Cuba

En 2020, l’économie cubaine s’effondre définitivement. Cuba connaît alors une croissance économique négative, avec une chute du PIB réel de 11 %. Depuis, l’économie tente, tant bien que mal, de remonter la pente. Le PIB cubain a ainsi retrouvé une croissance positive, en 2024, avec 1,2 %. Toutefois, cette amélioration ne reflète pas l’état de la société et de l’économie cubaines actuelles, en totale chute libre. Si les médias font souvent porter le chapeau aux États-Unis, la situation plus que précaire cubaine pourrait aussi être le résultat de failles internes majeures. Faisons le point sur la situation économique et sociale à Cuba, en ce début d’année 2026.

Une situation économique catastrophique

Le choc lié à la Covid

Alors que Cuba connaît des difficultés économiques depuis le milieu des années 2010, la crise Covid n’a pas arrangé les choses. En effet, l’industrie cubaine tourne au ralenti depuis le premier mandat Trump. En cause ? Potentiellement les droits de douane imposés par le républicain.

Le tourisme en dégringolade

Concrètement, la croissance économique cubaine repose sur deux facteurs principaux : le tourisme et les remesas (ces fameux transferts d’argent issus de la diaspora). Or, la Covid a précisément touché ces deux grandeurs. De fait, les croisières, qui rendent Cuba populaire, ont cessé et les vols en direction de l’île ont drastiquement diminué.

Si Cuba accueillait près de 4,3 millions de touristes internationaux en 2019, ce nombre est tombé à moins de 1 million en 2020. En 2021, la chute est brutale : le nombre de visiteurs internationaux tombe à 356 000. Ainsi, l’île a connu une baisse de 75 % à 95 % du nombre de touristes entre 2019 et 2020-2021.

La chute des remesas

Autre problématique : la diminution notable des flux associés aux remesas, qui constituent habituellement la deuxième source de devises de Cuba. Avant la crise Covid, les remesas s’élevaient à environ 3,7 milliards de dollars. En 2021, ce montant connaît une chute de 71 % par rapport à 2019, pour atteindre un peu plus de 1 milliard de dollars. Si ces chiffres reflètent une situation économique en grande difficulté, la baisse drastique des montants des remesas touche aussi directement au pouvoir d’achat des ménages, et donc à la situation sociale cubaine.

Plus globalement, la période de la crise Covid s’est traduite par une contraction significative du PIB cubain, qui a reculé d’environ 11 % en 2020 par rapport à 2019.

Toutefois, il faut noter que Cuba a joué un rôle notable dans l’envoi d’aide médicale à l’étranger. Ainsi, Cuba aurait envoyé de l’aide dans près de 45 pays, via ses programmes de coopération médicale internationale, et notamment la brigade « Henry Reeve », qui avait été créée en 2005. Cette politique cubaine représente une source importante de devises étrangères. Cependant, ces missions médicales sont soumises à des pressions américaines importantes, considérées comme du travail forcé.

Le rôle des États-Unis

Le plus long embargo de l’Histoire

La situation économique cubaine doit, à bien des égards, ses difficultés aux politiques menées par les États-Unis. Notons tout d’abord que Cuba est sous embargo américain depuis la révolution cubaine, dans les années 1960. Il s’agit de l’un des plus vieux embargos du monde encore en vigueur. En dépit de multiples débats et demandes internationales, il demeure actif et contraint l’économie cubaine.

Concrètement, la loi « Helms-Burton » interdit toute coopération ou relation entre une entreprise américaine et une entreprise cubaine. Elle va même plus loin, puisqu’elle sanctionne les entreprises internationales qui choisiraient d’opérer à la fois avec des entreprises américaines et des entreprises cubaines.

L’assouplissement sous les démocrates

Barack Obama avait fait le choix d’assouplir les mesures américaines contraignant Cuba. Cependant, l’accalmie fut de courte durée, puisque son successeur, Donald Trump, a rapidement décidé de rétablir ces mesures, et notamment les restrictions de voyage pour les Américains se rendant à Cuba.

En 2021, Cuba a aussi été inscrite sur la liste des États terroristes des États-Unis, alors que Barack Obama l’en avait retirée. L’une des dernières mesures du mandat Biden fut de retirer de nouveau Cuba de cette liste, immédiatement réinscrite par Trump dès son retour, en 2025.

L’étau se resserre

Les États-Unis, en plus de limiter significativement les entrées cubaines sur leur territoire, cherchent à minimiser les transferts d’argent. Ainsi, le gouvernement américain a, par exemple, limité les sommes autorisées et les destinataires possibles. En 2025, ce sont les transferts via Western Union qui ont été suspendus. Si ces mesures contraignent inévitablement les Cubains, un véritable système de la débrouille s’est imposé au sein de la société cubaine. Ils ont ainsi recours à des mules pour poursuivre ces transferts, vitaux pour les familles restées sur l’île.

Finalement, Cuba étouffe sous un ensemble de contraintes économiques imposées par les États-Unis, qui finissent par s’apparenter à un état de siège économique.

Des failles structurelles

Toutefois, si les États-Unis ont joué un rôle indéniable dans les difficultés économiques cubaines, l’économie locale souffre aussi de failles structurelles. L’économie cubaine est une économie communiste, depuis la révolution de 1959. Elle se caractérise donc par une très forte centralisation, qui entrave les mécanismes de croissance économique.

Néanmoins, après des manifestations populaires début 2021, le gouvernement cubain a décidé de lâcher du lest sur la doctrine communiste. Ainsi, l’économie cubaine a bénéficié d’une ouverture progressive et surtout d’une vague de privatisations. En août 2021, le gouvernement a créé le statut de MIPYMES, qui englobe les TPE et les PME. Certains secteurs de l’économie ont été ouverts à ce nouveau réseau d’entreprises, qui a désormais gagné une place importante dans le paysage économique cubain.

En effet, le secteur privé représente désormais 15 % du PIB cubain et 30 % de la population active, en 2025. Fin 2023, Cuba comptait 17 427 entreprises, dont 2 531 étatiques, 9 652 MIPYMES privées, 5 138 coopératives et 106 entreprises mixtes.

Il ne faut néanmoins pas oublier l’inflation galopante à laquelle est confronté le pays. Le gouvernement a même profité de son niveau record en 2021 pour accuser les nouveaux réseaux d’entreprises privées. En 2025, l’inflation cubaine atteignait plus de 15 %, en glissement annuel. Le peso s’effondre en parallèle. Si l’inflation connaît un ralentissement récent, les prix des produits de première nécessité continuent d’augmenter.

Par exemple, les aliments et les boissons non alcoolisées ont vu leurs prix augmenter de près de 30 % sur l’année 2024. Cette hausse peut s’expliquer par la dépendance majeure de Cuba aux importations, en particulier de produits alimentaires, types volailles ou riz.

Une situation aggravée par la crise au Venezuela

Au gré des restrictions américaines, Cuba a toujours pu compter sur le soutien de certains de ses voisins, et notamment du Venezuela. Cette alliance remonte au début des années 2000, à l’ère de Fidel Castro et Hugo Chavez, et comprenait des coopérations militaires, politiques et économiques.

Ainsi, les événements récents, de janvier 2026, ont plutôt inquiété Cuba, d’autant qu’une trentaine de soldats cubains, stationnés au Venezuela, ont perdu la vie dans le cadre de l’offensive américaine. Les accords bilatéraux des années 2000 prévoyaient en effet l’intégration de soldats cubains à l’armée et l’unité de contre-espionnage vénézuélienne DGCIM.

Récemment, la présidente vénézuélienne par intérim, Delcy Rodriguez, a renvoyé des travailleurs et soldats cubains, sous pression forte de Washington. Trump cherche en effet à annihiler tous les réseaux de coopération socialistes développés en Amérique latine, le lien Cuba-Venezuela en faisant évidemment partie.

De fait, en rompant définitivement la relation entre La Havane et Caracas, le président américain espère mettre toutes les chances de son côté pour renverser, à terme, le gouvernement communiste de Diaz-Canel. L’étau s’était déjà resserré autour de Cuba en décembre dernier, lorsque les États-Unis avaient imposé un embargo sur les exportations de pétrole vénézuélien vers Cuba, alors que l’île dépend à 70 % des importations dans le secteur énergétique.

Les deux dirigeants ont toutefois réaffirmé leur soutien mutuel, fin janvier. Delcy Rodriguez a ainsi affirmé que les deux États resteraient « unis », tandis que Diaz-Canel a indiqué que Cuba restait déterminée à « poursuivre le renforcement des relations historiques de fraternité et de coopération ».

Quelles conséquences sur la société cubaine ?

La population cubaine pâtit inévitablement d’une telle situation économique. Historiquement, les gouvernements cubains jugulaient la pauvreté par le biais de programmes sociaux de grande envergure. Ils finançaient ainsi un système de santé gratuit, des distributions de nourriture, la fameuse « libreta ».

Il s’agissait en effet de défendre un système socialiste égalitariste fonctionnel. Cependant, le gouvernement cubain n’est désormais plus en mesure de financer de tels programmes. Il manque de devises.

Essor de la pauvreté extrême

Un grand nombre de Cubains basculent dans des niveaux de pauvreté extrême. En 2025, près de 90 % de la population vit dans une situation de pauvreté extrême, soit avec moins de 1,90 $ par jour.

Alors que les prix des biens alimentaires se sont accrus de 470 % entre 2018 et 2023, 7 Cubains sur 10 affirment avoir déjà sauté un repas par manque de ressources alimentaires. Les chiffres s’aggravent chez les populations plus âgées, qui souffrent encore plus de la situation.

Accroissement du chômage

Les taux de chômage sont également significatifs. Si le taux de chômage en lui-même n’est pas énorme, environ 12 %, la situation semble empirer et les emplois manquent, notamment chez les jeunes. De fait, 72 % des chômeurs sont sans emploi depuis plus d’un an.

Les approvisionnements étant très limités, les commerces de proximité n’ont rien à proposer à leurs clients. C’est le cas des épiceries de quartier, mais c’est aussi le cas des pharmacies cubaines. Autrefois livrées plusieurs fois par mois, elles ne bénéficient désormais que d’une livraison par mois, au mieux. Alors que Cuba a été un haut lieu de la recherche et de la vente de médicaments, le secteur semble être désormais complètement à l’arrêt.

Le fléau des infrastructures vieillissantes

Les infrastructures cubaines sont aussi un problème majeur. À La Havane, les bâtiments tombent en ruines, directement sur la voie publique. Des habitants s’en sont sortis de justesse, alertés par leurs voisins, alors que leur immeuble s’effondrait. Ils n’ont pas tous eu cette chance.

Si le secteur du BTP s’est développé depuis l’ouverture du réseau des MIPYMES, les matières premières et l’argent manquent pour reconstruire. Un certain nombre de Cubains se retrouvent ainsi à la rue. Ils sont relogés dans des bâtiments de fortune, parfois même au sein de gymnases scolaires actifs.

Les Cubains sont aussi confrontés à de multiples pannes électriques et de réseau, généralisées, ces derniers mois. Ces épisodes mettent toute l’île à l’arrêt, alors que son fonctionnement est déjà suffisamment ralenti.

Quel avenir pour Cuba ?

Depuis les années 1960, Cuba a pu compter sur le soutien de certains de ses voisins et de l’aide internationale. Cependant, la solidarité internationale a tendance à s’affaiblir progressivement à l’égard de Cuba.

Un article de The Conversation établit trois scénarios possibles pour les futurs mois :

  • Cuba parvient à trouver un terrain d’entente avec les États-Unis de Trump. Sans aller jusqu’au rétablissement des relations diplomatiques entre les deux États, comme en 2015, ils pourraient parvenir à un accord mutuel, permettant à Cuba d’entrevoir le bout du tunnel. Cependant, cela passerait sûrement par un changement de gouvernement à Cuba, qui n’est pas prévu dans les prochains mois.
  • Le gouvernement de Diaz-Canel établit la loi martiale. Il renforcerait ainsi la mainmise, qu’il a déjà, sur l’économie. Le président l’a déjà sous-entendu dans certains discours. Ce choix pourrait impliquer un rationnement encore plus marqué de la population ainsi que la généralisation du marché noir.
  • Un pays tiers, ou la communauté internationale, intervient. Il s’agirait, dans ce cas, d’un affront direct à Trump, qui pourrait le bousculer dans sa politique et le faire changer d’avis.

 

Dans tous les cas, la situation relève de l’urgence vitale pour cette société, en grande détresse.

Conclusion

Finalement, la situation cubaine, tant économique que sociale, relève de l’urgence. Si les politiques américaines ont pu contribuer, depuis 1962, aux difficultés économiques de l’île, force est de constater que cette dernière présente aussi un certain nombre de failles structurelles.

La chute interminable de son économie implique des conséquences sociales dramatiques, sans parler du recul incessant des droits fondamentaux et des libertés, dans un des pays les moins bien classés du monde par Reporters sans Frontières. Une alternance de pouvoir, pourtant solution, semble donc hors de portée pour l’instant. Reste à savoir si le peuple cubain restera aussi docile pendant longtemps.