Europe

Le module sur l’Europe est souvent survolé ou révisé de manière superficielle. Pourtant, il reste très important et utile dans de nombreux sujets. Le module d’intégration européenne se compose de trois grands chapitres : la dynamique de la construction européenne, l’Europe économique et monétaire, l’Europe sociale. Si l’intégration européenne tombe au concours, une bonne préparation est essentielle. Je te recommande de connaître au moins huit auteurs incontournables pour te démarquer.

François Perroux et la définition d’intégration européenne

François Perroux, dans L’Économie du XXe siècle, définit l’intégration comme ceci : « L’acte d’intégrer rassemble des éléments pour former un tout, ou bien il augmente la cohérence d’un tout, ou bien il augmente la cohérence d’un tout déjà existant. »

Autrement dit, l’intégration désigne le processus par lequel plusieurs pays s’accordent pour faciliter leurs échanges. Elle vise aussi à coordonner leur système productif ainsi que leurs politiques publiques. L’objectif est d’unifier progressivement leurs économies et d’en tirer des avantages mutuels.

Selon Perroux, ce processus s’accompagne souvent d’une convergence des performances macroéconomiques des pays concernés. Il distingue deux grands types d’idéaux d’intégration. Le premier repose sur la planification. Le second repose sur les mécanismes du marché, comme pour la CEE dès 1957.

Agnès Bénassy-Quéré et les défis de l’Europe

Agnès Bénassy-Quéré, dans son article « Le triangle d’incompatibilité des politiques budgétaires de la zone euro » (2003), met en exergue un « triangle d’incompatibilité des politiques européennes ». Il semble en effet impossible de concilier respects du PSC et stratégie de Lisbonne dès lors que les États européens sont soumis à une concurrence fiscale interne. Pour financer les investissements de la stratégie de Lisbonne, les États doivent soit pouvoir accroître leurs déficits publics, soit accroître leur pression fiscale, ce qui n’est pas une option viable dans une zone où règne la concurrence fiscale du fait de la mobilité des capitaux.

Dans l’article « Une assurance chômage européenne ? » (juin 2015), Agnès Bénassy-Quéré et Alice Keogh proposent l’instauration d’une assurance chômage européenne qui pourrait réconcilier les trois objectifs de l’Union européenne, à savoir le marché unique, en favorisant la circulation des travailleurs, la convergence des systèmes économiques et la solidarité entre États membres.

Robert Mundell et la théorie de la zone monétaire optimale

Robert A. Mundell, dans « A Theory of Optimum Currency Areas » (1961), théorise les zones monétaires optimales. Il détaille les conditions que doivent remplir les économies pour être une zone monétaire optimale, c’est-à-dire pour renoncer à l’outil de change face à un choc asymétrique.

  • Critère de mobilité des facteurs de production. C’est l’idée que la dévaluation n’est pas nécessaire s’il y a une flexibilité des prix, notamment des salaires, le ralentissement économique peut en effet être absorbé par une baisse spontanée des prix qui restaure la compétitivité perdue. Si les prix sont rigides, alors les facteurs de production doivent être mobiles.
  • Critère du degré d’ouverture des économies. Selon McKinnon, dans « Optimum Currency Areas » (1963), plus les économies sont ouvertes, plus elles ont intérêt à fixer leur change, car une dévaluation compétitive améliore la compétitivité-prix des exportations. Cependant, elle augmente le prix des importations au risque d’une inflation importée, annulant les effets positifs initiaux.
  • Critère de diversité du tissu productif. Selon Kenen, dans « The Theory of Optimum Currency Areas: An Eclectic View » (1969), un pays dont le tissu économique est diversifié peut renoncer à la flexibilité du change pour deux raisons. Dans une économie peu spécialisée, les conséquences d’un choc asymétrique restent limitées. De plus, une manipulation du taux de change modifie tous les prix relatifs, même dans les secteurs non touchés. Cette modification généralisée peut alors devenir contre-productive.
  • Critère d’intégration financière et fiscale. Pour Ingram, dans « Comment: The Optimum Currency Problem », et Johnson, dans « The Problems Approach to International Monetary Reform » (1969), une union monétaire nécessite un certain niveau d’intégration financière et fiscale. En effet, les déficits éventuels doivent pouvoir être financés par une mobilité parfaite des capitaux et/ou par des transferts budgétaires fédéraux, pour limiter les pressions sur les taux d’intérêt nationaux.
  • Critère d’homogénéité des préférences. Pour Haberler, dans « The International Monetary System: Some Recent Developments and Discussions » (1970), et Kindleberger, dans « International Public Goods with International Government » (1986), la monnaie unique est un bien collectif. Dès lors, une monnaie unique nécessite des préférences communes de la part des populations qui la partagent, pour limiter les désaccords, notamment en matière de pilotage monétaire.
  • Critère d’endogénéité des cycles. Selon Frankel et Rose, dans « The Endogeneity of the Optimum Currency Area Criteria » (1998), l’optimalité d’une zone peut se construire ex post. L’union monétaire, en renforçant l’intégration commerciale et la convergence des niveaux d’inflation, contribue à la synchronisation des cycles économiques entre régions. La probabilité de choc asymétrique se réduit, ce qui limite l’intérêt des dévaluations.

Paul Krugman et l’euro

Paul Krugman, dans « The International Role of The Dollar: Theory and Prospect » (1991), explique pourquoi l’euro peine à rivaliser avec le dollar sur les marchés monétaires internationaux.

Comme monnaie de facturation, le dollar reste dominant sur les marchés mondiaux. Il s’impose notamment pour le pétrole et les matières premières.

Comme moyen de paiement, l’euro reste en retrait. Selon la BRI, il intervient dans 37 % des opérations de change. Le dollar atteint, lui, 89 % des opérations.

Comme réserve de valeur, l’euro progresse, mais reste deuxième. En 2016, 32 % des obligations internationales étaient libellées en euros. Les États-Unis dominaient avec 50 % du marché obligataire. Le poids des dettes publiques européennes soutient l’euro. Cependant, l’absence d’un marché de dette unifié limite son influence.

Pierre Werner et l’union économique et monétaire

Dans son rapport, intitulé « Rapport Werner » (1970), Pierre Werner propose la mise en place d’une « union économique et monétaire ». Pour ce faire, il définit trois étapes permettant la mise en place de cette union.

La première : rétrécissement des marges de fluctuation des monnaies, qui est mis en place le 1er janvier 1971, mais qui se traduit par un échec. En effet, la suspension de la convertibilité du dollar en or en août risque de pénaliser les échanges intraeuropéens. La deuxième étape est la libéralisation des mouvements de capitaux et la troisième renvoie à la définition d’orientations communes en matière budgétaire ou fiscale.

Michel Aglietta et la zone euro

Michel Aglietta, dans Zone euro : éclatement ou fédération (2012), s’impose comme défenseur du fédéralisme européen. Pour lui, il faudrait tout d’abord constituer un véritable budget européen permettant une réelle action à l’échelle de la zone. Il recommande une harmonisation des fiscalités nationales pour plus de coopération.

De plus, il se prononce en faveur des euro bonds, obligations européennes qui mutualiseraient la dette des États membres. Ces titres permettraient d’alléger les comptes des États fortement endettés. Il propose aussi des « euro bonds verts », liés à l’écologie, future source de croissance, selon lui.

Il estime également essentiel que la BCE puisse monétiser la dette des États par l’achat de titres publics sur le marché primaire. L’objectif est, comme le propose Jean-Paul Fitoussi, de renouer avec une croissance digne de ce nom en Europe. Il s’agit aussi de mettre fin à l’austérité exigée par l’Allemagne, qui entretient cette « croissance molle ».

Mario Draghi et la compétitivité européenne

Mario Draghi a remis un rapport, en septembre 2024, sur l’avenir de la compétitivité européenne. Son projet repose d’abord sur la mise en œuvre intégrale du marché unique. Ensuite, il prévoit l’alignement des politiques industrielles, commerciales et de la concurrence. Il propose par ailleurs d’augmenter le taux d’investissement total à environ 5 % du PIB par an. Enfin, il souhaite réformer la gouvernance de l’Union pour renforcer la coordination, tout en réduisant la charge réglementaire en Europe.

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Thomas Lellouch et Arthur Sode et une assurance chômage européenne

Thomas Lellouch et Arthur Sode, dans « Une assurance chômage pour la zone euro » (juin 2014), envisagent la possibilité d’une assurance chômage en Europe sous trois modalités différentes :

  • Une première option consiste en une assurance complémentaire au régime national. Elle reposerait sur une base européenne commune, les États restant libres d’ajouter une couverture nationale.
  • Une deuxième option prévoit une assurance séquentielle. Dans ce cadre, l’assurance européenne couvrirait le chômage de courte durée. Le chômage de longue durée relèverait alors des États.
  • Enfin, une forme de réassurance européenne pourrait s’activer uniquement en cas de hausse anormale du chômage.

L’argument principal avancé pour instaurer ce système est la stabilisation. Il s’agit de limiter l’intensité des cycles récessifs. Ainsi, des transferts temporaires seraient organisés entre les pays en récession et ceux à faible chômage.