Pakistan

Le Pakistan est le deuxième pays musulman du monde par la démographie. Avec environ 230 millions de musulmans, il devance l’Inde et arrive juste derrière l’Indonésie. Le pays est tiraillé entre un pouvoir civil démocratiquement élu et une caste militaire qui demeure omniprésente. À cela s’ajoutent les fondamentalistes religieux qui compliquent encore plus le champ politique. L’ennemi juré du Pakistan demeure l’Inde. Quatre guerres majeures ont eu lieu entre les deux voisins : en 1948, 1965, 1971 et 1999.

L’imbroglio du Cachemire

Carte du conflit du Cachemire entre le Pakistan et l’Inde avec zones contestées
Carte du conflit du Cachemire montrant les zones contrôlées et contestées entre le Pakistan et l’Inde.

Le Cachemire est une région montagneuse partagée entre l’Inde, le Pakistan et la Chine, et marquée par la présence de groupes séparatistes. Suite à l’indépendance des Indes en 1947, le Cachemire, majoritairement musulman mais dirigé par un hindou, est alors scindé après la première guerre indo-pakistanaise. Le maharadjah hindou avait signé avec Nehru pour que le territoire soit sous contrôle indien, alors que 90 % de la population est pourtant musulmane. En vertu de cet accord, New Delhi continue de revendiquer l’ensemble du territoire comme lui appartenant.

En 1962, c’est la Chine et l’Inde qui s’affrontent militairement pour le Cachemire. L’Inde perd alors un quart du territoire, celui au Nord-Est. Si cette zone est en soi peu peuplée, elle revêt pour Pékin une importance stratégique, car elle permet de relier le Tibet au Xinjiang. Or, ces deux territoires sont éminemment politiques pour l’Empire du Milieu, qui y impose sa domination (avec l’accord d’Islamabad).

Les frontières du Cachemire sont donc devenues un lieu d’affrontements permanents entre Islamabad et New Delhi. Les échanges de tirs sont monnaie courante et attisent régulièrement les tensions. Cerise sur le gâteau, des groupes djihadistes basés au Pakistan mènent souvent des raids contre l’Inde, envenimant davantage la situation.

Le tournant Modi

Depuis son arrivée au pouvoir en Inde, Narendra Modi a mené une politique active dans la zone indienne du Cachemire. Alors que l’État bénéficiait d’une relative autonomie, il décide en 2019 d‘imposer l’autorité centrale de New Delhi. Son objectif est de modifier la démographie musulmane du territoire. Il estime en effet que si cette zone est habitée d’hindous, le Pakistan aurait beaucoup moins de légitimité à la réclamer.

De même, les séparatistes cachemiris, perdant le soutien populaire, seraient alors définitivement éparpillés et vaincus. Sauf que cette politique passe par une répression violente, qui s’est révélée contre-productive, au vu de la hausse des recrutements des mouvements séparatistes rebelles. De plus, cette répression est exploitée par les dirigeants pakistanais (et surtout l’armée) pour promouvoir leur rhétorique hostile à l’Inde tout en avançant leur agenda nationaliste.

Le Pakistan et l’Inde rejettent tous les deux l’organisation d’un éventuel référendum pour débloquer la situation. Les deux pays campent sur leurs positions, ce qui rend tout accord quasiment impossible. Sans solution pacifique, c’est le statu quo qui prime. Mais il n’est pas improbable qu’un affrontement militaire de haute intensité entre les deux voisins vienne modifier les frontières établies. Sauf que New Delhi et Islamabad détiennent tous les deux la bombe nucléaire. Il suffit donc d’un petit dérapage pour que l’apocalypse s’abatte sur la région.

Notons au passage que l’Inde et le Pakistan font partie des très rares pays à ne pas avoir signé le Traité sur la non-prolifération nucléaire (TNP).

L’instabilité politique au Pakistan

Le terrorisme est l’un des principaux facteurs expliquant l’instabilité du Pakistan. L’année 2025 a justement été une des années les plus meurtrières depuis longtemps. Le pays a même dépassé la Syrie et le Mali et est devenu le deuxième pays le plus touché par le terrorisme, derrière le Burkina Faso.

Le bilan est glaçant : environ 3 500 morts. Les groupes talibans figurent parmi les principaux terroristes. Le retrait chaotique des Américains en 2021 leur a offert un second souffle. De plus, ils ont su bénéficier du matériel abandonné dans la précipitation par les GI pour mener des raids. Face à ce fléau, Islamabad a été contrainte de fermer sa frontière avec son voisin. Elle a aussi mené des frappes militaires visant les groupes terroristes. Celles-ci ont attisé les tensions entre les deux pays qui se renvoient mutuellement la patate chaude.

Gangréné par la violence, le Pakistan souffre aussi d’un déficit démocratique. L’hégémonie des militaires et leur emprise empêchent toute bouffée d’air démocratique. Elle plombe aussi tout relèvement économique. On a pu le voir en 2025 avec le vote du Parlement pakistanais visant à conférer au maréchal Asim Munir des pouvoirs considérables ainsi qu’une immunité à vie. Ce dernier n’est ni plus ni moins que le chef de l’armée pakistanaise. L’opposition n’a pas tardé à dénoncer un coup d’État qui mine les instances civiles et juridiques.

De plus, l’amendement voté par le Parlement accorde aussi l’immunité au Président. Celui-ci est pourtant englué dans des affaires de corruption. Le pouvoir militaire a exploité sa « victoire » contre l’Inde pour accroître sa présence et asseoir son autorité. D’autant plus que le maréchal a été accueilli à deux reprises par Donald Trump, renforçant son image et celle du Pakistan à l’international.

Imran Khan, l’ancien Premier ministre désormais déchu

Déjà, les instances juridiques marchaient sur un fil depuis le feuilleton judiciaire d’Imran Khan, ancien Premier ministre pakistanais (2018-2022) et ex-capitaine de l’équipe nationale de cricket, arrêté en 2023. Encore populaire, son arrestation a désarçonné l’opposition, privée de son chef charismatique.

Il avait notamment démis Asim Munir de ses fonctions en 2019. Fin 2025, la justice condamne Imran Khan et son épouse à 17 ans de prison pour des cadeaux reçus durant la primature 2018-2022. De plus, certaines associations pointent du doigt une éventuelle torture de l’ex-Premier ministre et ennemi numéro un de la junte militaire dans le cadre de son incarcération.

Pakistan vs Inde : une rivalité permanente

Le schisme de 1947

En un demi-siècle, l’Inde et le Pakistan se sont affrontés à quatre reprises (1948, 1965, 1971, 1999). Pourtant, les deux territoires ne formaient qu’un lorsqu’ils étaient sous emprise britannique. La séparation s’est faite sur des critères religieux, principalement entre hindous et musulmans. Ce schisme a engendré un exode massif et brutal, entraînant des millions de déplacés et des centaines de milliers de morts. Mais le problème n’apparaît pas soudainement en 1947. Les tensions religieuses étaient présentes bien avant, sauf que la présence d’un ennemi commun, le Royaume-Uni, et le pacifisme de certaines personnalités, comme Gandhi, cachaient cette réalité.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, le processus d’indépendance se fait de plus en plus imminent. Une opposition se noue alors progressivement entre le Parti du Congrès (parti principal) et la Ligue musulmane. Là où le Parti du Congrès, dirigé par J. Nehru, réclamait l’indépendance pour l’ensemble des Indes, avec en ligne de mire le projet d’un État unifié, la Ligue musulmane réclamait un territoire distinct pour les musulmans (1/4 de la population). Cette dernière craignait en effet une dilution de la religion et de la culture musulmane dans un ensemble dominé par les hindous.

La partition qui en résulte est tout sauf naturelle. En effet, le Pakistan est coupé en deux : le Pakistan occidental (actuel Pakistan) et le Pakistan oriental (devenu Bangladesh en 1971). Le soutien de l’Inde au Pakistan oriental en 1971 est justement à l’origine de la troisième guerre indo-pakistanaise.

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Récentes confrontations militaires entre l’Inde et le Pakistan

En 2025, les deux pays se sont de nouveau affrontés militairement et ont failli basculer dans une guerre frontale. Tout s’emballe en avril : les hostilités s’emmanchent après un attentat au Cachemire indien, dans le Jammu-et-Cachemire. En réponse, l’Inde a bombardé le Cachemire ainsi que le Pendjab pakistanais, en se justifiant par l’implantation des terroristes du côté pakistanais.

Une bataille aérienne (drones, missiles…) opposa alors les deux pays, Islamabad se targuant notamment d’avoir abattu cinq avions indiens, dont des Rafale. Un accord de cessez-le-feu a finalement été signé le 10 mai 2025. 70 personnes auraient péri de ces affrontements. Donald Trump avait d’ailleurs annoncé qu’il était à l’origine du cessez-le-feu entre les deux puissances nucléaires. Mais ses propos ont été démentis par l’Inde, ce qui n’empêche pas le milliardaire américain, salué par Islamabad, de les répéter.

Déjà, un événement similaire avait eu lieu en 2019 suite à un attentat suicide dans le Cachemire indien, tuant 41 paramilitaires, et revendiqué par un groupe terroriste pakistanais. S’ensuivent une intervention militaire sur des camps militaires pakistanais et une riposte d’Islamabad. L’affrontement se poursuit également sur le plan culturel. New Delhi a banni tous les acteurs ou producteurs pakistanais de Bollywood. De leur côté, les Pakistanais interdisent l’entrée des films indiens sur leur territoire.

Rivalité hydrique

Au-delà des enjeux territoriaux, la question hydrique envenime davantage les relations entre les pays. Les frictions portent sur l’Indus, dont dépendent énormément les systèmes d’irrigation du Pakistan. Depuis 1960, un traité supervisé par les États-Unis partage les eaux de l’Indus entre les deux voisins du sous-continent indien.

L’application de ce traité favorisant légèrement le Pakistan a longtemps été respectée par les deux parties. Sauf que les barrages hydroélectriques lancés par l’Inde sur l’Indus représentent une menace existentielle pour le Pakistan, en particulier le Pendjab. La réponse pakistanaise a été très ferme, affirmant que tout acte visant à réduire le débit à destination du Pakistan serait considéré comme un acte de guerre.

Il y a eu quelques moments de détente entre les deux pays. Par exemple, lors de son investiture, Narendra Modi a été le premier dirigeant indien à inviter son homologue pakistanais à son investiture.

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Chine-Pakistan, une alliance de circonstance ?

Les conflits entre l’Inde et le Pakistan, d’une part, et la Chine et l’Inde, d’autre part, justifient l’alliance stratégique entre Islamabad et Pékin. À la suite de la guerre sino-indienne de 1962, le Pakistan cède même à la Chine la vallée de Shaksgam, accentuant la pression sur l’Inde.

Sur le plan militaire, le Pakistan dépend énormément de la Chine. Côté chinois, le Pakistan représente un allié utile et une vitrine militaire, puisqu’il lui octroie un accès sur l’Océan indien et lui permet de tester ses armes. Ainsi, lors de l’affrontement de quatre jours entre l’Inde et le Pakistan en 2025, les chasseurs chinois J-10 ont permis d’abattre cinq avions indiens. Aujourd’hui, plus de 80 % de l’armement pakistanais provient de Chine. Les Américains qui avaient l’habitude de fournir Islamabad ont drastiquement diminué leurs fournitures. Ils estiment en effet que le Pakistan n’en fait pas assez dans la lutte contre le terrorisme.

Il est vrai que le partenariat sino-pakistanais repose d’abord sur la haine de l’Inde. Mais l’alliance entre la Chine et le Pakistan demeure pour autant une alliance solide. Le Pakistan est d’ailleurs le seul voisin de la Chine à n’avoir jamais eu de différend frontalier rédhibitoire avec Pékin. Sans grande surprise, la Chine est aussi le premier partenaire commercial d’Islamabad. Les Pakistanais ont immédiatement rejoint le projet des nouvelles routes de la soie en 2013, en lançant des projets colossaux pour construire des autoroutes, des chemins de fer, des pipelines, etc. Ne pouvant vraiment passer par l’Inde, le Pakistan est donc un territoire stratégique pour le projet phare de Xi Jinping.

L’Afghanistan, une épine dans le pied d’Islamabad

L’Afghanistan est un pays en désordre depuis la deuxième moitié des années 1970. En 1978, les communistes prennent le pouvoir, provoquant la révolte des religieux (moudjahidines). L’URSS intervient militairement en 1979. Commence alors une guerre qui dura dix ans. Celle-ci précipita notamment la chute de l’URSS et conduisit à l’arrivée des talibans au pouvoir. Le Pakistan, quant à lui, soutient ces talibans dès les années 1970, dans une volonté d’affaiblir Kaboul.

Les attentats du 11 septembre 2001 changent brutalement la donne. Islamabad s’engage alors avec les États-Unis contre les talibans et reçoit pour cela de considérables subventions américaines, car le territoire est hautement stratégique dans la guerre contre al-Qaïda. Sauf qu’au fil des ans, divers rapports attestent de la collusion entre Islamabad et talibans, provoquant l’ire de Washington, notamment d’Obama. Richard Holbrooke évoque même le concept Afpak en 2008 pour désigner cette collusion entre services secrets pakistanais et talibans. Les États-Unis opèrent alors à ce moment un repositionnement vers l’Inde, jugée plus stable et bien plus solide.

À l’été 2021, Islamabad a été parmi les rares capitales à officiellement saluer le retour des talibans. Mais lorsque les terroristes libérés par les talibans se sont mis à s’attaquer au Pakistan, les relations se sont vite refroidies. Les Pakistanais sont furieux de l’incapacité des Afghans à maîtriser leurs terroristes et doutent du volontarisme des talibans à ce sujet. Cerise sur le gâteau, l’Inde s’est rapprochée de l’Afghanistan, dans une volonté manifeste de contrer Islamabad sur un autre front.

Fin février 2026, la situation se dégrade rapidement après des tirs échangés entre les armées pakistanaise et talibane. Ces affrontements ont mené à une guerre quasi ouverte entre les deux capitales. Islamabad a même bombardé des cibles stratégiques à Kaboul.

Conclusion

Le Pakistan apparaît ainsi comme un État clé d’Asie du Sud, pris dans un enchevêtrement de tensions internes et externes. Entre rivalité persistante avec l’Inde, instabilité politique marquée par le poids de l’armée, menace terroriste et jeux d’alliances avec la Chine et les États-Unis, le pays demeure un acteur stratégique mais fragile, y compris économiquement.

Comprendre le Pakistan, c’est donc saisir les dynamiques profondes qui structurent l’équilibre régional et influencent durablement la géopolitique asiatique.

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