisation par substitution aux importations (ISI), caractérisée par des droits de douane élevés, un contrôle strict des importations et une forte intervention de l’État. Cette stratégie permet dans un premier temps une diversification industrielle, notamment entre les années 1940 et 1960, avec une croissance relativement soutenue et un développement du marché intérieur. Toutefois, à partir des années 1970-1980, les effets pervers deviennent dominants : protection excessive des entreprises locales, faible incitation à innover et stagnation de la productivité. L’économie entre alors dans une phase d’instabilité macroéconomique marquée par une inflation élevée (hyperinflation à la fin des années 1980, notamment en 1989-1990) et une croissance erratique.
Cette trajectoire illustre le « piège du revenu intermédiaire », dans lequel les économies parviennent à s’industrialiser sans réussir à franchir un nouveau seuil technologique. L’histoire montre ainsi que le protectionnisme peut être efficace dans une phase initiale de rattrapage, mais qu’il devient contre-productif s’il n’est pas progressivement réorienté vers l’ouverture et la montée en gamme.
B) Le rôle des institutions et de la gouvernance
Au-delà des choix de politique économique, l’expérience historique souligne le rôle déterminant des institutions dans la réussite ou l’échec des stratégies de développement. Gunnar Myrdal, dans Asian Drama: An Inquiry into the Poverty of Nations (1968), introduit la notion d’« État mou », caractérisé par une incapacité à faire appliquer les règles et à garantir l’effectivité des politiques publiques. Dans ces contextes, les politiques de développement échouent moins par leur conception que par leurs défaillances de mise en œuvre.
Cette faiblesse institutionnelle est particulièrement visible dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne, où l’instabilité politique, la corruption et la fragilité administrative freinent durablement le développement. Malgré des épisodes de croissance parfois soutenue, ces économies restent marquées par une pauvreté persistante et une faible diversification productive, ce qui confirme que la croissance ne se transforme pas automatiquement en développement sans institutions solides.
Cette difficulté est aggravée par des formes de corruption moins visibles mais particulièrement destructrices. La Banque mondiale met ainsi en évidence la notion de « corruption discrète », qui ne repose pas sur des transactions financières directes mais sur des dysfonctionnements quotidiens des services publics : absentéisme des enseignants et des médecins, faible implication des agents publics ou encore détournement de biens essentiels comme les médicaments ou les manuels scolaires. Ses conséquences économiques et sociales sont majeures : elle touche directement les secteurs clés de l’éducation, de la santé et de l’agriculture, essentiels à la réduction de la pauvreté. La Banque mondiale estime notamment que ces dysfonctionnements dans les services publics essentiels peuvent représenter environ 1 % du PIB africain, soit près de 5,7 milliards de dollars par an.
C) Dépendance et inégalités internationales
Enfin, l’expérience historique montre que le développement peut être fortement contraint par les structures de l’économie mondiale, notamment lorsque les pays restent spécialisés dans l’exportation de matières premières. Dans la continuité des analyses d’Emmanuel sur l’Echange inégal (1968), les pays périphériques sont insérés dans une division internationale du travail défavorable, où ils exportent des biens à faible valeur ajoutée et importent des produits industriels plus coûteux, ce qui entretient des rapports de dépendance structurelle.
Cette dépendance est aggravée par la dégradation des termes de l’échange, mise en évidence dès les travaux de Prebisch et Singer : à long terme, les prix des matières premières tendent à croître moins vite que ceux des biens manufacturés, obligeant les pays exportateurs à accroître continuellement leurs volumes d’exportation pour maintenir le même niveau de revenus. Cette contrainte limite leur capacité d’investissement productif et freine la diversification industrielle.
À cela s’ajoute le syndrome hollandais, mécanisme par lequel une rente issue des ressources naturelles entraîne une appréciation du taux de change réel, réduisant la compétitivité des secteurs industriels. Les travaux de Jeffrey Sachs et Andrew Warner (1995) montrent que les économies riches en ressources naturelles ont tendance à connaître une croissance plus faible, en raison de la désindustrialisation et de la volatilité des prix. L’économie se spécialise alors dans les activités extractives, au détriment de l’industrie manufacturière, ce qui limite les gains de productivité et la transformation structurelle.
Le cas de l’Algérie illustre clairement cette dynamique. Après le boom pétrolier des années 1970, le pays fonde une grande partie de son développement sur la rente des hydrocarbures. Cependant, le contre-choc pétrolier de 1986 provoque une chute brutale des recettes en devises, entraînant une forte contraction de l’investissement public et une instabilité macroéconomique. La dépendance au pétrole accentue alors les déséquilibres de taux de change : en période de hausse des prix, l’appréciation du dinar pénalise l’industrie locale, tandis qu’en période de baisse, l’effondrement des recettes limite les capacités d’investissement et bloque la diversification productive.
Ainsi, l’expérience historique montre que l’intégration à l’économie mondiale ne garantit pas le développement. Lorsqu’elle repose sur des spécialisations primaires et instables, elle peut au contraire enfermer les économies dans une trajectoire de dépendance, marquée par la vulnérabilité aux chocs externes et la difficulté à construire un appareil productif diversifié.
III) L’expérience historique enseigne surtout que le développement dépend des contextes
A) L’importance des conditions initiales
L’un des enseignements les plus décisifs que l’on peut tirer de l’expérience historique est que les trajectoires de développement ne sont ni mécaniques ni universelles, mais profondément dépendantes des conditions initiales propres à chaque pays. L’histoire ne nous apprend pas ce qu’est une “bonne” stratégie en soi, mais plutôt qu’une stratégie n’est pertinente qu’au regard du contexte dans lequel elle s’inscrit. Parmi ces conditions initiales, le capital humain occupe une place centrale. Les travaux de Gregory Mankiw, David Romer et David Weil dans A Contribution to the Empirics of Economic Growth (1992) montrent empiriquement que les différences de niveau d’éducation et de santé expliquent une part essentielle des écarts de richesse entre pays. Le capital humain conditionne en effet la capacité à adopter des technologies existantes, mais aussi à innover, ce qui est déterminant dans les phases avancées du développement.
L’exemple de l’Asie de l’Est est particulièrement éclairant : la Corée du Sud ou Taïwan ont massivement investi dans l’éducation dès les premières phases de leur industrialisation, ce qui leur a permis de monter rapidement en gamme technologique. À l’inverse, des pays comme l’Inde, malgré une croissance soutenue depuis les années 1990, restent confrontés à des déficits structurels en matière d’éducation et de santé. Deux pays engagés dans des stratégies similaires peuvent obtenir des résultats très différents en fonction de leurs dotations initiales en capital humain.
La démographie constitue un autre facteur déterminant, dont l’interprétation a profondément évolué au cours de l’histoire de la pensée économique. Thomas Robert Malthus, dans Essai sur le principe de population (1798), considérait la croissance démographique comme un obstacle au développement, en raison de la pression qu’elle exerce sur les ressources. Cependant, l’expérience historique contemporaine a profondément renouvelé cette analyse. Ester Boserup, dans Évolution agraire et pression démographique (1965), montre que la pression démographique peut au contraire stimuler l’innovation, selon la célèbre formule : « la nécessité est mère de l’invention ». Dans cette perspective, la croissance de la population incite à intensifier les techniques de production et à adopter de nouvelles technologies. Cette idée est prolongée par Michael Kremer, pour qui une population plus nombreuse favorise le progrès technique en augmentant le nombre d’innovateurs potentiels.
B) La diversité des trajectoires de développement
Au-delà des conditions initiales, l’histoire ne valide pas l’existence d’un modèle universel de “bonne stratégie”, mais révèle au contraire la pluralité des chemins empruntés. Cette idée s’oppose directement aux approches évolutionnistes comme celle de Rostow, qui postulent une succession d’étapes communes à toutes les économies.
C’est précisément ce que démontre Alexander Gerschenkron dans Economic Backwardness in Historical Perspective(1962). Les pays « en retard » ne peuvent reproduire le chemin des pionniers comme le Royaume-Uni, car ils font face à une concurrence déjà installée et à des contraintes de financement plus fortes. Dès lors, ils doivent recourir à des institutions spécifiques : banques d’investissement puissantes en Allemagne, État planificateur en Russie, ou encore mobilisation de l’épargne étrangère.
Les critiques formulées par Serge Latouche dans Faut-il refuser le développement ? (1986) sont à cet égard particulièrement éclairantes. Latouche dénonce l’« économicisme » qui consiste à réduire le développement à la seule croissance économique et à imposer comme modèle universel celui des pays occidentaux. Selon lui, cette vision est non seulement réductrice, mais aussi ethnocentrique, car elle ignore les spécificités culturelles, sociales et environnementales des différentes sociétés. L’expérience historique confirme en effet que les tentatives de transposition mécanique du modèle occidental ont souvent échoué, notamment dans de nombreux pays d’Afrique ou d’Amérique latine.
Cette remise en cause est également portée par l’anthropologie économique, notamment avec Marshall Sahlins dans Âge de pierre, âge d’abondance (1974). Sahlins montre que certaines sociétés dites « primitives » ne se caractérisent pas par la pénurie, mais développent une forme d’abondance en adaptant leurs besoins aux ressources disponibles. L’expérience historique et anthropologique invite ainsi à relativiser la notion même de développement, en montrant qu’elle repose sur des normes et des valeurs spécifiques aux sociétés occidentales.
Conclusion :
Pour conclure ’expérience historique permet d’identifier certains facteurs clés du développement, comme l’industrialisation, le rôle des institutions et l’importance d’une ouverture commerciale maîtrisée. Toutefois, elle ne fait pas émerger une stratégie unique et universelle. Les trajectoires comparées montrent en effet une grande diversité de situations, marquées aussi bien par des réussites que par des échecs liés à la dépendance aux ressources naturelles, aux déséquilibres comme le syndrome hollandais ou encore aux faiblesses institutionnelles. Dès lors, l’histoire n’enseigne pas une « bonne » stratégie de développement comme un modèle figé, mais plutôt des principes généraux à adapter aux contextes nationaux.
Dans un contexte de mondialisation accélérée et de transition écologique, la question se pose désormais de savoir si ces principes historiques restent suffisants pour guider les nouvelles stratégies de développement.
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