En 2025, le Honduras offre un miroir grossissant des profondes recompositions politiques à l’œuvre en Amérique Latine. Après l’Argentine, le Chili et le Pérou, le pays bascule à son tour à droite, révélant une lassitude croissante des électorats face aux gouvernements de gauche et une priorité désormais accordée à l’ordre, à la sécurité et à la stabilité économique. Ce scrutin illustre aussi le rôle croissant des ingérences de Donald Trump, dont les prises de position et les pressions ont contribué à fragiliser les processus électoraux de plusieurs pays étrangers. Loin d’être un cas isolé, le Honduras s’inscrit ainsi dans une dynamique régionale majeure pouvant constituer un sujet de concours. Bonne lecture !
Quel bilan pour Xiomara Castro ?
Xiomara Castro est devenue la première femme présidente du Honduras le 27 janvier 2022. (Je te laisse d’ailleurs lire cet article qui étudie les différentes figures féminines influentes du monde hispanique.) Elle est aussi l’épouse de l’ancien président Manuel Zelaya, renversé par un coup d’État militaire soutenu par le patronat et le parti National en 2009. Tu peux en apprendre plus en cliquant ici .
Son élection marque une rupture politique majeure en mettant fin au bipartisme traditionnel entre le parti National et le parti Libéral. Elle l’emporte avec son parti, LIBRE, de gauche, avec 53,4% des voix, en annonçant sa volonté de construire un « Etat socialiste et démocratique ». Castro succède à Juan Orlando Hernández (Parti National, conservateur). Elle a d’ailleurs ordonné l’extradition de celui-ci vers les États-Unis afin que la justice américaine le juge d’avoir transformé son pays en “narco-Etat“. Il a été condamné à 45 ans de prison en 2024.
Ses principales actions pendant son mandat (2022-2026) :
- Sur le plan social, elle a augmenté les budgets de la santé et de l’éducation. Aussi, alors que près de 75% de la population vit sous le seuil de pauvreté, elle a rendu l’électricité gratuite pour 1,3 million de foyers pauvres. Elle a également soutenu les agriculteurs grâce à une réforme agraire. Celle-ci facilite l’accès aux crédits et à la terre. Enfin, l’avortement restant interdit, elle autorise en 2023 la pilule contraceptive d’urgence.
- La sécurité demeure un défi majeur. Les gangs, appelés maras, contrôlent certaines zones. Le pays enregistre 31 homicides pour 100 000 habitants en 2021 atteignant même 85,5 en 2016, un record. Par conséquent, elle décrète l’état d’urgence en 2022, réduisant les homicides d’environ 25%. Elle suscite toutefois des critiques liées aux abus et à la militarisation prolongée sans vote parlementaire. Ces méthodes se rapprochent de celles du Salvador ou de l’Equateur : tu peux en apprendre plus ici.
- Dans la lutte contre la corruption, elle signe en 2022 un protocole avec l’ONU. Ce texte prépare le déploiement de la commission anti-corruption des nations unies, le CICIH.
- Elle agit aussi pour l’environnement. Elle interdit l’exploitation minière à ciel ouvert et lance un programme de reforestation.
- Enfin, sur le plan international, elle se rapproche de la gauche latino-américaine, notamment Cuba et le Venezuela. Ses opposants dénoncent une dérive communiste. En 2023, le Honduras rompt avec Taïwan et reconnaît la République populaire de Chine. Elle adopte une position neutre dans le conflit russo-ukrainien. Cependant, les États-Unis restent le principal partenaire du pays et les remesas, provenant en masse des États-Unis, représentent 26% du PIB hondurien.
Les élections générales de 2025 : des élections serrées et une légitimité fragilisée
Le fonctionnement des élections générales au Honduras :
Les Honduriens âgés de plus de 21 ans se sont rendus aux urnes le 30 novembre 2025. Les élections générales prévoient d’élire le président de la République, les députés du Congrès national, les représentants au Parlement centraméricain ainsi que les autorités municipales. Au Honduras, le vote est obligatoire mais aucune sanction ne s’applique en cas d’abstention. Seuls 51,54% des électeurs ont participé au scrutin, ce qui témoigne d’une défiance politique.
Le président de la République est élu au scrutin uninominal majoritaire à un seul tour pour un mandat de quatre ans. Bien que la Constitution interdit la réélection présidentielle, en 2015, la Cour suprême supprime toute limite au nombre de mandat. Cette décision fragilise durablement l’équilibre institutionnel et la confiance du peuple hondurien.
Le Congrès national compte 128 députés élus pour quatre ans également. Leur répartition dépend de la population de chacune des dix-huit circonscriptions.
Candidats et résultats :
Après des élections primaires organisées le 9 mars 2025 dans les principaux partis, voici les principaux candidats et leur résultat :
- Nasry Asfura, Parti National (conservateur, droite) : 40,26%
- Salvador Nasralla, Parti Libéral (centre-droite) : 39,55%
- Rixi Moncada, Parti LIBRE (gauche) : 19,19%
Le Conseil National Électoral (CNE) a proclamé la victoire de Nasry Asfura le 24 décembre 2025. Ce délai de vingt-cinq jours s’explique par l’écart très réduit entre les deux premiers candidats ainsi que par des incohérences dans plusieurs bureaux de vote. Sous la pression des observateurs de l’Union Européenne et de l’Organisation des Etats Américains, le CNE a ordonné un recomptage dans 15% des bureaux concernés.
Le Parti Libéral dénonce une fraude électorale et réclame un recomptage plus large. Le Parti National formule également une fraude électorale. Des manifestations éclatent dans plusieurs villes, notamment impulsées par des partisans de gauche, dénonçant le manque de transparence du processus électoral. Ces mobilisations ont ralenti le dépouillement et accentuent les tensions politiques.
Par ailleurs, voici les résultats pour les députés du Congrès national : `
- Parti National : 49 sièges
- Parti Libéral : 41 sièges, soit une hausse de 18 sièges
- Parti LIBRE : 34 sièges, soit une diminution de 16 sièges
- Autres partis : 3 sièges
Ainsi, Nasry Asfura ne dispose pas de la majorité absolue, fixée à 64 sièges. Il doit donc former des alliances pour gouverner mais cette tâche s’annonce complexe. En effet, les relations entre les deux partis de droite, le Parti National et le Parti Libéral, restent très tendues après que les deux partis se soient mutuellement accusés de fraude électorale. De plus, une alliance avec le parti LIBRE de gauche semble improbable en raison d’oppositions idéologiques. Cette fragmentation parlementaire prolonge la crise politique ouverte après les élections.
Un basculement vers la droite inscrite au sein d’une dynamique régionale :
Ces résultats traduisent une lourde défaite de la gauche. Xiomara Castro n’est pas parvenue à convaincre durablement l’électorat malgré son projet d’ « Etat social et démocratique ». Une partie de la population juge ce discours inefficace dans ses actions face aux réalités du pays. L’urgence sociale, la lutte contre l’insécurité et la stabilité économique s’imposent désormais comme des priorités. Ce basculement s’inscrit dans une dynamique régionale : la droite progresse en Amérique Latine. Javier Milei l’emporte en Argentine en 2024 et des dirigeants conservateurs de droite accèdent au pouvoir : au Chili (José Antonio Cast), en Bolivie (Rodrigo Paz Pereira) et au Pérou (José Jerí), tous élus en 2025. Le Honduras s’insère ainsi dans un mouvement continental de recomposition politique.
En vue des nombreuses élections en Amérique Latine en 2025 et de ce basculement à droite, je te conseille de lire ces articles pour les concours :
- Elections en Bolivie : un tournant après 20 ans de socialisme
- Javier Milei : entre ultralibéralisme et choc institutionnel
Le facteur Trump dans l’élection de Nasry Asfura
Qui est Nasry Asfura ?
Nasry Asfura, âgé de 67 ans, est le petit-fils d’immigrés palestiniens et ingénieur en BTP de formation. Il construit une image de proximité avec la population, qu’il cultive par un style vestimentaire simple et populaire : chemise, jean et bottes, afin de se présenter comme un homme proche du quotidien des Honduriens.
Il se fait connaître en tant que maire de la capitale, Tegucigalpa, entre 2014 et 2022. Ses deux mandats ont été marqués par une politique centrée sur les infrastructures (routes, ponts), qu’il présente comme levier de développement et de modernisation. Cela a renforcé sa notoriété et sa légitimité alors même qu’il a été accusé de corruption en 2020.
Lors de sa campagne présidentielle, Nasry Asfura met l’accent sur le développement économique et la création d’emplois. Il défend des programmes d’investissements dans les infrastructures, l’énergie et le tourisme. Face à l’insécurité, il adopte un discours plus modéré que sa prédécesseure. Il privilégie une approche préventive, fondée sur l’éducation et l’accompagnement psychologique des jeunes les plus vulnérables, afin de s’attaquer aux causes structurelles de la violence liée aux gangs. Sur le plan international, il n’exclut pas un rétablissement des relations diplomatiques avec Taïwan et souhaite réexaminer les engagements pris avec la Chine afin de décider de leur poursuite. Enfin, il affirme une vision conservatrice de la société accordant une place centrale à la religion et s’imposant alors comme opposé à la légalisation de l’avortement.
Donald Trump, arbitre indirect de l’élection hondurienne :
Quelques jours avant les élections, Donald Trump affirme qu’Asfura est le seul candidat avec lequel il pourrait travailler. Cette prise de position publique a fortement pesé sur la campagne.
Trump instaure un climat de pression. Il menace de suspendre les aides financières américaines si un autre candidat remportait l’élection. Ces déclarations inquiètent une population déjà fragile sur le plan économique. Le New York Times a publié : « craignant qu’une mauvaise relation avec l’administration Trump heurte le Honduras, les Honduriens ont admis avoir changé leur vote en faveur de M.Asfura. » Des menaces similaires sont apparues lors des élections de Milei en Argentine. De plus, la question migratoire renforce cette peur. La répression migratoire ainsi que les expulsions sèment la peur chez les électeurs honduriens, dépendant des remesas.
La veille du scrutin, Donald Trump crée une nouvelle onde de choc. Il annonce la libération de Juan Orlando Hernández, ancien président du Honduras, jugé aux États-Unis pour trafic de drogue. Cette décision fragilise la gauche hondurienne et brouille le débat électoral. La présidente sortante réagit en lançant un mandat d’arrêt international contre lui.
Cet exemple illustre les multiples ingérences de Trump dans les processus électoraux étrangers. Ses menaces influencent directement les choix politiques et façonnent leurs trajectoires futures. Les ingérences répétées de Donald Trump s’imposent désormais comme un élément central de l’actualité internationale et pourraient constituer un sujet de concours. Pour approfondir cette dynamique, cet article analyse plus largement le rôle déterminant de Donald Trump en Amérique latine.
Conclusion
Les élections honduriennes de 2025 illustrent les recompositions politiques à l’œuvre en Amérique latine. Le virage à droite, la défaite de la gauche et la crise de légitimité traduisent une priorité donnée à la sécurité et à la stabilité économique. Ce scrutin révèle aussi la fragilité démocratique du pays, accentuée par les ingérences extérieures, notamment par Donald Trump.
La proximité de Nasry Asfura avec Donald Trump se manifeste rapidement par une rencontre avec le secrétaire d’État américain, Marco Rubio. Les deux hommes échangent avant même l’investiture officielle du nouveau président et évoquent la possibilité d’un accord de libre-échange.
Nasry Asfura est investi le mardi 27 janvier 2026 pour un mandat de quatre ans, à la tête du pays le plus pauvre et le plus violent d’Amérique centrale. Lors de la cérémonie d’investiture au Parlement, il déclare : « Je promets de respecter la Constitution et les lois, comme le prescrivent les saints commandements. Honduras, nous sommes là pour te servir. »
Contrairement aux tensions observées dans les mois précédents, la situation s’apaise légèrement. L’investiture se déroule dans un climat globalement calme. Reste désormais à observer l’influence que Donald Trump pourrait exercer sur l’avenir politique du Honduras.
Vocabulaire
Un giro a la derecha : virage à droite
Una dinámica regional : une dynamique régionale
El bipartidismo : le bipartisme
Votar por : voter pour
El electorado : l’électorat
Un colegio electoral : un bureau de vote
Una campaña electoral : une campagne électorale
Captar electores : gagner des électeurs
Una votación reñida : un scrutin serré
El Consejo Nacional Electoral de Honduras : le Conseil National Électoral du Honduras
Los observadores electorales : les observateurs électoraux
Una incoherencia = una incongruencia : une incohérence
Un fraude electoral : une fraude électorale
La mayoría absoluta : la majorité absolue
Un pacto : un pacte
Bajo el umbral de la pobreza : sous le seuil de la pauvreté
Una extradición : une extradition
Abordar las causas estructurales : s’attaquer aux causes structurelles
Amenazar : menacer
La injerencia : l’ingérence



