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La définition du capitalisme est au cœur de la compréhension des économies modernes. Ce système, fondé sur la propriété privée des moyens de production, la liberté d’entreprendre et la recherche du profit, s’impose comme le moteur principal de la croissance depuis plus de deux siècles.

De Marx à Schumpeter, de Keynes à Piketty, les économistes n’ont cessé de repenser le capitalisme, tant ses formes ont évolué au fil des mutations technologiques, financières et sociales. Comprendre sa logique interne, ses contradictions et ses transformations est donc indispensable pour tout étudiant en prépa qui souhaite briller à l’écrit comme à l’oral.

Dans cet article, tu découvriras non seulement la définition et les principes du capitalisme, mais aussi ses différentes phases historiques, ses critiques et ses enjeux contemporains. Prêt à plonger au cœur du système qui façonne nos sociétés ?

Quelques éléments de définition du capitalisme

Le capitalisme est un système économique dont la définition varie selon les approches théoriques, certains insistant sur l’accumulation du capital, d’autres sur la propriété privée, l’exploitation du travail, l’innovation ou encore la liberté des échanges.

Le capitalisme repose avant tout sur l’accumulation du capital par des agents privés, ce que Marx et Braudel considèrent comme un critère central pour définir ce système. Pour eux, la dynamique économique découle de la capacité des individus ou des entreprises à investir dans des moyens de production afin de générer des profits et de se développer (Marx, Braudel). Cette accumulation de capital stimule également l’innovation et l’esprit d’entreprendre, éléments que Schumpeter identifie comme caractéristiques essentielles du capitalisme : pour lui, le progrès économique et la croissance dépendent de la capacité des acteurs à créer de nouvelles méthodes de production, de nouveaux produits ou services et à prendre des initiatives entrepreneuriales (Schumpeter). Cependant, cette logique entraîne souvent des tensions, telles que la concentration de richesse et l’apparition de rapports de force inégalitaires, comme le souligne North et Braudel dans leurs analyses institutionnalistes et historiques. Pour eux, l’existence de ces inégalités et rapports de force constitue un critère essentiel pour définir le capitalisme.

La propriété privée des moyens de production et la recherche du profit constituent un autre critère fondamental pour définir le capitalisme. North insiste sur l’importance des droits de propriété et sur la manière dont ils permettent aux individus et aux entreprises de contrôler et de valoriser leurs ressources selon leurs intérêts économiques. Weber, de son côté, associe la recherche et la maximisation du profit à l’« esprit du capitalisme », une dimension culturelle qui légitime le comportement économique orienté vers l’accumulation et la réussite (North, Weber). Cette liberté économique favorise également la prise de risque et l’expansion des échanges, tant locaux qu’internationaux, ce qui contribue à la constitution d’un marché mondial toujours plus vaste et intégré (Braudel). Pour Braudel, la capacité du capitalisme à étendre les échanges et à créer des réseaux commerciaux à grande échelle constitue un critère central pour définir ce système économique.

Le capitalisme transforme aussi le travail en marchandise, un critère mis en avant par Polanyi. Dans ce système, les individus vendent leur force de travail contre un salaire, ce qui introduit des rapports d’exploitation que Marx considère comme fondamentaux pour comprendre le capitalisme (Polanyi, Marx). L’organisation du travail sur le marché et la recherche constante de profit peuvent engendrer des conditions de travail difficiles et accentuer les inégalités.

Enfin, le capitalisme se caractérise par ses crises et ses contradictions structurelles. Marx et les critiques de la Division Internationale du Travail (DIT) soulignent que le système tend à l’expansion prédatrice, exploitant les ressources naturelles, générant des inégalités économiques et sociales et provoquant des instabilités récurrentes (Marx, critique de la DIT). Malgré ces limites, le capitalisme continue de se développer, son moteur étant le profit et son carburant l’innovation, qui permettent aux entreprises de s’adapter, de croître et de concurrencer à l’échelle mondiale.

Une perspective historique de la définition du capitalisme

Les prémices du capitalisme (XVe-XVIe siècle)

Les origines du capitalisme sont anciennes. Elles font l’objet de débats parmi les historiens, certains remontant même ses racines au début du Moyen Âge. Cependant, c’est véritablement durant la Renaissance que les premières formes de capitalisme se manifestent de manière significative. Le développement des cités marchandes, telles que Venise, Anvers, Amsterdam, entre autres, l’essor des premières grandes banques et l’émergence d’un esprit d’entreprise témoignent de cette dynamique naissante.

Selon Werner Sombart (Le Capitalisme moderne, 1902), c’est cette combinaison d’accumulation de capital, d’esprit d’entreprise et de structures financières novatrices qui définit le capitalisme naissant.

L’imprimerie, inventée par Gutenberg en 1454, participe également à cette dynamique : en rendant la Bible et d’autres textes accessibles à grande échelle, elle crée les conditions d’un produit standardisé et d’une circulation massive de l’information, prémices d’une logique de marché et de consommation à l’échelle européenne.

Cette période voit aussi apparaître des pratiques de gestion plus sophistiquées, avec la tenue de comptes et l’organisation rigoureuse des transactions, qui permettent de suivre les profits et pertes et d’optimiser les investissements.

L’essor du capitalisme moderne (XVIIe-XIXe siècle)

Cependant, c’est le XVIIe siècle et le début de la révolution industrielle qui marquent l’apparition du capitalisme moderne. Les changements institutionnels et sociaux de cette période ont permis l’émergence de la logique capitaliste.

D’abord, on assiste au XVIIIe siècle à un changement des mentalités. Celui-ci sera notamment analysé par Max Weber dans L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme (1905). Il y met en évidence le lien entre le capitalisme et un protestantisme qui ne voit plus la recherche du profit et l’enrichissement comme des péchés.

On assiste également à une mutation de l’environnement économique. En effet, des cadres réglementaires favorables à la propriété privée et à l’esprit d’entreprise apparaissent. On peut citer notamment l’Enclosure Act (1727) ou encore le Bubble Act (1720) en Angleterre, levant les contraintes sur la création d’entreprise. En France, on trouve l’article 17 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (1789) qui fait de la propriété privée un droit inaliénable.

Enfin, des progrès techniques majeurs ont améliorer la productivité. Le plus important d’entre-eux est certainement l’invention de la machine à vapeur par James Watt en 1769.

Ces mutations considérables de l’appareil productif ont lancé la révolution industrielle, d’abord en Angleterre. On voit alors apparaître une chaîne de valeur propre au capitalisme moderne : la production se concentre sur la mise en valeur du capital, c’est-à-dire que l’on cherche à apporter une plus-value aux matières premières pour dégager un surplus, un profit.

Crises, renouvellements et mondialisation du capitalisme (Fin XIXe-XXe siècle)

À la fin du XIXe siècle, le capitalisme connaît ses premiers grands krachs (Grande Dépression, 1873-1896). Pourtant, il se renouvelle. Un rapport de force plus intense entre bourgeois et prolétaires se met en place. Le capitalisme parvient à s’imposer comme un système économique efficace face au communisme.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, le capitalisme retrouve toute sa vigueur au sein d’un système économique mondial dominé par les Etats-Unis. Jusqu’aux années 1970, durant les Trente Glorieuses, le capitalisme est fortement régulé par des politiques interventionnistes d’inspiration principalement néokeynésiennes. À partir de 1970, c’est le temps des déréglementations et du désengagement progressif de l’État : le capitalisme actuel était né.

NB : Pour le sujet de HEC 2020 sur la soutenabilité du capitalisme, cette perspective historique était nécessaire pour bien comprendre le sujet. Elle permettait de mettre en avant l’évolution et le renouvellement du capitalisme au cours de l’histoire.

Le définition du capitalisme aujourd’hui

Le capitalisme actuel est d’abord un capitalisme mondialisé. Les FMN sont peut-être le symbole de ce capitalisme (un quart du PIB mondial). Elles sont souvent issues des pays de la Triade (États-Unis, Europe, Japon). On assiste aussi à la montée en puissance des multinationales originaires des pays émergents, comme l’indien Mittal. De plus, la plupart des produits sont « Made In Monde » (expression de Suzanne Berger). Ils sont effectivement fabriqués au sein d’une division internationale des processus productifs (DIPP).

Le capitalisme actuel est aussi un capitalisme financiarisé par la globalisation financière et les déréglementations depuis les années 1980. En effet, les marchés et les acteurs financiers ont acquis un pouvoir considérable. Ils semblent dicter de plus en plus leurs conditions aux États comme aux entreprises. Bébéar (Ils vont tuer le capitalisme, 2003), fondateur d’AXA, dénonce les analystes financiers, les spéculateurs et les fonds d’investissement (le « Ils » du titre) qui imposent des directives et des seuils de rentabilité absurdes aux entreprises.

Le capitalisme actuel est également immatériel. Il est en effet caractérisé par le poids important donné aux services. Aujourd’hui, les plus grandes FMN sont des entreprises de services à l’instar des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft). Par exemple, en avril 2020, la capitalisation boursière d’Amazon était de près de 950 000 millions de dollars. Des auteurs intéressants que tu peux utiliser en dissertation sur cet aspect sont Nicolas Colin et Henri Verdier (L’âge de la multitude, 2012). Ils montrent que les géants du numérique ont largement détrôné les grands groupes pétroliers. De plus, ils sont aujourd’hui les premiers créateurs d’emploi dans le monde (Apple a ainsi créé 671 500 emplois depuis la création de l’iPhone).


Faut-il réformer le capitalisme ?

Une pluralité de capitalismes nationaux

L’analyse de Michel Albert

À travers le monde, le capitalisme ne prend pas les mêmes formes. Il se décline en modèles nationaux. Le capitalisme anglo-saxon diffère du capitalisme allemand par exemple. Ainsi, dans Capitalisme contre capitalisme (1991), l’économiste français Michel Albert distingue deux grands modèles.

D’une part, le modèle néo-américain, ou anglo-saxon, repose sur les marchés financiers et le crédit. Issu notamment des grandes déréglementations américaines de Reagan, ce système repose sur la recherche du profit à court terme et la réussite individuelle.

D’autre part, le modèle rhénan caractérisé par une économie sociale de marché et un système de cogestion qualifiée. L’État intervient comme un régulateur du système économique et les syndicats participent activement à la gestion des entreprises. C’est également un système plus rigoureux et plus axé sur le long terme. La priorité de la politique monétaire est la lutte contre l’inflation. Les banques ont une vision de long terme.

L’analyse de Bruno Amable

Tu peux également utiliser Bruno Amable qui, dans Les cinq capitalismes (2005), met en avant cinq types de capitalismes :

  1. Anglo-saxon mettant l’accent sur la finance et la flexibilité.
  2. Social-démocrate insistant sur la protection sociale modérée, une politique de formation et une vision de long terme.
  3. Européen continental.
  4. Méditerranéen caractérisé par un dualisme du marché du travail par exemple.
  5. Asiatique fondé sur la collaboration étroite des grands groupes industriels avec l’État.

Le modèle français

On peut également évoquer d’autres modèles capitalistes et en particulier le modèle français. Ce dernier se caractériserait avant tout par un fort dirigisme hérité du colbertisme (XVIIe siècle) et du gaullisme (années 1960). Il repose sur une politique industrielle forte. On trouve également l’idée d’une planification indicative en faveur notamment du développement de champions nationaux publics (EDF, Airbus, Alstom, etc.). Ces derniers ont été à l’origine de grandes réussites économiques comme le Concorde ou le TGV.

Enfin, pour de nombreux sociologues, il existe également une grande proximité entre les élites économiques et politiques au sein du capitalisme français. Bourdieu va même jusqu’à parler de « noblesse d’État ».

Les grandes analyses historiques du capitalisme

Trois grandes écoles de pensée s’opposent sur le capitalisme.

La pensée libérale

Pour les libéraux, le capitalisme se définit comme un système économique reposant sur le libre marché. Ainsi  la garantie de la propriété privée est essentielle pour le capitalisme. De plus, la dimension individuelle est importante (réussite individuelle, esprit entrepreneur, etc.).

Attention ! Le capitalisme libéral ne désigne pas un “capitalisme sauvage”. Au contraire, de nombreuses règles encadrent le , capitalisme (propriété privée, brevets, etc.). Et même, beaucoup d’auteurs libéraux s’accordent à dire que le capitalisme doit s’insérer dans un cadre institutionnel favorable aux libertés fondamentales. Hayek précise notamment que ce dernier doit respecter la Rule of Law (« primauté de la loi ») et les droits fondamentaux.

L’exemple de la Russie post-soviétique est frappant. Le cadre institutionnel est absent lorsqu’on met en place le capitalisme dans les années 1990. Conséquence : le PIB par habitant est divisé par deux en dix ans sous la présidence Elstine. On peut même parler d’« un capitalisme des copains et des mafieux » (Joseph Stiglitz).

La pensée marxiste

De l’autre côté, le marxisme prend une position résolument anticapitaliste. Dans Le Capital (1867), Karl Marx considère le « système capitaliste » comme le symbole de la victoire de la bourgeoisie sur le prolétariat. Il souligne ainsi l’importance de l’exploitation dans le capitalisme.

Dans l’optique marxienne, le capitalisme se caractérise fondamentalement par une lutte des classes : la bourgeoisie exploite le prolétariat. Elle entretient un chômage de masse (les chômeurs formant une « armée industrielle de réserve ») pour contenir les salaires à leur plus bas niveau possible. Pour Marx, le capitalisme est cependant condamné du fait de sa contradiction fondamentale (appauvrissement des pauvres menant à des crises de surproduction) et de la baisse tendancielle du taux de profit. Le capitalisme se condamne lui-même à disparaître dans une crise finale, le “grand soir”.

Enfin pour Lénine (L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, 1917), la colonisation et l’impérialisme permettent au capitalisme d’échapper à cette crise finale. En effet, cela lui permet de reconstituer les profits des entreprises confrontées à une baisse tendancielle du taux de profit dans leurs pays d’origine.

La pensée schumpétérienne

Elle s’est également aventurée à définir et conceptualiser le capitalisme. Dans La Théorie de l’évolution économique (1911), Joseph Aloïs Schumpeter met en avant le lien fondamental entre capitalisme et innovation. Il considère en outre que le monopole né de l’innovation est essentiel à la bonne marche du capitalisme.

 

Quelles évolutions du capitalisme ?

À partir de ces aspects du capitalisme actuel, on peut dégager deux grandes pistes d’interrogation sur son évolution future. Quelle future définition du capitalisme ?

La soutenabilité du capitalisme

Le terme de « soutenable » est faussement simple. On trouve ainsi une dimension écologique et une dimension sociale. La nature du capitalisme semble aujourd’hui le condamner à être « moins viable, vivable et équitable » (rapport Brundtland, Our Common Future, 1987).

Le capitalisme essaye de faire face à la question environnementale. Il essaye de revoir ses modes de production notamment face à la raréfaction des ressources. On parle de green capitalism. 

La question sociale a toujours été au cœur des critiques du capitalisme. Depuis la critique marxienne du capitalisme, la répartition inégale des ressources induite par le capitalisme réduit sa durabilité. Dans The Price of Inequality (2012), Joseph Stiglitz critique cet aspect inégalitaire du capitalisme. Il est responsable du chômage de masse et de la paupérisation des sociétés occidentales.

De plus, les excès et le manque d’éthique du capitalisme sont plus généralement pointés du doigt dans l’opinion publique. Aujourd’hui, les pratiques décriées d’entreprises comme Monsanto ou Goldman Sachs sont devenues les symboles d’un capitalisme jugé « sans morale ».

L’économie de la connaissance

On reprend la définition du capital humain donné par Gary Becker (The Human Capital, 1964). Le capital humain désigne l’ensemble des savoirs et savoir-faires accumulés par les individus et qui les rendent employables et plus productifs. Aujourd’hui, les connaissances sont déterminantes pour la croissance. Ainsi, on assiste à une envolée des dépenses d’éducation dans les pays développés. Par exemple, aux États-Unis, la « bulle universitaire » (education bubble) est passée de 500 milliards en 2007 à 1 270 milliards en 2015 et la part de la R&D dans le PIB atteint 3% (contre 2% en France) en 2018.

De plus, le savoir est devenu aujourd’hui un facteur de compétitivité pour le capitalisme. Historiquement, le décollage de nombreux pays s’expliquent par des investissements massifs dans la recherche ou l’éducation. On peut citer plusieurs exemples historiques comme l’Allemagne vers les années 1900 et la Corée du Sud qui s’est rapidement développé dans les années 1970. La propriété intellectuelle est aujourd’hui au cœur des enjeux commerciaux du capitalisme. La guerre récurrente des brevets, entre Apple et Samsung par exemple, en témoigne.

Conclusion

Le capitalisme est un aspect majeur des sciences et de l’actualité économiques. À l’aide de cet article, j’ai essayé de te donner quelques pistes de réflexion que tu pourras évidemment approfondir. Elles te permettront de mieux maîtriser tous les aspects du capitalisme en dissertation.

Enfin, pour conclure, Krugman souligne un point intéressant :  « La solidité du capitalisme ne tient pas tant à ses succès qu’à l’absence d’une proposition alternative ». 

Une première typologie est possible (très utile en dissertation !). On peut distinguer un capitalisme marchand, financier ou industriel.


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