Algérie

L’Algérie est un État de 2,3 millions de km² et peuplé d’environ 48 millions d’habitants. C’est le plus grand pays d’Afrique. En 2019, l’Algérie a été secouée par le mouvement du Hirak, avant de recouvrer une certaine stabilité politique sous la présidence d’Abdelmadjid Tebboune, malgré une grogne sociale.

Une colonisation difficile

Au XIXe siècle, l’Algérie était plus exactement la « Régence d’Alger ». C’était un territoire compris dans l’Empire ottoman depuis 1516. Il avait toutefois une large autonomie. Le dey d’Alger est à la tête de la Régence.

En 1827, lors d’une discussion sur des dettes non payées par la France et un manquement de celle-ci à ses engagements, le dey d’Alger inflige le célèbre « coup d’éventail » au consul de France. Ce geste est considéré à Paris comme un affront majeur. Charles X y voit un casus belli.

Face à l’absence d’excuses des Algériens, la marine française assiège alors Alger. En 1830, la France décide de conquérir l’Algérie. Sauf que la tâche est beaucoup plus ardue et coûteuse que prévu. La guerre de conquête, très violente, dure alors 17 ans. D’après certaines estimations, près d’un tiers de la population algérienne aura perdu la vie suite à la guerre de colonisation (famines imposées, massacres…).

L’armée française fait notamment face à la résistance héroïque d’Abdelkader.

L’Algérie française

Dès les débuts de la colonisation, de nombreux Européens migrent en Algérie, principalement des Français et des Espagnols. Ce sont les « pieds-noirs ». En 1834, les habitants d’Algérie deviennent des sujets français. À l’abdication d’Abdelkader en 1847, les provinces algériennes deviennent alors les départements français d’Algérie.

En 1870, les départements algériens sont officiellement considérés comme faisant partie intégrante de la (nouvelle) République française, et la citoyenneté française est accordée aux 37 000 juifs présents en Algérie. Les musulmans, majoritaires, n’ont quant à eux pas droit à ce privilège. Leur statut est officiellement celui d’indigènes.

L’intérêt économique et agricole de l’Algérie pour la France se fait soudainement remarquer lors des années 1880. À cette période, les vignobles français sont ravagés par la crise du phylloxéra. Une véritable hécatombe pour la viticulture française. Sauf que les vignobles algériens sont épargnés par la crise. L’interdiction d’y produire du vin, qui existait par protectionnisme, est alors levée. Les progrès agricoles créent ainsi un essor économique, mais qui bénéficie uniquement aux zones de grande présence française. Cet essor ne dure toutefois pas très longtemps, puisque la technique de greffage sur plants américaine permit aux Français de relancer leur viticulture.

En outre, les habitants d’Algérie sont mobilisés lors des deux guerres mondiales. Sous le régime de Vichy, la législation antisémite est même plus stricte qu’en métropole.

La guerre d’Algérie

Chemin vers l’indépendance

En 1927 se forme à Paris « l’Étoile nord-africaine ». C’est le premier mouvement organisé à revendiquer l’indépendance de l’Algérie ainsi que celle des autres pays du Maghreb. Mais les autorités françaises surveillent de près ceux qu’elles considèrent être des fauteurs de troubles. L’Étoile nord-africaine est ainsi dissoute. Des personnalités comme l’émir Kader, petit fils d’Abdelkader, sont exilées. Les autres sont surveillées de près.

En 1936, le gouvernement du Front Populaire présente le projet « Blum-Violette ». Celui-ci prévoit d’étendre la nationalité et les droits civiques (dont le vote) à près de 25 000 « indigènes », principalement des héros de la Grande Guerre et des hommes considérés comme loyaux à la République. Ce projet est assez bien accueilli par les musulmans d’Algérie, dont Ferhat Abbas, mais est par contre violemment combattu par les pieds-noirs et les colons. Les Français d’Algérie considèrent que l’octroi du droit de vote aux indigènes est un danger pour la souveraineté de la France – et leurs intérêts. Pour eux, l’élection d’un maire musulman en Algérie est inacceptable.

En 1944, Charles de Gaulle installe le siège du Gouvernement provisoire de la République française (GPRF) à Alger. Le général octroie alors la nationalité à des dizaines de milliers de musulmans.

Le lendemain de la Seconde Guerre mondiale

Les aspirations du peuple algérien sont grandes au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Il y a la conscience d’un élan décolonial dans le monde entier. Divers éléments vont dans ce sens : Charte de l’Atlantique et création de l’ONU, soutien des États-Unis et de l’URSS, création de la Ligue Arabe (1945), etc. À Alger, le mouvement nationaliste s’organise. Messali Hadj, Ferhat Abbas et Chérif Saâdane font partie des principales figures.

Mais le 8 mai 1945, la France réprime dans le sang les émeutes de Sétif (initialement pacifiques). Le lendemain, Ferhat Abbas et Chérif Saâdane sont arrêtés. C’est un tournant qui va choquer et galvaniser l’opinion publique algérienne.

L’indépendance

Le 1er novembre 1954, le Front de libération nationale (FLN) lance les hostilités lors de la Toussaint Rouge. C’est le début d’une série d’attentats et de la guerre pour l’indépendance.

Le FLN mène une guérilla urbaine visant à dérouter l’Armée française. Poussée dans ses retranchements, celle-ci doit apporter des renforts et organise des arrestations massives. Elle arrête, exile ou exécute des dirigeants du FLN, comme Larbi Ben M’hidi et Yacef Saâdi. L’Armée française fait notamment usage de la torture pour soutirer des informations sur le FLN.

En 1957 a lieu la bataille d’Alger. Elle a causé au moins mille morts. Si l’armée française, menée par Jacques Massu, en sort victorieuse, l’usage de la torture et les exécutions massives en font une défaite morale et politique. La pression interne et internationale sur la France est alors à son paroxysme.

La IVe République, fragilisée par le conflit, connaît ses derniers soubresauts. Le retour de De Gaulle au pouvoir, la signature des Accords d’Évian le 18 mars 1962 et l’organisation du référendum d’indépendance en 1962 permettent enfin à l’Algérie d’obtenir son indépendance. La majorité des pieds-noirs rentrent en France. L’Algérie, elle, peut commencer à construire son État moderne.

La seconde moitié du XXe siècle

Les débuts de l’État algérien

Les débuts de l’État d’Algérie ne sont pas faciles. Ferhat Abbas, élu à la présidence de l’Assemblée constituante, s’oppose au tournant socialiste et pro-URSS du FLN. Il s’oppose surtout à sa politique du parti unique. Il démissionne et finit en prison un peu plus tard. Après divers conflits politiques internes (en réalité une quasi-guerre civile), Ahmed Ben Bella, prisonnier de la France jusqu’en 1962, est désigné premier président de l’Algérie en 1963 avec le soutien de l’armée.

En 1965, le colonel Boumédiène organise un coup d’État et devient président. Le FLN demeure ensuite le parti unique jusqu’aux années 1990.

En une vingtaine d’années, la population algérienne double et l’économie, socialiste, se redresse. La nationalisation du gaz et du pétrole permet d’entraîner une grande industrialisation du pays. Le pouvoir organise par ailleurs une grande politique d’arabisation, même si l’usage du français persiste.

Une diplomatie internationale

La diplomatie algérienne connaît de grands succès durant cette période. Le FLN, auréolé par sa victoire politique lors de la guerre d’indépendance, bénéficie d’une aura particulière dans le tiers-monde. Alger soutient aussi Yasser Arafat et la Palestine, et joue souvent le rôle d’intermédiaire lors de crises internationales.

Ce fut le cas, par exemple, entre le Vietnam et les États-Unis, ou encore lors de la prise d’otages américains à Téhéran. Alger s’implique également contre l’apartheid en Afrique du Sud. À sa libération, Nelson Mandela se rend sans attendre à Alger, renforçant le poids et le respect de l’Algérie en Afrique.

La Guerre civile : la décennie noire

Les années 1970 voient la construction d’un grand nombre de mosquées. Il en découle une infiltration progressive de diverses thèses islamistes en provenance du Moyen-Orient. La relative démocratisation de l’Algérie dans les années 1980 ainsi que les émeutes de 1988 poussent le pouvoir à révoquer le système du parti unique. Le Front islamique du salut (FIS) profite alors de cette brèche pour s’imposer lors des élections municipales de 1990. Le contexte international (Guerre du Golfe) joue en sa faveur.

1991 est l’année du basculement. Lors du premier tour des élections législatives, le FIS est vainqueur et devrait récolter une écrasante majorité en matière de sièges à l’Assemblée. Se sentant en danger, l’armée décide alors de suspendre le second tour des élections. Elle arrête ensuite les militants et dirigeants du FIS. Les islamistes proclament alors le début du Djihad. C’est le lancement de la guerre civile.

Les années 1990 deviennent alors la « décennie noire ». Les groupes armés d’islamistes qui se sont formés s’attaquent à l’État algérien puis aux civils, en particulier dans les zones rurales. Ils massacrent des villages entiers. Au total, des dizaines de milliers de personnes perdent la vie dans cette guerre civile.

La situation s’achève finalement avec la victoire militaire de l’armée algérienne, et surtout avec l’élection en 1999 d’Abdelaziz Bouteflika, qui s’accompagne d’une grande loi d’amnistie permettant un retour au calme et une réconciliation nationale.

Focus : les mécanismes dirigistes de l’économie algérienne

L’économie algérienne s’est construite sur un dirigisme hérité de l’indépendance, où l’État s’est imposé comme acteur central, notamment à travers la nationalisation des hydrocarbures et le rôle structurant de grandes entreprises publiques. Ce modèle, fondé sur la redistribution de la rente pétrolière et gazière, a permis de financer l’industrialisation, les politiques sociales et la stabilité politique, mais a aussi créé une forte dépendance aux revenus énergétiques. Cela est d’autant plus vrai que les revenus du pétrole et du gaz ont longtemps servi à acheter la paix sociale sur le pan intérieur.

Depuis les années 1990, et plus encore dans les années 2000, des tentatives d’ouverture et de libéralisation ont été engagées, sans pour autant remettre en cause le poids dominant de l’État. L’économie algérienne fonctionne ainsi aujourd’hui dans un équilibre hybride, entre intervention publique persistante et ajustements progressifs vers davantage de diversification, dans un contexte marqué par la volatilité des prix des hydrocarbures et les exigences de transformation structurelle.

Le tourisme illustre ce paradigme. Malgré un potentiel important, le secteur demeure peu développé, en partie en raison d’un cadre administratif contraignant, d’un manque d’investissements privés et d’une ouverture encore limitée. Cette politique oppose l’Algérie à ses voisins marocain et tunisien pour qui le tourisme est un secteur économique développé et vital.

De même, la politique d’importations a souvent été encadrée, voire restreinte, dans une logique de protection de la production nationale et de préservation des réserves de change. Si cela a permis de limiter certains déséquilibres extérieurs, cela a aussi contribué à maintenir une économie relativement peu diversifiée et dépendante des hydrocarbures.

Le Hirak en Algérie : symbole des limites de la méthode algérienne

En 2013, le président Abdelaziz Bouteflika, élu en 1999 (de manière controversée), est victime d’un sérieux AVC qui l’affaiblit durablement. Sa mobilité s’en trouve grandement réduite. Son inaptitude à gouverner pose des questions. Sans véritable dirigeant, le pays s’enfonce lentement dans les affres de la corruption et des affaires.

Lorsque Bouteflika annonce sa candidature pour un cinquième mandat, c’est alors la goutte de trop. Les Algériens sortent en masse dans la rue dans le cadre des manifestations du Hirak. Elles persistent plusieurs semaines, avant de progressivement s’essouffler. La pression de la rue pousse alors le président, lâché par l’armée, à démissionner. Le régime refuse pour autant une transition ou une nouvelle République, comme le demandaient certains manifestants.

Une élection présidentielle a alors lieu fin 2019. Abdelmadjid Tebboune en sort victorieux dès le premier tour, dans un contexte de boycott massif. Le nouveau président initie sans tarder une révision constitutionnelle, approuvée par référendum, mais avec 23 % de participation. Si elle reprend certaines revendications du Hirak, elle renforce paradoxalement le pouvoir de l’armée et ne remet pas en cause le régime hyper-présidentiel. La crise de la Covid ainsi qu’une reprise de la répression permettent au pouvoir d’affaiblir considérablement le mouvement du Hirak.

La rivalité entre le Maroc et l’Algérie

Une rivalité historique

Durant la guerre d’Algérie, les rapports sont bons entre les deux voisins. Le Maroc a notamment aidé les maquisards algériens et soutenu militairement le FLN aux côtés de la Tunisie, de l’Égypte et de Cuba.

Tout bascule en 1963 avec la Guerre des Sables. L’indépendance de l’Algérie et du Maroc n’a pas permis de définir clairement le tracé des frontières séparant les deux pays. Argumentant qu’une partie du territoire algérien appartenait au Maroc avant la colonisation franco-espagnole, Rabat exige de revoir le tracé des frontières. Ferhat Abbas aurait même promis au roi Mohamed V une sorte de renégociation. Face au refus de Ben Bella qui a depuis évincé Ferhat Abbas, le Maroc durcit le ton. Divers accrochages et affrontements ont lieu à la frontière.

Profitant de l’affaiblissement de l’Algérie, tout juste sortie d’une sanglante guerre d’indépendance et plutôt habituée à des guérillas, le jeune roi Hassan II ordonne alors de franchir la frontière algérienne pour s’emparer de Tindouf et parvient à prendre l’ascendant militaire. Le conflit prend fin grâce à une intervention décisive de l’OUA, en particulier du Mali et de l’Éthiopie, permettant la mise en place d’un cessez-le-feu. L’OUA parvient ensuite à mettre en place une zone démilitarisée, ce que Rabat et Alger acceptent, marquant la fin du conflit.

Malgré le cessez-le-feu, les esprits sont chauffés à blanc. Sur le plan diplomatique, l’Algérie prend l’ascendant sur le Maroc. Elle bénéficie d’une aura internationale grâce à sa guerre contre la France et d’un prestige prononcé dans le tiers-monde, notamment dans le monde socialiste. De plus, ses ressources en hydrocarbures renforcent son rôle géopolitique. Le poids d’Alger au sein de l’OUA est par ailleurs considérable, alors que Hassan II se soucie plus de ses liens avec les pays européens et les États-Unis que ceux avec ses voisins africains.

Le Sahara occidental, principal sujet de friction entre Alger et Rabat

Suite au coup d’État de Boumédiène, les relations s’améliorent entre les deux pays. Le président algérien se rend à Ifrane au Maroc en 1969, et les deux pays ont même failli signer un accord qui aurait pu être historique : le Maroc cessait de revendiquer les territoires algériens et, en échange, il recevrait le soutien tacite d’Alger pour réclamer le Sahara occidental, alors occupé par l’Espagne.

Le 6 novembre 1975, le roi Hassan II organise la « Marche Verte » pour récupérer le Sahara occidental. Le Front Polisario, une organisation sahraouie qui rêve d’un État indépendant, se rapproche alors de l’Algérie qui décide de le soutenir financièrement et militairement. Commence alors une guerre par procuration entre le Maroc et l’Algérie. Celle-ci dure jusqu’au cessez-le-feu de 1991. Le bilan humain et matériel est très lourd, notamment pour le Maroc qui ne dispose pas des revenus du pétrole comme son voisin. Le Maroc construit notamment un mur fortifié qui sanctuarise 80 % du Sahara.

En 1991, l’ONU envoie une mission de surveillance du cessez-le-feu : c’est la Minurso (Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental).

En 1993, un attentat commis contre des touristes à Marrakech par des islamistes français d’origine algérienne pousse le Maroc à imposer des visas aux ressortissants algériens. L’Algérie, alors embourbée dans une guerre civile contre les islamistes, riposte en fermant sa frontière avec le voisin.

La diplomatie algérienne, entre rapports de force favorables et difficultés

La diplomatie algérienne, historiquement liée aux causes anti-impérialistes, repose sur une alliance étroite avec la Russie, et, de plus en plus, avec la Chine.

Les relations franco-algériennes

Les relations avec la France sont, quant à elles, très compliquées. Le souvenir de la guerre d’Algérie demeure vivace. Alger considère que l’ancienne puissance coloniale ne s’est jamais véritablement excusée ni repentie pour ses crimes de guerre. Les questions mémorielles enveniment donc forcément la relation entre les deux pays.

À cela s’ajoutent des problématiques plus récentes. Les passes d’armes par rapport aux expulsions d’Algériens sous OQTF provoquent des tensions. L’offensive de Bruno Retailleau contre l’Algérie lors de son passage place Beauvau a frustré les autorités algériennes. Celles-ci considèrent que la France s’acharne sur elles, alors que le Maroc et la Tunisie ont pourtant les mêmes taux d’exécution des OQTF (moins de 5 %). Récemment, l’emprisonnement de l’écrivain Boualem Sansal par Alger a davantage compliqué la donne.

Mais le gros sujet qui fâche côté algérien est évidemment le revirement de la France pour reconnaître la marocanité du Sahara occidental. Il s’agissait pour Alger d’une ligne rouge. Or, celle-ci a été franchie par Emmanuel Macron en 2024 et entérinée lors de sa visite d’État à Rabat, en 2025. Ce revirement est une défaite pour la diplomatie algérienne, qui vient après celui de l’Espagne et des États-Unis (entre autres), et plus récemment de l’ONU et de l’UE.

Le Maroc a en effet mené sous le règne de Mohamed VI une offensive diplomatique sans précédent, y compris en Afrique (retour dans l’UA en 2017), ce qui a isolé la position de l’Algérie et du Polisario sur la scène internationale. L’Algérie a d’ailleurs rompu les relations diplomatiques avec son frère ennemi en 2021, suite à la normalisation marocaine avec Israël et au soutien de l’ambassadeur du Maroc à l’ONU à la sécession de la Kabylie.

L’Algérie au Sahel

Le pays des Fennecs a longtemps considéré le Sahel comme son arrière-cour. Sauf que les coups d’État qui ont marqué cette région au tournant des années 2020 ont changé la donne. Le régime algérien était réputé proche des dirigeants qui ont été renversés. Au Niger, Alger a même soutenu le président renversé, Mohamed Bazoum.

La sérieuse brouille entre l’Algérie et le Mali a précipité les choses. Alger a condamné les dépassements de drones maliens au-delà de sa frontière et a fini par en abattre un, provoquant l’ire de Bamako. Le Niger et le Burkina Faso s’étant montrés solidaires de leur voisin malien, la brouille s’est donc élargie à tout le Sahel. À l’ONU, Bamako a même accusé son grand voisin d’abriter des bases arrière de terroristes.

Face à ce défi diplomatique, couplé au nouvel activisme marocain dans cette zone de l’Afrique, l’Algérie a donc mis les bouchées doubles pour parvenir à une réconciliation et à une reprise des relations. Ce fut le cas avec la visite du dirigeant du Niger en Algérie, en février 2026, mettant fin à une « période inhabituelle, marquée par une certaine froideur ». Les deux pays ont notamment manifesté leur volonté d’avancer sur le projet de gazoduc transsaharien. Sa mise en œuvre avait accusé de nombreux retards. Un réchauffement des relations a également eu lieu avec le Burkina Faso. Reste donc l’épineux dossier du Mali.

Le grand moment algéro-italien

L’arrivée de Giorgia Meloni au pouvoir en Italie, qui plus est en pleine guerre en Ukraine, a bouleversé les relations entre Rome et Alger. La présidente du conseil italien a déjà effectué deux visites d’État à Alger en quelques années. Meloni et Abdelmadjid Tebboune ont notamment noué une amitié personnelle, scellant une coopération sans précédent. Meloni a même invité l’Algérie au G7 de 2024.

S’il y a un domaine où cette coopération est très forte, c’est l’énergie. Alors que l’Italie est fragilisée par la guerre en Ukraine et ses conséquences énergétiques, les deux champions des hydrocarbures, ENI pour l’Italie (et dont le fondateur avait soutenu l’indépendance algérienne) et Sonatrach pour l’Algérie, ont noué une forte collaboration sous l’impulsion des dirigeants des deux pays. La botte italienne, privée du gaz russe, peut donc s’approvisionner avec Alger. Une aubaine aussi pour les Algériens, au moment où les relations se crispent avec Paris et Madrid. L’Italie est même aujourd’hui le premier importateur de gaz algérien.

La coopération entre les deux pays s’étend aussi à l’agriculture, à la sécurité et à la lutte contre l’immigration illégale. Pour l’Italie, cette amitié avec Alger est également une porte d’entrée idéale vers l’Afrique. C’est même devenu un outil du soft power italien. Rome profite notamment du fait qu’elle n’a pas le fardeau colonisateur ou néocolonial de la France ou de l’Angleterre.

Géopolitique de l’Algérie : conclusion

À la croisée des héritages historiques et des recompositions contemporaines, l’Algérie demeure un acteur incontournable de son environnement régional. Marquée par une trajectoire singulière, entre lutte pour l’indépendance, centralisation du pouvoir et défis de transformation, elle cherche aujourd’hui à redéfinir ses équilibres internes et externes.

Entre rivalités persistantes, notamment avec le Maroc, repositionnement diplomatique en Afrique et en Méditerranée, et dépendance économique aux hydrocarbures, le pays avance dans une logique d’adaptation plus que de rupture.

L’Algérie incarne ainsi une puissance aux atouts réels mais aux marges de manœuvre contraintes, dont l’évolution future dépendra de sa capacité à concilier stabilité politique et diversification économique.

 

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