mondialisation économique

La mondialisation économique est l’un des thèmes les plus importants en ESH. En observant les sujets des années passées, on remarque que ce chapitre tombe très souvent. Tu dois donc maîtriser les fondamentaux pour briller le jour J ! Le but de cet article n’est pas de remplacer ton cours, mais de te présenter une sorte de checklist et un panorama des notions et des références à connaître absolument. N’hésite pas à le mettre dans tes favoris pour le relire avant un concours blanc ou même avant le concours !

Comprendre la mondialisation économique

Le premier axe du chapitre se caractérise par une dimension historique importante et par une volonté de définir certaines notions.

Définir et mesurer la mondialisation économique

La mondialisation économique désigne le processus d’intensification et de fluidification des flux internationaux de biens et de services.

Le premier outil de mesure de la mondialisation économique est la balance des paiements. C’est un document statistique établi par la Banque de France. Il a comme ambition de retracer de manière comptable des réels, financiers ou monétaires, entre les résidents et les non-résidents d’une économie.

Les flux de richesse au sein de cette balance sont divisés en différentes catégories :

  • Compte des transactions courantes 
  • Compte de capital
  • Compte financier 
  • Avoirs et omissions

 

L’intérêt réel de la balance des paiements réside dans la structure des sous-balances qui sont déficitaires ou excédentaires. Si la balance est déficitaire, la nation est en besoin de financement et est emprunteuse nette. Si sa balance est excédentaire, la nation est en capacité de financement et est prêteuse nette.

L’autre instrument de mesure de la mondialisation économique est le taux d’ouverture aux exportations (exportations/PIB × 100). 

La notion de compétitivité

La compétitivité est la capacité d’un secteur productif à répondre à la demande intérieure et étrangère tout en offrant aux résidents un niveau de vie croissant et stable. Pour Paul Krugman (1994), la compétitivité est une obsession dangereuse pour les nations. Il estime que la course à la compétitivité peut amener une nation à mener une allocation sous-optimale des ressources et à participer à des guerres commerciales.

L’histoire de la mondialisation économique

La référence canonique à mobiliser pour l’analyse historique de la mondialisation est l’ouvrage de Suzanne Berger, Notre première mondialisation (2003).

Elle distingue différentes phases du commerce international depuis le XIXe siècle : 

  • Première mondialisation du XIXe siècle, régie par une suprématie européenne, notamment celle de la Grande-Bretagne.
  • Démondialisation entre 1915 et 1945, du fait de la fin de la Grande Guerre et des rivalités qui en ont émergé.
  • Remondialisation entre 1945 et 1990, grâce à la construction d’instances supranationales comme le GATT, le FMI ou encore la CEE.
  • Hypermondialisation de 1990 à 2008, poussée par la révolution des NTIC et par la mondialisation financière dynamique.
  • Aujourd’hui, le commerce international a ralenti et s’est transformé. Il n’y a pas de statut clair qui fait consensus parmi les économistes.

Les explications de la mondialisation économique

Les théories fondamentales

Il faut ici que tu maîtrises sur le bout des doigts les théories fondamentales du commerce international. D’autres articles traitent déjà de la théorie des avantages absolus et comparatifs (Smith et Ricardo), du modèle HOS ou encore du débat traditionnel entre libre-échange et protectionnisme. Je ne traiterai donc pas ici ces éléments.

Il est aussi essentiel de considérer l’approche néotechnologique de Michael Posner (1961). Il énonce le théorème de l’écart technologique : l’innovation permet à certains pays d’acquérir une avancée technologique et donc un monopole d’exportation. De ce fait, des pays leaders exportent des biens intensifs en nouvelles technologies, tandis que des pays followers suivent une stratégie d’imitation.

De plus, Paul Krugman est un auteur à bien maîtriser pour les épreuves d’ESH. C’est une figure majeure de la nouvelle théorie du commerce international. En 1979, il affirme que les pays absolument similaires échangent entre eux, car il y a une forme de monopole propre à chaque entreprise sur une variété spécifique d’un produit qui satisfait la demande extérieure. Il utilise ainsi la situation de concurrence monopolistique pour vanter les mérites du commerce international.

N’hésite pas à cliquer ici pour en savoir plus sur les travaux de Paul Krugman.

Pourquoi internationaliser la production ?

En 1988, John Dunning dresse une typologie des raisons qui poussent les firmes à devenir multinationales. Les firmes investissent à l’étranger (IDE) si elles disposent d’un avantage de propriété, comme une technologie ou une innovation spécifique.

Un autre argument est quand le pays d’accueil présente un avantage de localisation lié à ses coûts. Les firmes les plus productives privilégient les IDE, tandis que les autres se contentent d’exporter ou de produire localement selon les coûts et la taille du marché.

Les conséquences macroéconomiques de la mondialisation

Mondialisation économique et croissance économique

On sait que les pays protectionnistes de la fin du XIXᵉ siècle (France, Allemagne) ont connu une forte croissance, rattrapant le Royaume-Uni libre-échangiste. De plus, l’ouverture commerciale, notamment agricole, a parfois eu des effets dépressifs. Cela mène au paradoxe de Paul Bairoch : une économie ouverte n’entraîne pas toujours et partout de la croissance.

Pour Dani Rodrik (Nations et mondialisation, 2008), la croissance précède l’ouverture commerciale. Aucun pays ne s’est développé sans commerce international, mais le libre-échange seul ne suffit pas. Les pays émergents ont combiné ouverture, protectionnisme sélectif et intervention publique. Ainsi, l’ouverture n’est efficace que si elle est accompagnée de bonnes politiques industrielles, éducatives et sociales. 

Commerce international et emploi

Une étude empirique de Lilas Demmou (2011) montre qu’entre 1990 et 2010, 13 % des emplois industriels sont détruits par le commerce international (particulièrement par l’externalisation).

Le théorème de Stolper-Samuelson (1944) est aussi un classique incontournable. Il montre que le commerce international modifie la répartition des revenus. Dans les PDEM, les spécialisations sont plus capitalistiques, donc la demande de travail peu qualifié est moindre, ce qui baisse les salaires dans certains secteurs. Dans les PED, l’effet est inverse. L’impact de la mondialisation est alors hétérogène selon les branches et les régions. 

Dans The China Syndrome (2013), David Autor identifie le « choc chinois » pour décrire l’effet néfaste de la concurrence chinoise sur le marché du travail américain. 

Mondialisation et inégalités

La mondialisation économique est responsable de la baisse des inégalités externes depuis 1980, mais elle accroît les inégalités internes. En effet, François Bourguignon (2012) montre que ce processus facilite la diffusion d’innovations et des élites, permettant ainsi à plus de pays d’accéder à certains gains.

Toutefois, seule la partie des travailleurs connectés à la mondialisation en perçoit les gains. L’effet de la mondialisation sur les inégalités est donc ambivalent et dépend de l’échelle.

Mondialisation économique et environnement

Nous allons ici considérer l’étude de Grossman et Krueger dans un article de 1991. Ils dégagent trois effets de la mondialisation sur l’environnement : 

  • Effet de composition : la spécialisation résulte des dotations factorielles, ainsi l’effet de la mondialisation est conditionné par les normes environnementales des pays participant à l’échange.
  • Effet d’échelle : plus de commerce international signifie plus de production, car les facteurs de production sont mieux alloués. Il y a en conséquence un effet négatif sur le stock de capital naturel.
  • Effet technique : la mondialisation permet la circulation d’innovations susceptibles de décarboner ou d’être vertes, donc l’effet peut être positif.

La mondialisation économique : où en sommes-nous aujourd’hui ?

On ne peut plus parler d’hypermondialisation

Le taux d’ouverture mondial est stable depuis la crise des subprimes (autour de 29 %). Le reflux des IDE, la fin du rattrapage entre PED et PDEM, et la maturation des chaînes de valeur expliquent ce ralentissement. Des pays comme la Chine et l’Inde ont atteint un niveau d’ouverture optimal et privilégient désormais la montée en gamme plutôt que l’exportation massive.

Par ailleurs, les tensions géopolitiques et les mouvements altermondialistes (Brexit, Trump, etc.) renforcent l’idée d’une démondialisation. 

Peut-on vraiment parler d’une démondialisation ?

Ce n’est pas une démondialisation totale, mais relative. On assiste à une reconfiguration de la mondialisation. Le processus de régionalisation gagne du terrain. Il désigne un système de relations internationales fondé sur la coordination entre des pays qui sont généralement proches géographiquement et économiquement.

Au lieu d’employer le terme démondialisation, il faudrait plutôt parler d’un friendshoring (mondialisation entre amis), où les pays privilégient certains pays par rapport à d’autres pour garantir leur sécurité nationale.

Conclusion

La mondialisation économique n’est ni un phénomène linéaire ni univoque. Elle a connu des périodes d’expansion, de ralentissement et surtout de recomposition. Elle a pu favoriser la croissance, l’innovation et la diffusion des savoirs tout en polarisant les sociétés et en fragilisant certaines économies. Aujourd’hui, il n’y a pas la volonté de moins de mondialisation, mais la volonté d’une autre mondialisation, davantage maîtrisée. Elle doit concilier souveraineté, durabilité et efficacité économique.

 

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