Hugo Aguilar Ortiz

En 1858, Benito Juárez est le premier indigène à devenir président du Mexique, après avoir dirigé la Cour suprême mexicaine. Sa descendance est désormais assurée par Hugo Aguilar Ortiz, élu en juin 2025.

Un contexte de réforme institutionnelle contestée

Initiée par l’ex-président mexicain AMLO, la réforme judiciaire a finalement été approuvée en septembre 2024 par le Sénat. La mesure phare de cette réforme avait suscité l’ire d’un certain nombre de Mexicains. Et pour cause : l’objectif principal était la révocation des 1 690 juges, magistrats et ministres de la Cour suprême. Dans quel but ? Les remplacer par des magistrats élus par un scrutin populaire.

Cette réforme s’inscrit dans un vaste programme anticorruption porté par Morena (parti d’AMLO). Ainsi, le 1er juin 2025, les premières élections judiciaires de l’histoire mexicaine ont eu lieu. Les Mexicains ont ainsi élu près de 2 600 juges. Il s’agit d’une première mondiale.

Toutefois, cette réforme fut très controversée. Le PRI, parti d’opposition, a dénoncé une « farce » démocratique et a accusé Morena de vouloir faire main basse sur l’appareil judiciaire mexicain. Ces accusations ont été confirmées par le ridicule taux de participation, avec seulement 13 % de Mexicains qui se sont rendus aux urnes.

De plus, selon certains experts, la corruption se jouerait davantage dans les échelons supérieurs. Les procureurs seraient ainsi bien plus facilement corrompus que les juges. Toujours est-il, Sheinbaum s’est félicitée du bon déroulé de ces élections, évoquant un « succès total ».

Des manifestants brandissent des drapeaux mexicains et des pancartes au Sénat lors du débat sur la réforme du pouvoir judiciaire.
Des manifestants rassemblés au Sénat mexicain

Les profils de certains élus posent tout de même certaines questions. Par exemple, l’avocate de Joaquin Guzman, que tu connais sûrement sous le nom « El Chapo », figure parmi ces nouveaux magistrats élus.

Qui est Hugo Aguilar Ortiz, élu à la tête de la Cour suprême ?

Hugo Aguilar Ortiz, portant une chemise traditionnelle blanche à motifs brodés, parle devant un micro pendant une conférence de presse.

Il est issu de la communauté de San Agustin Tlacotepec et gagne en notoriété à partir des années 1990 en raison de son engagement dans les mouvements zapatistes. Il s’illustre également en tant qu’avocat des communautés indigènes. Cet engagement s’est concrétisé par un poste de sous-secrétaire des Droits indigènes au gouvernement mexicain. Il devient par la suite Coordinateur général des droits indigènes à l’INPI (National Institute of Indigenous People).

Cependant, cet engagement politique lui a valu un certain nombre de critiques. Les communautés indigènes lui reprochent ainsi d’être corrompu. Ses positions sont souvent controversées et notamment son soutien à des projets gouvernementaux, tels que le fameux Tren Maya.

Sa récente nomination en tant que juge de la Cour suprême ravive ces critiques. De fait, sa proximité avec le parti Morena (duquel il est indépendant sur le papier) remet en cause la séparation des pouvoirs. Son véritable engagement pour défendre la cause indigène est également remis en question.

Quelles conséquences ?

Cette réforme a également eu une portée symbolique au sein de la société mexicaine. Elle sonne comme une revanche contre le pouvoir judiciaire qui avait usé maintes fois de son droit de veto durant le dernier mandat d’AMLO.

En outre, la victoire de Hugo Aguilar Ortiz marque un tournant dans l’histoire des peuples indigènes mexicains. Ces derniers représentent environ 20 % de la population mexicaine. Cette élection pourrait ainsi permettre une reconnaissance plus approfondie des droits de ces populations. En effet, les peuples indigènes ont souvent souffert, dans l’histoire latino-américaine, d’un manque de reconnaissance, voire de discriminations, et le Mexique n’a, à cet égard, pas fait figure d’exception.

Focus : la place des populations indigènes dans les sociétés latino-américaines

Point historique

Si les populations indigènes étaient protégées en théorie par des statuts spéciaux sous l’ère coloniale, les révolutions d’indépendance changent la donne. De fait, les nouvelles républiques créées proclament certes l’égalité des citoyens, mais abolissent les protections coloniales sur les indigènes. D’autre part, ces nouveaux régimes privilégient l’assimilation culturelle au détriment de la coexistence culturelle.

Cependant, à partir des années 1920, les sociétés latino-américaines connaissent un réveil indigène. On parle alors d’indigénisme. Ce mouvement touche notamment le Pérou, le Mexique (lors de la révolution de 1910) et la Bolivie. L’objectif principal est alors l’intégration des peuples autochtones à la société, dans un cadre paternaliste.

Cette mobilisation autochtone se poursuit dans les années 1970. Elle lutte principalement contre les expropriations et est soutenue par des organisations internationales, telles que l’OIT. Par exemple, en 1957, l’OIT adopte une convention visant à codifier les droits indigènes.

Depuis les années 1990, les gouvernements s’engagent de plus en plus en faveur de la reconnaissance des droits indigènes. Les constitutions latino-américaines se dotent progressivement de réformes reconnaissant les peuples autochtones comme sujets collectifs de droit, à l’instar de la Colombie en 1991 ou de la Bolivie en 2009.

Attention, il faut noter un élément central dans la situation des populations indigènes en Amérique latine. Leurs situations sont très différenciées selon les pays. En effet, leur proportion dans la population diverge beaucoup, de même que leur influence culturelle et politique. Ainsi, si les indigènes représentent près de 60 % de la population bolivienne, ils ne sont que 20 % au Mexique. Il faut donc se garder de généraliser leur situation à tous les pays d’Amérique latine (et ne parlons pas des États-Unis !).

La situation actuelle

En dépit de décennies de progrès, la réalité est moins brillante. En pratique, les droits acquis ne sont souvent pas appliqués. Cet article de Major Prépa développe le sujet ! Focalisons-nous sur les évolutions récentes de la place des populations indigènes dans la société mexicaine.

De vrais progrès

Si des défis persistent, les peuples autochtones mexicains ont pu bénéficier ces dernières années d’avancées significatives.

Infographie des 17 objectifs de développement durable de l’ONU, illustrant les priorités mondiales pour 2030 : lutte contre la pauvreté, égalité des genres, éducation, santé, action climatique et développement durable.
Les 17 objectifs de développement durable de l’ONU

Tout d’abord, ils ont obtenu une reconnaissance constitutionnelle et juridique. Ainsi, en septembre 2024, le Mexique a adopté une réforme constitutionnelle reconnaissant les peuples et les communautés autochtones et afro-mexicaines comme « sujets de droit public » dotés de personnalité juridique et de patrimoine propre. D’autre part, dans le cadre du nouveau Plan Nacional de Desarrollo 2025-2030, promu par la présidente Sheinbaum, les indigènes mexicains sont désormais reconnus comme acteurs de leur propre développement.

Le gouvernement mexicain a également pris à bras-le-corps les problématiques économiques et la pauvreté de ces populations. De fait, un budget direct leur a été alloué par le gouvernement en 2025. Un fonds de 12 743 millions de pesos pour l’infrastructure sociale a été levé, bénéficiant à plus de 11 700 communautés. Ces dernières connaissent également une autonomisation croissante. Ainsi, le Fondo de Aportaciones para la Infraestructura Social para Pueblos y Comunidades Indigenas y Afroamericanas confère à ces populations la gestion directe de leurs ressources dans le cadre des projets, tels que l’eau potable, l’électrification…

D’un point de vue culturel, des fonds ont été levés pour revitaliser l’artisanat local et l’histoire orale. Ce fut le cas dans l’État de Quintana Roo, dans lequel 42 initiatives communautaires menées par des peuples mayas ont reçu un financement en 2025.

Enfin, ces populations bénéficient de plus en plus de réglementations protégeant leurs territoires. Ainsi, dans l’État du Yucatán, trois communautés Maya ont obtenu le statut « d’aires naturelles protégées ». La visée principale est de concilier autodétermination, conservation et développement local. Les peuples autochtones sont également devenus acteurs de la protection de l’environnement. Depuis la COP de Dubaï, la communauté internationale reconnaît les peuples indigènes comme gardiens de la biodiversité.

Des défis qui restent à surmonter

Néanmoins, les peuples indigènes mexicains continuent de faire face à des défis persistants. Ils sont souvent pris pour cible en tant que défenseurs de leur culture et de l’environnement. Des organisations internationales ont récemment alerté et demandé l’arrêt des attaques contre les militants autochtones de l’isthme de Tehuantepec, en Oaxaca. En février dernier, un groupe armé avait tué trois membres d’une communauté locale. Si le gouvernement mexicain s’engage dans la protection des communautés, la protection réelle sur le terrain demeure inégale et manque dans les zones de conflits fonciers.

En outre, les populations autochtones souffrent de la pauvreté et sont les premières concernées par les inégalités, systémiques au Mexique. Malgré une réduction de 9,5 points depuis 2018, la pauvreté multidimensionnelle reste très élevée parmi ces populations : 60,8 % en 2024.

Enfin, la reconnaissance juridique et culturelle peut encore être améliorée, et notamment son application concrète. L’accès aux infrastructures et à des services publics (tels que la santé ou l’éducation) laisse encore à désirer. La représentation de ces peuples au sein des institutions internationales demeure très insuffisante. Cette faille pourrait aussi expliquer le manque de reconnaissance de ces populations, qui ne participent que très peu à la prise de décision au Mexique.

Comment utiliser ces informations en khôlle/DS ?

Dans un sujet portant sur la cause indigène en général dans les sociétés latino-américaines

Tu pourras appuyer ton propos par des exemples chiffrés et précis, décrits ci-dessus, et récents. Tu peux aussi donner de la profondeur à ton propos avec une contextualisation historique de la place des indigènes dans ces sociétés. Attention, pense bien à ajouter que les situations divergent beaucoup selon les pays d’Amérique latine, gare à la généralisation !

Dans un sujet portant sur la société mexicaine, et notamment les inégalités systémiques qui la secouent

Tu pourras apporter une nuance en montrant que le gouvernement mexicain s’escrime à réduire les inégalités avec l’exemple des avancées pour les peuples indigènes. Toutefois, tu pourras conclure que la société mexicaine demeure très fracturée et inégale.

Dans un sujet sur les enjeux du changement climatique

Tu peux en effet utiliser la cause indigène pour montrer la mobilisation des peuples pour protéger la biodiversité, pouvant parfois s’opposer à des décisions politiques (type Bolsonaro) et à d’autres franges de la société, qui violentent ces activistes. Tu pourras insister sur la nécessité d’inclure ces communautés dans la vie politique dans le but de développer des politiques de protection de l’environnement adaptées. Ce sont en effet des populations dont les modes de vie restent très proches de la nature et qui connaissent très bien leur environnement !

Dans un sujet sur la préservation des cultures

La reconnaissance des communautés autochtones constitue en effet une étape nécessaire dans le travail de mémoire et de partage de cultures ancestrales. Ces dernières pourraient en effet progressivement se perdre, alors même qu’elles constituent le berceau des civilisations latino-américaines !

Conclusion

La nomination de Hugo Aguilar Ortiz à la tête de la Cour suprême mexicaine marque évidemment un tournant dans la reconnaissance des communautés indigènes. Toutefois, force est de constater que ces dernières continuent de faire face à des défis persistants, notamment d’ordre économique, sécuritaire, environnemental et culturel. Le changement climatique se dresse aujourd’hui comme l’un des enjeux principaux, entre protection et surexploitation de l’environnement.