Dans cet article, découvre notre analyse complète du sujet de géopolitique proposé aux candidats de la BCE pour l’épreuve ESSEC 2026, avec un décryptage des enjeux actuels et des axes de réflexion essentiels pour réussir.
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L’analyse du sujet de géopolitique ESSEC 2026
Sujet : Vers une désoccidentalisation du monde ?
NB : Tous nos corrigés/analyses sont rédigés sans IA, par des professeurs experts dans la matière, conscients des attendus du programme ECG/ECT.
Actualité et lien avec le sujet
Ces dernières années, de nombreux éléments ont montré qu’il y avait une forme de désoccidentalisation du monde. Si l’arrivée de Donald Trump a servi de catalyseur, le phénomène n’est pas tout à fait récent.
D’abord, le renforcement des BRICS, élargi à de nouveaux membres en 2024, traduit la volonté de puissances émergentes comme la Chine, l’Inde ou encore le Brésil de peser davantage dans la gouvernance mondiale. Ce bloc remet en cause la domination historique des institutions occidentales comme le FMI ou la Banque mondiale. L’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) s’inscrit également clairement dans cette lignée.
La montée en puissance de la Chine avec des projets structurants comme les Nouvelles routes de la soie illustre une redéfinition des flux économiques et des dépendances géopolitiques, notamment en Afrique, en Asie centrale et au Moyen-Orient. Le centre de gravité économique mondial se déplace donc progressivement vers l’Asie.
De plus, le positionnement du « Sud global », notamment lors du G20 en Inde – et avec l’inclusion de l’Union Africaine –, montre une volonté d’autonomie stratégique vis-à-vis de l’Occident. Beaucoup de pays refusent de s’aligner systématiquement sur les positions occidentales, illustrant un monde de plus en plus multipolaire. On l’a vu clairement lors de la guerre en Ukraine (L’Inde et sa stratégie de multi-alignement par exemple) ou encore lors des crises à répétition au Moyen-Orient.
Ces différentes évolutions suggèrent donc un affaiblissement relatif de l’hégémonie occidentale, au profit d’un rééquilibrage global. On est loin de la Fin de l’Histoire de Fukuyama. Toutefois, parler de “désoccidentalisation” reste débattu, car l’Occident conserve encore des leviers majeurs (financiers, technologiques, militaires). Le sujet invite donc à nuancer entre déclin, transformation ou recomposition du pouvoir occidental.
Définitions et analyse des termes du sujet
- “Vers” : Le terme “vers” introduit immédiatement une idée de mouvement et de temporalité. Il ne s’agit pas de constater un état de fait déjà stabilisé, mais d’interroger une évolution en cours, une trajectoire possible. Il faut donc bien observer les tendances récentes, les inflexions et les recompositions du système international. Ce terme suppose aussi une part d’incertitude, car aller “vers” quelque chose n’implique ni que ce processus soit linéaire, ni qu’il soit irréversible. Ainsi, le sujet appelle à analyser des transformations en cours, tout en se demandant si elles sont suffisamment profondes et durables pour aboutir à une véritable désoccidentalisation. Il faut donc bien interroger le concept de linéarité.
- “Désoccidentalisation” : C’est bien évidemment le mot clé du sujet. La notion de désoccidentalisation renvoie à l’idée d’un recul, relatif ou partiel, de l’influence des puissances occidentales dans l’organisation du monde. Elle suppose qu’il ait existé auparavant une occidentalisation. L’occidentalisation fait quant à elle référence au processus domination politique, économique, culturelle et normative exercée par l’Occident, depuis la période des Grandes Découvertes mais surtout depuis le XIXe siècle et encore plus après 1945 puis après la fin de la guerre froide. Le processus de colonisation est sans l’un doute des exemples les plus marquants de cette occidentalisation. Le soft power des Etats-Unis post-1945 et son influence sur nos modes de vie en est un autre. Parler de désoccidentalisation ne signifie pas pour autant une disparition de l’Occident, mais plutôt une remise en cause de sa centralité et de son monopole. Cette notion recouvre plusieurs dimensions : sur le plan géopolitique, elle se traduit par l’émergence de nouvelles puissances et un monde plus multipolaire ; sur le plan économique, par un déplacement du centre de gravité vers l’Asie et d’autres régions du “Sud global” ; sur le plan culturel et idéologique, par une contestation de l’universalité des valeurs occidentales. Le terme reste toutefois discuté, car il peut exagérer le déclin occidental et sous-estimer la persistance de ses leviers de puissance. Il peut aussi être exagéré par les puissances non occidentales qui aspirent incarner l’opposition aux Etats-Unis.
- “Occident” : Attention à ne pas se précipiter et à évoquer la désoccidentalisation sans avoir clarifié ce qu’est d’abord l’Occident. L’Occident se comprend comme un ensemble plus ou moins homogène culturellement, principalement constitué des pays développés et héritiers du bloc de l’Ouest (en y ajoutant les nouveaux Etats-membres de l’UE). On y trouve donc notamment les Etats-Unis, l’Union Européenne, le Canada, le Royaume-Uni, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. La notion d’Occident (au sens politique et non géographique) présuppose généralement une “proximité” entre Europe et Etats-Unis, voire une sorte de “communauté de destin”, expression d’une longue histoire commune. D’où la forte proximité économique, politique, philosophique, culturelle et militaire entre ses différentes parties, dont l’Union Européenne et les Etats-Unis. Pour autant, cette homogénéité n’implique pas du tout qu’il n’y aurait pas de rivalités ou de frictions entre ses membres, loin de là.
- “Occidentalisation” : La désoccidentalisation ne peut être comprise sans référence à l’occidentalisation, processus historique par lequel le modèle occidental s’est diffusé et imposé à l’échelle mondiale. Ce phénomène s’enracine dans la domination coloniale européenne au XIXe siècle, puis se prolonge au XXe siècle avec la puissance des États-Unis et la structuration d’un ordre international largement façonné par l’Occident. L’occidentalisation se caractérise par la diffusion du capitalisme, de la démocratie libérale, des institutions internationales, mais aussi de normes culturelles et de modes de vie. Elle a longtemps été perçue comme un processus universel, voire inévitable. Le sujet suggère donc que cette dynamique pourrait aujourd’hui être remise en cause, voire même inversée.
- “Le monde” : Ce terme donne au sujet une portée globale, mais il ne doit pas être compris comme un espace homogène. Il désigne l’ensemble des relations internationales, des sociétés et des territoires, marqués par des niveaux de développement, des trajectoires historiques et des positions géopolitiques très différents. Parler du “monde” suppose donc de prendre en compte la diversité des situations régionales et des acteurs. Les niveaux de désoccidentalisation ne sont donc pas les mêmes partout. Certaines régions, comme l’Asie, apparaissent comme des pôles majeurs de recomposition de la puissance, tandis que d’autres restent fortement insérées dans des logiques occidentales (L’UE). Il faut donc se méfier des généralisations abusives.
Piste de problématiques possibles
Dans quelle mesure assiste-t-on à un recul de la domination occidentale au profit d’un monde multipolaire ?
Le monde actuel est-il en train de s’émanciper du modèle occidental ou de le transformer ?
L’affaiblissement relatif de l’Occident suffit-il à parler de désoccidentalisation du monde ?
La désoccidentalisation du monde est-elle un processus irréversible ?
Eléments historiques utiles
- Conférence de Berlin (1884-1885) : exemple majeur d’occidentalisation du monde. Les puissances européennes s’y partagent l’Afrique sans tenir compte des réalités locales, imposant leur domination politique et économique.
- Guerres de l’opium (1839–1842): Cette guerre entre le Royaume-Uni et la Chine montre comment l’Occident impose ses intérêts par la force. La Chine est contrainte d’ouvrir ses ports et de céder Hong Kong. Cet épisode symbolise la domination occidentale sur des civilisations anciennes et puissantes, et explique en partie la volonté ultérieure de ces pays de se réaffirmer. Pour la Chine, c’est le début du “siècle de la honte” (1939-1949).
- Les deux guerres mondiales : Le déclenchement des deux guerres mondiales montre bien l’influence de l’Occident et les conséquences des rivalités internes sur le reste du monde. De plus, la Grande Guerre a affaibli les puissances européennes au profit des Américains. La Seconde Guerre mondiale va ensuite entériner l’hégémonie américaine sur l’Occident. Washington incarne alors à la fois hard power et soft power. Ce n’est toutefois pas une occidentalisation du monde ni une hégémonie globale, comme le montrent bien la guerre froide (L’URSS conteste clairement les Etats-Unis), les scandales internes (Watergate) et les difficultés occasionnelles (Vietnam, Irak…).
- L’ordre international post 1945 est très occidentalisé. L’ONU siège à New York, le FMI et la Banque Mondiale à Washington.
- Conférence de Bandung (1955): Cette conférence réunit des pays d’Asie et d’Afrique nouvellement indépendants qui refusent de s’aligner sur les blocs occidentaux ou soviétiques. Cet événement fonde une dynamique d’autonomie du “tiers-monde” et constitue une étape clé vers une remise en cause de la domination occidentale.
- Crise de Suez (1956) : Lorsque l’Égypte nationalise le canal de Suez, la France et le Royaume-Uni interviennent militairement, mais sont contraints de se retirer sous la pression des États-Unis et de l’URSS. Cet événement symbolise le déclin des anciennes puissances coloniales européennes et montre que l’Occident n’est plus un bloc homogène ni tout-puissant. Surtout, il montre qu’un pays comme l’Egypte peut résister aux puissances occidentales que sont la France, le Royaume-Uni et Israël.
- Guerre du Vietnam : exemple de l’échec d’une intervention occidentale. Les États-Unis ne parviennent pas à imposer leur modèle face à une résistance locale. Cette défaite affaiblit leur image et montre les limites de la puissance occidentale. Comme la France en Algérie, les Etats-Unis sont grandement critiqués pour l’usage de la torture et d’armes chimiques.
- Chocs pétroliers (70s) : les deux chocs pétroliers montrent le pouvoir d’influence que peuvent avoir des pays qui ne sont pas nécessairement des puissances globales, à savoir certains membres de l’OPEP.
- La révolution iranienne de 1979 illustre une contestation directe du modèle occidental et de son influence politique. Le renversement du Shah, soutenu par les États-Unis, au profit d’un régime islamique marque le rejet d’une occidentalisation perçue comme imposée. Le coup d’état contre Mossadegh (1953), orchestré par Londres et Washigton, n’avait toujours pas été avalé…
- 1991 : L’effondrement de l’URSS marque la victoire du bloc occidental et, en particulier, des États-Unis. Les années 1990 sont souvent décrites comme un moment unipolaire, où l’Occident semble dominer sans rival. Le modèle de la démocratie libérale et de l’économie de marché paraît s’imposer universellement, comme l’illustre la thèse de la “fin de l’histoire”. On parle même de “gendarmes du monde”. Cette période représente le sommet de la puissance occidentale, mais ne va pas durer très longtemps.
Proposition de plan
I. Un affaiblissement relatif de la centralité occidentale dans les rapports de puissance
A. Le recul de la domination politique directe et des capacités d’ingérence
B. La perte de monopole dans la structuration de l’ordre international (diversité de nouveaux acteurs)
C. Un rééquilibrage progressif des rapports de force économiques et stratégiques (BRICS, OCS…)
II. Une remise en cause du modèle occidental et de son universalité
A. La contestation des normes politiques et des valeurs occidentales
B. La critique de l’ordre économique international dominé par l’Occident
C. L’affirmation de trajectoires autonomes et de modèles alternatifs
III. Une désoccidentalisation à nuancer : entre persistance et recomposition
A. Le maintien de positions dominantes de l’Occident dans des domaines clés
B. Une occidentalisation encore profondément intégrée dans la mondialisation ($, normes, institutions)
C. Vers un monde multipolaire hybride plutôt qu’un basculement radical : coexistence d’influences multiples sans disparition de l’Occident.
Eléments pertinents et utiles à mobiliser :
- Là où il y a vraiment une désoccidentalisation, c’est sur le plan démographique. D’une part, l’Occident ne représente que 15% de la population mondiale. L’avenir du monde se joue donc en Afrique et en Asie. Diverses organisations comme le G7 sont pointées du doigt pour leur manque de légitimité car elles prennent des décisions pour le monde alors qu’elles n’en représentent qu’une infime partie. D’autre part, les mouvement migratoires viennent parfois diluer l’Occident de l’intérieur, avec l’apport de cultures initialement considérées comme non occidentales. A cela on peut ajouter le vieillissement de la population qui n’aide pas l’Occident, même si des pays comme la Chine n’y échappent pas.
- Francis Fukuyama, La Fin de l’histoire et le Dernier Homme (1992) : La fin de la guerre froide marquerait selon Fukuyama la victoire idéologique de la démocratie libérale sur les autres idéologies politiques. Fukuyama est conscient que la chute du Mur et la dislocation du bloc de l’Est vont entraîner d’importants troubles : la fin de l’Histoire ne signifie pas, selon lui, l’absence de conflits, mais plutôt la suprématie absolue et définitive de l’idéal de la
démocratie libérale, lequel ne constituerait pas seulement l’horizon indépassable de notre temps mais se réaliserait effectivement. Ce serait donc la victoire du modèle occidental. - Robert Kaplan, The Coming Anarchy (1994) : La démocratie est un concept occidental, qui n’est exportable que dans des pays développés disposant d’une classe moyenne importante, d’un système éducatif performant, de frontières bien établies, d’une économie stable et d’une relative paix sociale.
- En termes de valeur de la production industrielle, la Chine a dépassé les Américains. La Chine produit la moitié de l’acier mondial contre 5% pour les USA.
- La révolution de l’IA (Anthropic, OpenAi…) montre que les Etats-Unis demeurent à la pointe des nouvelles technologies. Il en est de même pour la conquête spatiale. Aucun autre pays n’a envoyé d’hommes sur la Lune, et les missions Artémis de la NASA montrent le niveau de technologie américaine, même si diverses puissances spatiales émergent (Inde, Emirats & Arabie Saoudite, Israël…).
- La BM a annoncé en 2015 le détrônement historique des Etats-Unis, cédant leur place de première économie mondiale à la Chine. La Chine se classe en effet première en PIB en parité de pouvoir d’achat. La supériorité américaine demeure toutefois si l’on considère le seul PIB.
- Les Etats-Unis ont (de loin) le plus de porte-avions et le plus de bases militaires à l’étranger. Mais les déboires/enlisements de l’armée américaine en Irak, en Afghanistan et en Iran remet en question la puissance militaire américaine. De leur côté, les Russes ne font pas mieux en Ukraine…
- La Chine s’engage dans des configurations multilatérales, mène une politique de présence sur tous les continents et revendique un statut de puissance mondiale. L’OCS est créée en 2001. L’Ouzbékistan s’y joint à cette date, l’Inde et le Pakistan en 2017 et l’Iran en 2021.
- Le conflit israélo-palestinien a profondément fracturé le monde entre d’un côté le Sud Global et de l’autre l’Occident. Les non-occidentaux accusent les Etats-Unis, Israël et les européens d’être complices de génocide. Surtout, ils reprochent à l’Occident leur hypocrisie et leur politique de deux poids deux mesures : critiquer et sanctionner la Russie pour son non respect du droit international mais permettre à Israël de commettre des massacres en Palestine.
- L’arrivée de Donald Trump a grandement fragilisé l’Occident. Il a en effet souvent été plus dur avec ses alliés occidentaux qu’avec la Russie. On l’a vu dans sa relation tumultueuse avec le Canada, ses menaces sur le Groenland, sa colère face au Royaume-Uni. Il a probablement plus fracturé l’unité occidentale que ce dont rêvaient Pékin ou Moscou. Paradoxalement, Donald Trump fracture l’Occident pour le “sauver”. Il considère que le wokisme et l’immigration sont un danger existentiel pour la survie des valeurs occidentales. On l’a vu clairement avec le discours agressif de son vice-président JD Vance lors de la Conférence de Munich en 2025, ou encore avec Elon Musk et ses saillies sur les réseaux sociaux. Par conséquent, les Européens et le Canada se retrouvent en porte-à-faux sur des sujets comme la démocratie, le multilatéralisme, les droits de l’homme et l’écologie, étant donné que le chef de file des occidentaux piétinent allégrement ces valeurs.
- L’élargissement des BRICS vise à affirmer le Sud Global et à remettre en question l’hégémonie du dollar.
- Une modernisation sans occidentalisation : recherche par divers pays d’un modèle qui permettrait le développement sans passer par les valeurs occidentales. Beaucoup privilégient un capitalisme d’Etat autoritaire, comme la Chine. Certains tentent d’appliquer la démocratie à l’occidentale comme le Brésil mais ce n’est pas toujours couronné de succès (BJP en Inde). Le capitaine Ibrahim Traoré a récemment défendu cette vision des choses au Burkina Faso, qu’il dirige depuis son coup d’état. Déclarant que les Burkinabés devaient “oublier la démocratie“, il montre que son pays compte suivre sa propre voie et que la démocratie n’est qu’un instrument occidental, qui n’a pas vocation à être calqué sur les pays africains.
- Sur le plan religieux, il y a paradoxalement une occidentalisation de certaines régions, comme l’Afrique ou l’Amérique latine. On le voit bien avec l’essor du christianisme (religion occidentale). La récente visite du pape Léon XIV en Afrique le montre bien. C’est paradoxal dans la mesure où le christianisme est quant à lui en recul en Europe.
- Bruno Tertrais : “C’est moins l’Occident qui décline que le reste du monde qui monte en puissance“.
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