La génération Z latino-américaine fascine autant qu’elle inquiète certains acteurs. On la décrit tour à tour comme hyperconnectée, radicale, désabusée ou révolutionnaire. Pourtant, derrière ces étiquettes rapides se cache une réalité plus complexe. Les jeunes nés entre la fin des années 1990 et le début des années 2010 ne s’engagent pas moins que leurs aînés. Ils s’engagent autrement. Cet article t’aidera à comprendre les nouveaux modes d’engagement politique en Amérique latine et comment les mobiliser lors des concours. Bonne lecture !
Qui est vraiment la génération Z en Amérique latine ?
La génération Z (en espagnol, generación zeta) représente une part démographique considérable en Amérique latine. Dans plusieurs pays, près d’un quart de la population a moins de 25 ans. Attention toutefois à ne pas faire de généralités. A l’écrit ou à l’oral, montre bien au jury que ton propos est subtil en ne faisant pas de la jeunesse un bloc homogène. En effet, un jeune urbain diplômé de Bogotá n’a pas le même rapport à la politique qu’un jeune rural du Chiapas ou qu’un étudiant de Buenos Aires. Les inégalités sociales structurent fortement les formes d’engagement. De plus, cette génération a grandi dans un contexte marqué par la crise de confiance envers les institutions.
D’après le Latinobarómetro, seuls 17% des latino-américains déclarent avoir confiance dans les partis politiques, en 2024. En sus, seuls 45% des 16-25 ans déclarent que la démocratie est préférable à tout autre régime, contre 56% chez les plus de 60 ans. Je t’encourage vivement à jeter un œil au dernier rapport 2024 du Latinobarómetro. C’est une enquête régionale sur la confiance dans les institutions et le fonctionnement de la démocratie. En plus des données, tu y trouveras un vocabulaire extrêmement utile pour les concours, que tu pourras aisément redéployer dans une copie ou à l’oral. Voici le lien pour télécharger le rapport.
Il faut avoir en tête que la génération Z n’est pas apolitique. Elle est méfiante. Elle se détourne souvent des partis traditionnels mais investit d’autres espaces.
2019 : le tournant des mobilisations massives
L’année 2019 est une année riche en événements et importante pour comprendre ce thème de civilisation. Par exemple, au Chili, l’estallido social d’octobre 2019 marque un moment charnière. Les manifestations étudiantes contre l’augmentation du prix du métro à Santiago se transforment en contestation nationale du modèle économique hérité de la dictature. Les jeunes jouent un rôle central. Ils organisent, filment, diffusent et mobilisent. Ce mouvement s’inscrit dans la continuité des mobilisations étudiantes de 2011 mais, en 2019, il révèle une nouvelle capacité de coordination numérique. En effet, Instagram et Twitter (X désormais) ont servi comme outils politiques.

Attention cependant à bien nuancer. Tous les jeunes chiliens n’ont pas soutenu la réforme constitutionnelle qui suit. Le rejet du projet de nouvelle Constitution en 2022 à l’initiative du président Gabriel Boric montre une jeunesse divisée. Ainsi, engagement politique ne signifie pas consensus.
Féminisme : un engagement générationnel structurant
Les mobilisations féministes sont incontournables pour parler de la génération Z. En Argentine, le mouvement #NiUnaMenos, lancé en 2015 contre les féminicides, devient un véritable phénomène générationnel. Des lycéennes et étudiantes envahissent les rues de Buenos Aires, brandissant les foulards verts en faveur de la légalisation de l’avortement. En 2020, l’Argentine adopte finalement la loi autorisant l’IVG.
Au Mexique, en mars 2020, des manifestations massives contre les féminicides rassemblent des centaines de milliers de jeunes femmes. Les réseaux sociaux jouent un rôle central dans la diffusion des mobilisations. Ce féminisme générationnel impose des sujets longtemps marginalisés. Toutefois, il suscite aussi des réactions conservatrices montrant que, là encore, la génération Z n’est pas univoque.
TikTok, Instagram et la politique-spectacle
Certains politiciens ont fréquemment tourné en dérision l’engagement des jeunes, prétextant qu’un clic sur les réseaux sociaux ne suffisait pas à se dire « engagé » et encore moins à changer les choses. On aurait tort de mépriser l’engagement numérique. En Argentine, lors de l’élection présidentielle de 2023, Javier Milei a massivement utilisé TikTok. Ses vidéos courtes et provocatrices sont devenues virales. Une partie importante des jeunes électeurs votent pour lui.
Au Salvador, Nayib Bukele construit également une communication numérique extrêmement efficace, séduisant une jeunesse lassée de l’insécurité et de la corruption.
A l’aune de ces deux exemples, faut-il conclure que la génération Z est plus radicale ? Non. Mais elle est sensible aux formats rapides, aux figures antisystèmes et aux discours francs. Cela peut donc favoriser des projets très différents idéologiquement.
Un exemple récent : manifestations au Mexique fin 2025
Le 15 novembre 2025 s’est tenu un mouvement d’ampleur au Mexique. Ce mouvement, nommé « génération Z » a réuni des dizaines de milliers de personnes fustigeant l’insécurité et la corruption. Ces manifestations ont été largement convoquées sur les réseaux sociaux, notamment TikTok. Le déclenchement de celles-ci est le meurtre du maire d’Uruapan, M. Manzo. Il avait appelé à plusieurs reprises le gouvernement fédéral à lutter contre le crime organisé. Le mouvement s’est terminé par de violents affrontements avec la police et a fait des centaines de blessés. Au Mexique, les manifestations menées par la génération Z ont pour slogan : « Nous ne sommes ni de gauche ni de droite, nous sommes la génération qui en a assez de baisser la tête » («No somos ni de izquierda ni de derecha, somos la generación que está cansada de agachar la cabeza»).

Engagement ou désenchantement ?
Il existe aussi une autre facette moins spectaculaire : l’abstention et le désengagement institutionnel. Dans plusieurs pays, la participation électorale des jeunes reste faible. La défiance envers les élites politiques est massive. La corruption, les scandales, l’inefficacité des politiques publiques alimentent un sentiment de distance. Mais le désenchantement n’est pas synonyme d’indifférence. Beaucoup de jeunes s’engagent dans des ONG, des collectifs environnementaux et des initiatives locales. L’engagement devient plus horizontal, et sans doute moins partisan. Cette transformation correspond à une mutation plus large des démocraties contemporaines. L’Amérique latine ne fait pas exception.
Conclusion : une génération ambivalente, pas révolutionnaire
La génération Z latino-américaine ne correspond ni au mythe d’une jeunesse révolutionnaire permanente, ni à celui d’une génération apathique. Elle invente des formes d’engagement adaptées à son époque : numériques, horizontales et parfois radicales. Au concours, reste bien nuancé, daté et précis. Il ne faut jamais oublier qu’en Amérique latine, comme ailleurs, la jeunesse n’est pas un bloc homogène. Les concours approchent, bon courage à toi !



