esh analyse sujet ecricome 2026

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Les sujets

 

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Analyse sujet 1 ESH (éco) ECRICOME 2026

Le sujet : Innovation et croissance (depuis le 19e siècle)

NB : Tous nos corrigés/analyses sont rédigés sans IA, par des professeurs experts dans la matière, conscients des attendus du programme ECG/ECT.

 

Depuis le XIXᵉ siècle, les économies capitalistes connaissent des transformations profondes liées aux grandes vagues d’innovations technologiques. La machine à vapeur, l’électricité, puis l’informatique ont permis une accélération sans précédent de la production et des échanges, faisant de l’innovation un moteur central de la croissance économique. Dans cette perspective, les travaux de Schumpeter (Théorie de l’évolution économique, 1911) ont montré que le capitalisme se développe par cycles d’innovations successives, portés par l’entrepreneur et la destruction créatrice. Cependant, cette relation entre innovation et croissance n’est ni automatique ni linéaire : certaines périodes de forte innovation s’accompagnent de ralentissements de la productivité, et les effets économiques des innovations dépendent fortement de leur diffusion, des institutions ou encore du contexte social et environnemental.

Dès lors, le sujet invite à dépasser une vision simpliste de l’innovation comme moteur mécanique de la croissance, pour interroger les conditions de son efficacité réelle et ses limites. Il ne s’agit pas seulement de constater que l’innovation stimule la croissance, mais de comprendre pourquoi elle peut parfois la freiner, la déformer ou produire des déséquilibres importants, notamment sociaux et écologiques. L’enjeu est donc d’analyser les mécanismes par lesquels l’innovation influence la croissance, tout en mettant en évidence les conditions nécessaires à cette transformation.

Ainsi, on peut se demander : dans quelle mesure l’innovation constitue-t-elle le moteur principal de la croissance depuis le XIXe siècle, et quelles limites ou contradictions cette relation révèle-t-elle ?

Il faut souligner que, lorsqu’un sujet comporte une formulation du type « depuis… siècle / année » ou « dans une perspective historique », une mise en perspective historique s’impose, appuyée sur des exemples historiques pertinents. Pour autant, cela ne doit pas conduire à un plan uniquement chronologique, qui consisterait à retracer l’évolution des faits dans le temps sans dégager de véritable analyse ni de réelle valeur ajoutée sur le plan de la réflexion économique.

Voici une proposition de plan :

I. Depuis le XIXe siècle, l’innovation apparaît comme le moteur fondamental de la croissance

A. Les révolutions industrielles ouvrent une ère de croissance durable

Depuis la fin du XVIIIe siècle, les économies européennes puis occidentales entrent dans une dynamique de croissance durable, rompant avec la stagnation séculaire décrite par Thomas Malthus dans An Essay on the Principle of Population (1798), où toute hausse de la production tendait à être absorbée par la croissance démographique. Cette rupture marque l’entrée dans une ère où le progrès technique permet une augmentation soutenue du PIB par habitant, donc du niveau de vie.

Comme le montre Patrick Verley dans L’échelle du monde (1997), chaque révolution industrielle repose sur une combinaison spécifique : une source d’énergie dominante, une innovation de rupture et une transformation des transports et de l’information, qui ensemble accroissent fortement la productivité globale des facteurs, condition centrale de la croissance. La première révolution industrielle (1780-1860) s’organise ainsi autour du charbon et de la machine à vapeur perfectionnée par James Watt (brevet de 1769), qui permet une mécanisation massive de la production. Cette mécanisation entraîne une hausse de la productivité du travail, une baisse des coûts unitaires et donc une augmentation de la production et des échanges, ce qui alimente un cercle vertueux de croissance. Cette période est aussi marquée par une « révolution du coton » (Robert Allen) avec des innovations comme la Mule Jenny de Samuel Crompton (1779) ou l’égreneuse de Eli Whitney (1793), qui renforcent encore les gains de productivité dans l’industrie textile. L’essor du factory system, analysé par David Landes dans L’Europe technicienne (1975), concentre le travail, organise la production à grande échelle et permet des économies d’échelle, contribuant directement à la croissance économique. Parallèlement, la révolution des transports (chemins de fer dès 1825 avec Stockton-Darlington) et de l’information (télégraphe de Claude Chappe en 1794) réduit les coûts de transaction, élargit les marchés et favorise l’intégration économique, ce qui stimule la demande et donc la production. Le Royaume-Uni devient alors la première puissance industrielle, illustrant la « grande divergence » analysée par Kenneth Pomeranz (2000), c’est-à-dire l’écart de croissance durable entre l’Europe occidentale et le reste du monde.

La deuxième révolution industrielle (fin XIXe – début XXe siècle) prolonge et amplifie cette dynamique en s’appuyant sur de nouvelles sources d’énergie (électricité et pétrole) et sur des innovations majeures telles que la lampe d’Thomas Edison (1879), le moteur à explosion (Gottlieb Daimler, 1890) ou encore le télégraphe de Samuel Morse. Cette période voit émerger de nouveaux leading sectors (automobile, chimie, sidérurgie) et surtout de grandes entreprises intégrées, rendues possibles par le développement des sociétés anonymes (loi de 1867) et du système bancaire. L’organisation scientifique du travail, incarnée par le fordisme de Henry Ford, permet la production de masse standardisée, générant d’importants gains de productivité et une baisse des coûts. Comme l’a montré Joseph Schumpeter, ce processus relève de la « destruction créatrice », c’est-à-dire d’un renouvellement permanent des structures productives. La croissance s’accélère fortement en Europe et aux États-Unis, portée par l’extension des marchés et l’urbanisation massive.

Enfin, depuis les années 1970, la troisième révolution industrielle, fondée sur les technologies de l’information et de la communication (TIC), marque une nouvelle rupture. Des innovations comme le microprocesseur (Intel, 1971), l’ordinateur personnel (Apple, 1976) ou Internet (ARPANET, 1969) constituent des general purpose technologies qui transforment l’ensemble de l’économie. Selon Philippe Aghion (Le pouvoir de la destruction créatrice, 2020), ces technologies accélèrent le rythme de l’innovation en augmentant à la fois les gains potentiels et la pression concurrentielle. Cette révolution accompagne le passage à une société post-industrielle, décrite par Daniel Bell (1973) et Alain Touraine (1969), caractérisée par la montée des services et de l’économie de la connaissance. 

Ainsi, de la vapeur au numérique, les révolutions industrielles ont bien ouvert une ère de croissance durable en transformant profondément les structures productives et en générant des gains de productivité cumulatifs. Cependant, comme le suggère l’analyse historique, l’innovation ne suffit pas en elle-même : encore faut-il qu’elle soit diffusée, appropriée et intégrée dans l’ensemble du système économique pour se traduire pleinement en croissance.

B. Les économistes montrent que le progrès technique explique l’essentiel de la croissance

Le rôle central du progrès technique dans la croissance économique est mis en évidence dès les modèles néoclassiques. Dans le modèle de croissance de Robert Solow (A Contribution to the Theory of Economic Growth, 1956), la production dépend du capital (K) et du travail (L), mais ces seuls facteurs ne suffisent pas à expliquer la croissance observée. En effet, en présence de rendements factoriels décroissants, l’accumulation de capital ne peut soutenir indéfiniment la croissance. Solow introduit alors un terme résiduel, noté A dans la fonction de production de type Cobb-Douglas (Charles Cobb et Paul Douglas, 1928), qui correspond au progrès technique. Ce « résidu de Solow » capte l’ensemble des gains de productivité non expliqués par l’augmentation des facteurs. Les travaux empiriques de John Kendrick (1961), Edward Denison (1962) ou encore Edmond Malinvaud (1963, avec Carré) montrent ainsi que près de la moitié de la croissance des Trente Glorieuses s’explique par ce progrès technique. Dès lors, à long terme, l’innovation apparaît comme le déterminant essentiel de l’élévation du niveau de vie.

Cependant, bien avant Solow, Joseph Schumpeter avait déjà placé l’innovation au cœur de la dynamique capitaliste dans Théorie de l’évolution économique (1911). Il définit l’innovation comme la mise en œuvre de « nouvelles combinaisons » : innovation de produit (nouveaux biens), de procédé (nouvelles méthodes de production, comme le procédé Bessemer), de marché (ouverture de nouveaux débouchés), de matières premières ou encore d’organisation (taylorisme, fordisme). L’acteur central est l’entrepreneur innovateur, qui prend des risques pour introduire ces innovations et bénéficie d’un monopole temporaire source de profit. Mais ce processus est fondamentalement instable : l’innovation engendre un phénomène de « destruction créatrice », c’est-à-dire la disparition des anciennes activités au profit des nouvelles. Ainsi, l’automobile supplante progressivement la traction animale, tandis que les plateformes numériques bouleversent aujourd’hui le commerce traditionnel. La croissance est donc indissociable de crises et de restructurations, s’inscrivant dans des cycles longs, proches des cycles de Kondratiev. De plus, les innovations majeures, dites de rupture, engendrent des « grappes d’innovations » : par exemple, l’électricité transforme simultanément l’industrie, les transports et les communications, ce qui explique les grandes vagues de croissance observées depuis le XIXe siècle.

Enfin, les théories de la croissance endogène, développées notamment par Paul Romer dans les années 1980, renouvellent profondément l’analyse en montrant que le progrès technique est produit par l’activité économique elle-même. Contrairement au modèle de Robert Solow, il résulte d’investissements volontaires en recherche-développement. Ce cadre met en évidence un cercle vertueux cumulatif : le progrès technique génère des gains de productivité, qui permettent une baisse des coûts et souvent des prix, tout en favorisant une hausse des salaires réels. Il en résulte une augmentation du pouvoir d’achat et donc de la demande, ce qui stimule la production et alimente la croissance économique. Cette croissance accroît à son tour les profits et les ressources disponibles pour investir, notamment dans l’innovation, relançant ainsi le processus. Ce mécanisme est renforcé par des externalités positives liées à la diffusion des connaissances, ainsi que par des effets d’échelle et de réseau, caractéristiques des économies contemporaines. Dès lors, la croissance apparaît comme un phénomène auto-entretenu, reposant sur l’accumulation du savoir et la dynamique de l’innovation. Dans cette perspective, les politiques publiques jouent un rôle clé, comme en témoigne la stratégie de Lisbonne (2000), qui fixe un objectif de 3 % du PIB consacré à la R&D. Ainsi, la croissance repose sur un cercle vertueux : l’innovation stimule la croissance, qui elle-même favorise de nouveaux investissements en innovation.

Au total, des modèles néoclassiques aux théories endogènes en passant par l’analyse schumpétérienne, un consensus se dégage : le progrès technique constitue le moteur fondamental de la croissance à long terme, même si ses modalités et ses effets diffèrent selon les cadres théoriques.

II. Pourtant, innovation et croissance ne sont pas liées mécaniquement

A. Une innovation ne produit de croissance que si elle est diffusée

L’existence d’innovations ne suffit pas à garantir la croissance, car leur impact dépend de leur diffusion effective dans l’ensemble de l’économie. Comme le souligne Douglass North, la performance économique repose avant tout sur la qualité des institutions : droits de propriété bien définis, protection des brevets, stabilité juridique et système financier capable de canaliser l’épargne vers l’investissement. Ces éléments réduisent l’incertitude et incitent les agents à innover et à investir. C’est ce cadre institutionnel qui explique en partie la capacité des États-Unis à transformer leurs innovations en gains de productivité massifs au XXe siècle, notamment à travers l’écosystème de la Silicon Valley, où se combinent capital-risque, universités et grandes entreprises technologiques.

Mais la diffusion des innovations dépend aussi fortement du capital humain. Robert Lucas montre que la croissance est largement liée à l’accumulation de compétences : une innovation ne devient réellement productive que si les travailleurs sont capables de l’adopter, de la comprendre et de l’améliorer. Dans une économie fondée sur les technologies de l’information, les écarts de qualification deviennent donc déterminants. Par exemple, la diffusion du numérique ou de l’intelligence artificielle est beaucoup plus rapide dans les économies où le niveau d’éducation est élevé et où la formation continue permet l’adaptation des travailleurs. À l’inverse, un déficit de capital humain peut freiner fortement les gains de productivité, même en présence d’innovations majeures.

Enfin, l’État joue un rôle essentiel dans la production et surtout dans la diffusion des innovations. De nombreuses technologies structurantes proviennent de la recherche publique, en particulier aux États-Unis à travers la DARPA, à l’origine d’Internet, du GPS ou encore de technologies de communication avancées. L’État finance ainsi les innovations les plus risquées et les plus incertaines, que le secteur privé ne prendrait pas en charge seul en raison de leur faible rentabilité immédiate. Il agit donc comme un investisseur de long terme, en créant les conditions initiales de rupture technologique, mais aussi en soutenant leur diffusion (infrastructures numériques, éducation, subventions à la R&D).

Ainsi, une innovation n’engendre de croissance que si elle est intégrée à un écosystème institutionnel, humain et public cohérent. Sans diffusion efficace, elle peut rester un potentiel inexploité, incapable de transformer durablement la structure productive.

B. L’innovation crée des déséquilibres économiques et sociaux qui peuvent nuire à la croissance

Si l’innovation constitue un puissant moteur de croissance, elle engendre également des déséquilibres susceptibles d’en limiter les effets. D’abord, le processus de « destruction créatrice » mis en évidence par Joseph Schumpeter (Théorie de l’évolution économique, 1911) conduit à la disparition d’activités entières et à l’apparition d’un chômage structurel. La fermeture des mines ou le déclin de l’industrie textile illustrent cette dynamique. Or, ce chômage entraîne une baisse des revenus pour les travailleurs concernés, ce qui réduit leur consommation. Dans une logique keynésienne inspirée de John Maynard Keynes (The General Theory of Employment, Interest and Money, 1936), cette contraction de la demande globale pèse sur la production et ralentit la croissance. À cela s’ajoute un phénomène d’inadéquation des compétences : les emplois détruits ne correspondent pas aux emplois créés, ce qui provoque une obsolescence du capital humain et empêche l’économie d’atteindre son niveau de production potentiel. Par ailleurs, ces mutations pèsent sur les finances publiques, car l’État doit financer les allocations chômage, la reconversion ou les politiques sociales, tout en faisant face à une baisse des recettes fiscales, ce qui peut freiner l’investissement public. 

Ensuite, les gains de croissance issus de l’innovation sont inégalement répartis. Dès les années 1950, Simon Kuznets met en évidence une relation en « U inversé » entre croissance et inégalités, suggérant que les premières phases de développement s’accompagnent d’un creusement des écarts. Aujourd’hui, cette dynamique se prolonge dans un contexte d’économie de la connaissance, où les travailleurs qualifiés et les innovateurs captent l’essentiel des gains. Comme le montre François Lévêque dans Les entreprises hyper-puissantes (2021), les firmes technologiques dominantes accentuent les inégalités non seulement par la concentration des profits, mais surtout par une forte polarisation du marché du travail. En effet, ces entreprises « superstars » recrutent principalement des travailleurs très qualifiés (ingénieurs, data scientists) qu’elles rémunèrent très fortement, tandis que les emplois peu qualifiés se concentrent dans des secteurs moins productifs et moins bien payés (logistique, services, transport). Il en résulte une ségrégation croissante des emplois, où les hauts salaires se regroupent dans quelques firmes innovantes, accentuant les écarts avec le reste de l’économie. Cette polarisation explique que la croissance tirée par l’innovation bénéficie surtout aux plus qualifiés, contribuant ainsi au creusement des inégalités. Ces inégalités peuvent à leur tour freiner la croissance : selon l’analyse keynésienne, les ménages les plus riches ont une plus faible propension à consommer, ce qui limite la demande globale. De plus, comme le souligne Robert Gordon, elles engendrent un « gâchis de compétences » en limitant l’accès à l’éducation des plus défavorisés, ce qui réduit le capital humain et donc la croissance potentielle. Au printemps 2015, l’OCDE publie un rapport, Tous concernés : pourquoi moins d’inégalité bénéficie à tous, montrant que les inégalités dans les pays de l’OCDE n’ont jamais été aussi élevées et qu’un point critique semble désormais atteint. Les inégalités nuisent désormais à la croissance car elles entament la cohésion sociale. Leur augmentation entre 1985 et 2005 a coûté en moyenne près de 4,7 points de croissance cumulée dans les pays avancés, affirme l’institution.

Enfin, une croissance portée par l’innovation peut se révéler profondément instable, car elle s’accompagne de dynamiques spéculatives et de déséquilibres macroéconomiques. En effet, les innovations majeures, en particulier dans les secteurs technologiques, suscitent souvent des anticipations de profits très élevés, ce qui alimente des comportements spéculatifs. Dans une logique proche de celle décrite par Hyman Minsky, les phases d’euphorie financière conduisent à une prise de risque excessive, déconnectée des fondamentaux économiques. La bulle Internet de 2000 en constitue une illustration emblématique : l’essor des nouvelles technologies de l’information a provoqué une explosion des valorisations boursières des entreprises du numérique, souvent sans lien avec leurs profits réels. L’éclatement de cette bulle a entraîné des faillites en chaîne, une contraction de l’investissement et un ralentissement brutal de la croissance.

III. Depuis la fin du XXe siècle, la relation entre innovation et croissance est remise en question

A. Les nouvelles innovations semblent produire moins de gains de productivité

Depuis les années 1970, de nombreux économistes constatent un ralentissement durable de la croissance dans les pays développés, malgré l’essor des technologies numériques. En effet, aux États-Unis, la croissance de la productivité du travail est passée d’environ 2,5 % par an pendant les Trente Glorieuses à près de 1 % depuis les années 2000 (Robert Solow). Ce ralentissement alimente ce que Solow appelle le paradoxe de la productivité (1987) : « on voit des ordinateurs partout, sauf dans les statistiques de productivité ». Autrement dit, malgré la diffusion massive des technologies numériques (ordinateurs, Internet, smartphones), leurs effets macroéconomiques semblent limités sur la croissance agrégée.

Ce constat est prolongé par l’analyse de Robert Gordon dans The Rise and Fall of American Growth (2016). Selon lui, les grandes innovations transformatrices (machine à vapeur, électricité, moteur à explosion) appartiennent au passé, et les innovations actuelles auraient un impact plus faible sur la productivité. Il met en avant l’idée de stagnation séculaire, selon laquelle les économies avancées seraient condamnées à une croissance faible en raison de plusieurs « vents contraires » : vieillissement démographique, saturation des gains d’éducation, montée des inégalités et ralentissement du progrès technique véritablement transformateur. Par exemple, malgré la révolution numérique, la productivité totale des facteurs (PTF) dans les pays de l’OCDE a fortement ralenti depuis les années 2000, souvent en dessous de 1 % par an.

Cependant, ce ralentissement peut aussi s’expliquer par le fait que les innovations contemporaines mettent plus de temps à produire leurs effets. Comme lors du paradoxe de Solow, l’impact des technologies dépend de leur diffusion et de la transformation des organisations productives. Les technologies comme l’intelligence artificielle, la robotique ou la transition énergétique nécessitent des investissements lourds en capital humain, en infrastructures et en réorganisation des entreprises. Par exemple, l’informatisation des entreprises dans les années 1980-1990 n’a véritablement commencé à générer des gains de productivité significatifs qu’à partir du milieu des années 1990, lorsque les organisations ont été adaptées (réseaux, formation, logiciels intégrés). De la même manière, l’IA actuelle pourrait n’avoir qu’un effet différé sur la productivité, car elle exige une restructuration profonde des processus de production.

Ainsi, loin de contredire le rôle central de l’innovation, ces constats montrent surtout que ses effets sont différés, inégaux et dépendants des transformations organisationnelles, ce qui explique le décalage apparent entre intensité de l’innovation et faibles gains de productivité observés.

B. Les limites écologiques conduisent à repenser le modèle de croissance

Conclusion :

Depuis le XIXe siècle, l’innovation est le principal moteur de la croissance économique, en transformant durablement les structures productives et en élevant les niveaux de vie grâce aux révolutions industrielles. Toutefois, ce lien n’est ni automatique ni toujours vertueux : il dépend des institutions, de la diffusion des technologies et du capital humain, et il s’accompagne de déséquilibres sociaux ainsi que de contraintes écologiques croissantes.

Dès lors, l’enjeu du XXIe siècle n’est plus seulement de produire davantage grâce à l’innovation, mais de mieux orienter celle-ci pour la rendre compatible avec des objectifs sociaux et environnementaux.


Analyse du sujet 2

 

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